Menton : Louis Sarkozy troisième, la droite divisée face au RN en tête
Menton : Louis Sarkozy troisième, droite divisée face au RN

Menton : le parachutage de Louis Sarkozy bouleverse le paysage politique local

« Je n'ai jamais vu autant de Parisiens », murmure, amusé, un curieux venu assister à l'annonce des résultats dans la grande salle de la mairie de Menton, où le parquet en chevron grince sous les pas des cameramen de plusieurs télévisions nationales. Pour cette paisible ville de 30 000 habitants, une telle forêt de micros représente un événement inhabituel.

Une troisième place en demi-teinte pour le fils de l'ancien président

Le responsable principal de ce brouhaha médiatique, Louis Sarkozy, arrive à 22h30 devant sa permanence de campagne située à deux pas de l'hôtel de ville. Accompagné de son épouse, le ton solennel, le costume gris impeccable et un léger sourire en coin, il déclare : « Je suis un Mentonnais d'adoption, le score que nous avons réalisé ce soir m'honore. » Le fils de l'ex-président n'a pas remporté l'élection mais peut afficher un certain soulagement.

Il se place en troisième position avec 18,01% des voix, devançant le candidat divers droite Florent Champion (15,09%) mais restant derrière Sandra Paire, également divers droite (19,74%), et loin derrière la candidate RN Alexandra Masson, arrivée en tête avec un score impressionnant de 36,25%.

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Pour ce candidat parachuté, cette troisième place n'avait rien de garanti malgré le soutien officiel dont il bénéficiait de la part des Républicains et de Renaissance. « On n'a pas gagné mais on n'a pas perdu ! », lance, un brin moqueur, un colistier quittant la permanence de campagne alors que la place de l'hôtel de ville se vide tranquillement sous la nuit douce.

La difficile union des droites face au RN

Sandra Paire et Louis Sarkozy ont dû déployer des trésors d'énergie pour s'accorder sur une fusion destinée à contrer la liste du Rassemblement national. Cependant, même unis, ils peinent face au défi qui les attend. Sans le ralliement pour l'instant annoncé de Florent Champion, arrivé troisième, leur combat contre Alexandra Masson du RN s'annonce particulièrement ardu dans cette triangulaire du second tour.

À quelques mètres de là, bien moins entourée que le jeune Sarkozy, Sandra Paire, arrivée deuxième, martèle avec détermination : « Tous contre le RN ! » Interrogée sur la direction de cette union, elle élude dans un premier temps : « Je ne vous donnerai pas de réponse. Je prendrai la décision ce soir avec mon équipe. » Mais après une légère insistance, elle finit par lâcher : « Je serai tête de liste, c'est non négociable. » Le suspense s'effondre en quelques minutes, et avec lui la tentative de conquête de l'Hôtel de ville par Louis Sarkozy.

Un laboratoire politique des différentes droites

À Menton, la droite écrase littéralement le paysage politique. La seule liste de gauche, menée par Laurent Lanquar-Castiel, n'a récolté que 9,05% des suffrages et ne se qualifie donc pas pour le second tour. Même ce dernier a pris ses distances avec la gauche radicale, affirmant : « Je suis de gauche mais il y a des macronistes qui me soutiennent. Je suis en costume, loin de l'image de l'écolo hippie d'extrême gauche. »

Contrairement à la bataille électorale traditionnelle entre gauche et droite dans les grandes villes françaises, la question se pose ici en ces termes : quelle droite veulent réellement les Mentonnais ?

« Menton ne veut pas du Rassemblement national », assure Louis Sarkozy, à l'instar de ses deux camarades divers droite qualifiés au second tour. Mais Florent Champion, ancien adjoint du maire sortant Yves Juhel, ne souscrit pas au récit « du parachuté venu battre le RN » : « Louis Sarkozy, avec sa candidature venue de nulle part a, au contraire, troublé le jeu politique local. Et finalement, au lieu de prendre des voix au RN comme il espérait, il a participé à fragiliser la droite classique. »

L'insécurité, thème central malgré une ville paisible

Ce qui frappe dans cette ville méditerranéenne paisible, c'est la surdomination du thème de la sécurité dans le débat électoral. La grande majorité des électeurs interrogés dans les cafés ou à la sortie des isoloirs affirme que ce sujet a fait basculer leur vote, alors même que tous reconnaissent que Menton reste extrêmement tranquille.

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« Je suis toute seule à coller des affiches le soir. Et je n'ai jamais eu le moindre problème », raconte Fabienne Ottaviani, 11e sur la liste de Louis Sarkozy. Mais ce qui revient inlassablement dans les conversations, c'est la peur que cette paisibilité, qui fait le succès de Menton, ne s'érode progressivement.

Florent Champion, quant à lui, fustige en privé les déclarations d'Alexandra Masson sur l'insécurité à Menton : « C'est vraiment une aberration et c'est la déclaration type de quelqu'un qui ne vit pas dans la ville. Le sujet local n'est pas l'insécurité mais les incivilités. Parfois, en tant que Mentonnais, on oublie la chance qu'on a de vivre dans ce petit coin de paradis. »

Les propositions choc de Louis Sarkozy mal perçues localement

Dans cette ville réputée pour être une terre de retraités et de vacanciers, les positions très libérales, voire issues des mouvances libertariennes américaines de Louis Sarkozy, ont parfois provoqué un choc des cultures. « Le garçon veut supprimer tous les panneaux de signalisation. C'est pas la priorité », critique Octavio, retraité, sortant du bureau de vote.

Il fait référence à la proposition de Louis Sarkozy, dans un édito sur RMC en décembre dernier, visant à « supprimer les feux rouges, les lignes blanches, les panneaux ». Florent Champion commente : « Quand il parle d'interdire la signalisation, de libéralisation de la drogue et des maisons closes, ça démontre qu'il n'a aucune notion des véritables compétences du maire et des sujets de proximité qui intéressent les Mentonnais. »

Depuis son QG de campagne, on défend pourtant le candidat : « Les gens confondent sa candidature et son gagne-pain – son travail d'éditorialiste chez LCI, Valeurs actuelles et RMC. Il faut bien qu'il gagne sa vie. De temps en temps il fait un peu de la provoc', c'est le jeu pour faire de l'audience. Mais sa mission à Menton est sérieuse et raisonnée », plaide Jeannine Van Craynest, colistière de Louis Sarkozy et doyenne de la liste.

Un scrutin anormalement agité pour la cité du citron

Ce scrutin municipal s'avère exceptionnellement agité pour Menton. « On a été depuis trente ans habitué à une stabilité. Les élus RPR, UMP puis LR se succédaient sans grandes difficultés », observe un proche du maire sortant. Mais cette année est inédite : six listes ont été déposées, témoignant d'une fragmentation politique inhabituelle.

Le fils de l'ancien président rebat les cartes d'une vie politique locale déjà secouée par la mort de l'ancien maire Jean-Claude Guibal au cours de son mandat et les déboires judiciaires de son successeur, Yves Juhel, condamné pour détournement de fonds publics. La droite mentonnaise apparaît profondément éparpillée, tandis que le seul candidat de l'union de la gauche, Laurent Lanquar-Castiel, observe, impuissant, cette bataille interne.

Le taux de participation s'est finalement élevé à 62,01%, un bon score par rapport aux 57,1% enregistrés en moyenne dans le reste de la France, témoignant de l'intérêt suscité par cette élection particulière.

Les limites de l'effet « vu à la télé »

L'effet « vu à la télé » de Louis Sarkozy s'est heurté à l'ancrage territorial dont peuvent se targuer les autres candidats qualifiés. Même si ses équipes affirment que la troisième place constitue un bon résultat, on peine à croire que le jeune homme de 28 ans, qui confiait à L'Obs « Si je gagne Menton, je serai président de la République », se contenterait d'un simple poste de conseiller municipal pendant le prochain mandat, en cas de victoire contre le RN.

Ce dimanche 15 mars, l'admirateur de Napoléon sur qui il a écrit un livre, venu pour conquérir la ville, a vu le ciel azuréen s'assombrir légèrement. Question de météo politique. L'échec n'est pas total – car avec cette alliance conclue, le RN peut être mis en difficulté – mais ce n'est pas lui qui serait à la tête de la mairie. Comme son idole, il peut se réconforter avec le vieil adage militaire de la « bataille perdue mais pas la guerre ». Reste à espérer pour ses équipes que cette bataille mentonnaise ne représente pas son Waterloo politique.