La campagne parisienne du RN face au défi Knafo
Derrière une apparente indifférence, l'orgueil de Thierry Mariani transparaît clairement. L'eurodéputé et candidat du Rassemblement national aux municipales de Paris ne cache pas son amertume face à l'évolution de la vie politique. « Je vais paraître vieux con, mais avant il y avait des débats sur des propositions. Désormais, la politique disparaît progressivement derrière la communication », déclare-t-il, reconnaissant implicitement que sa propre candidature s'est effacée des écrans parisiens depuis plusieurs semaines.
Un départ prometteur rapidement contrarié
Interrogé par Tony Pittaro, le « instagrameur intervieweur », le candidat RN affiche une moue significative. Cette campagne ne prend décidément pas le tour prévu. Il semble loin le temps où, en février 2023, Thierry Mariani se voyait – non sans appétit – couronné nouveau patron de la fédération RN de Paris par Jordan Bardella, avec l'échéance municipale capitale en ligne de mire.
Cette nomination n'avait alors rien d'un cadeau. Depuis l'éphémère élection de Jean-Marie Le Pen dans le XXe arrondissement de Paris lors des municipales de 1983, la capitale est restée une terra incognita pour le parti nationaliste. Lorsque Thierry Mariani en reprend les rênes, la fédération RN de Paris compte à peine 500 adhérents à jour de cotisation.
L'espoir d'une percée électorale
Malgré ce contexte difficile, Thierry Mariani nourrissait une petite idée en tête. Fort de sa dynamique et d'une évolution de son discours économique, le RN commençait, au début du second quinquennat d'Emmanuel Macron, à séduire un nouvel électorat : plus âgé, plus diplômé, plus aisé. Une sociologie électorale plus compatible avec celle de la capitale. Qui mieux que lui, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, issu des rangs de l'UMP, pour séduire cet électorat ?
« Il sait qu'il n'a strictement aucune chance de l'emporter. Mais le défi d'aller chercher les 10 % l'amuse », confirmait alors un de ses proches au sein du RN. Cet espoir de réaliser un score à deux chiffres dans la ville – et donc de décrocher pour la première fois de l'histoire du RN un siège au Conseil de Paris – allait pourtant s'envoler dès l'automne 2024.
L'ouragan Knafo change la donne
Comme pour prendre le pouls avant les municipales, le candidat RN se présente en septembre aux législatives partielles dans la 2e circonscription de Paris, face notamment à l'ancien Premier ministre Michel Barnier. À chaque tractage sur les marchés, plusieurs électeurs lui lancent : « On vote pour vous. Mais si Sarah Knafo se présente à la mairie, on votera pour elle. »
La rumeur d'une candidature dans la capitale de l'eurodéputée Reconquête se confirme, faisant mécaniquement pâlir les chances du lepéniste. Thierry Mariani en vient à regretter que Marion Maréchal n'ait pas été préférée à lui pour mener le combat qui vient.
Le 7 janvier, soir de la déclaration de candidature de Sarah Knafo au prestigieux 20 heures de TF1, Thierry Mariani lâche devant ses troupes : « C'est plié, l'histoire est écrite. » Bien que leurs deux listes soient alors à ex æquo, autour des 7 % d'intentions de vote, le candidat RN devine que l'écart ne va désormais cesser de se creuser.
Des moyens disproportionnés
Au-delà de sa maîtrise des réseaux sociaux, la candidate Reconquête bénéficie d'une sociologie électorale beaucoup plus favorable que le candidat RN. Elle dispose surtout d'un budget de campagne sans commune mesure : plusieurs centaines de milliers d'euros contre, selon nos informations, 70 000 euros au total pour la campagne Mariani. Une somme qui n'aurait pas suffi à financer le meeting de Sarah Knafo au Dôme de Paris, le 9 mars dernier.
« Le problème est que Reconquête a mis tous ses moyens, humains et financiers, sur une seule ville. C'est quasiment devenu un parti régional. Tandis que le RN a plus de 600 listes et une cinquantaine de villes gagnable dans le viseur. Dont Paris ne fait pas partie… », glisse un élu RN.
Une campagne aux moyens limités
Cette disparité explique sans doute la drôle de « non-campagne » conduite par Thierry Mariani. « On a fait campagne mais avec les moyens du bord », oppose le candidat RN. Une rallonge financière inespérée fin février aura tout de même permis à ses équipes de s'adjoindre les conseils d'une agence de communication les trois dernières semaines.
Un appui manifestement insuffisant, qui n'aura pas empêché le candidat RN de plonger sous la barre des 5 % d'intentions de vote dans les derniers baromètres d'opinion. Quand Sarah Knafo, une semaine avant le scrutin, tutoyait quant à elle les 14 %.
Consolations et perspectives
« Reste que, désormais, c'est elle qui va se retrouver dans une position délicate, parie-t-on au RN. Rachida Dati ne fusionnera jamais. Sarah Knafo va avoir le choix entre trahir ses électeurs en se retirant ou porter la responsabilité d'une défaite de la droite qui la poursuivra longtemps. Comme Jacques Chirac a longtemps porté le stigmate de ne pas avoir soutenu Giscard ! »
Maigre lot de consolation, au soir du premier tour, Thierry Mariani pourra vraisemblablement revendiquer une progression du RN par rapport aux dernières municipales à Paris. En 2020, le candidat soutenu par le RN, Serge Federbusch, n'avait recueilli que 1,5 % des voix. Une amélioration modeste qui ne masquera pas la déconvenue d'une campagne éclipsée par la dynamique Reconquête.



