Lormont s'apprête à tourner une page historique
Ce mois de mars 2024 marquera indéniablement un tournant dans l'histoire politique de Lormont. Après soixante années de gouvernance socialiste ininterrompue – trente ans sous Maurice Belleaud suivis de trente autres sous Jean Touzeau – cette commune de la rive droite bordelaise, qui approche désormais les 27 000 habitants, va devoir choisir un nouveau premier magistrat. L'événement revêt un caractère exceptionnel, tant le sortant avait l'habitude de verrouiller le scrutin dès le premier tour, récoltant systématiquement plus de 60% des voix lors des derniers mandats.
Une succession ouverte et disputée
La place laissée vacante par Jean Touzeau attise les convoitises. Cinq candidats se présentent pour lui succéder, dont deux figures issues des forces de l'ordre, insufflant à la campagne des accents sécuritaires marqués. En tête, Philippe Quertinmont, premier adjoint du maire sortant et représentant de la majorité plurielle, tente de reprendre le flambeau. Rassemblant socialistes, écologistes, radicaux de gauche et des personnalités de la société civile, il incarne la continuité de la politique municipale menée depuis des décennies. Certains de ses adversaires ne manquent pas de souligner qu'il est le beau-frère de Jean Touzeau, évoquant une possible évolution dynastique au sein de la ville.
Les outsiders : deux policiers et la question de la sécurité
Face à lui, le scrutin voit émerger deux candidats dont le profil professionnel influence le débat. Taner Ozkosar, ancienne gloire locale de la lutte (12 fois champion de France) et policier municipal durant quatorze ans à Lormont, mène une liste « jeune et dynamique ». Il dénonce un décalage entre les annonces et la réalité sur le terrain concernant les effectifs de police municipale et l'installation des caméras de vidéoprotection. Son programme promet 200 caméras supplémentaires, la création d'un Centre de sécurité urbain et d'une brigade de police municipale de soirée.
Du côté du Rassemblement national, c'est Serge Blüge, conseiller municipal sortant de 74 ans et ancien militaire et policier, qui reprend le flambeau. Partageant des constats similaires, il souhaite lui aussi augmenter significativement le nombre de caméras et doubler les effectifs de la police municipale, tout en évoquant la possibilité d'un armement létal pour ces agents.
La réponse de la majorité sortante et la présence de l'extrême gauche
Philippe Quertinmont, bien que se réclamant de la politique « humaniste » de son prédécesseur, ne ferme pas la porte à une réflexion sur les questions de sécurité. Ne voulant pas se laisser déborder sur ce thème central de la campagne, il a fait de la tranquillité publique « une volonté forte », promettant également d'augmenter les effectifs de police municipale pour assurer une présence élargie.
L'échiquier politique est complété par deux listes d'extrême gauche. Monica Casanova, élue depuis vingt-cinq ans, conduira une nouvelle liste portée par le NPA-Révolutionnaires. Pour la première fois à Lormont, une liste Lutte ouvrière, menée par Patrick Pret, participera également à la joute électorale.
Les Lormontais sont donc appelés aux urnes les 15 et 22 mars prochains pour une élection qui, quelle qu'en soit l'issue, marquera la fin d'une ère et l'avènement d'un nouveau chapitre pour la ville.



