À Liévin, dans le Pas-de-Calais, Marine Le Pen a recueilli 62 % des voix au second tour de la présidentielle. Un score qui témoigne de l'ancrage du Rassemblement National dans cette ancienne cité minière. Les électeurs rencontrés sur le marché du samedi matin affichent une loyauté sans faille, malgré les récentes condamnations de la candidate.
Une fidélité à toute épreuve
« Elle n'a rien fait », lance Gérard, 68 ans, ancien mineur. Comme lui, beaucoup estiment que les affaires judiciaires sont montées de toutes pièces pour nuire à Marine Le Pen. « C'est une persécution politique », renchérit Sylvie, 54 ans, aide-soignante. Pour ces électeurs, le vote RN est d'abord un vote de colère contre l'immigration, l'insécurité et le mépris des élites.
Marine Le Pen a été condamnée en mars 2025 à quatre ans de prison, dont deux ferme, pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Mais cela n'entame pas la confiance de ses partisans. « On s'en fiche des juges, ce qui compte c'est qu'elle défende les Français », affirme Michel, 62 ans, artisan retraité.
Un vote de classe et de territoire
Liévin est une ville sinistrée par la désindustrialisation. Le taux de chômage y dépasse les 13 %, bien au-dessus de la moyenne nationale. « Ici, on a l'impression d'être abandonnés par l'État », explique Karim, 45 ans, ouvrier au chômage. « Marine Le Pen, elle est la seule à parler de nous, des gens d'en bas. »
Le vote RN est aussi un vote de territoire. Dans les anciens bassins miniers du Nord, le Front national puis le Rassemblement National ont su capitaliser sur un sentiment de déclassement. « On a perdu nos mines, nos usines, notre fierté. Le Pen nous redonne une fierté », résume Jean-Pierre, 71 ans, ancien syndicaliste.
Une stratégie de dédiabolisation qui paie
Depuis des années, Marine Le Pen a travaillé à normaliser son parti. Elle a changé son nom, adouci son discours, et cherche à incarner une opposition crédible. « Elle a fait du chemin, elle est plus respectable qu'avant », reconnaît Nadia, 48 ans, commerçante. « Mais il y a encore des gens qui ont peur de voter pour elle à cause des médias. »
Cette stratégie de dédiabolisation porte ses fruits à Liévin, où le RN est devenu un parti comme un autre. « On n'a plus honte de dire qu'on vote pour elle », assure Ludovic, 35 ans, employé municipal. « Avant, on se cachait. Maintenant, on en parle entre voisins. »
Un électorat qui ne se lasse pas
Malgré les échecs répétés de Marine Le Pen à la présidentielle, ses électeurs restent mobilisés. « Elle finira par gagner, c'est une question de temps », croit savoir Jacqueline, 76 ans, retraitée. « Les gens ouvrent les yeux sur ce que le système leur a fait. »
Cette résilience électorale interroge. Pour le politologue Jérôme Fourquet, « le vote RN est devenu un vote d'adhésion, pas seulement de rejet. Il s'ancre dans la durée, porté par une sociologie de la France périphérique. »
À Liévin, la foi en Marine Le Pen reste inébranlable. « Elle est notre dernière chance », conclut Gérard. Un sentiment partagé par des milliers d'électeurs dans ce bastion du nord de la France.



