Bordeaux : le RN tente de percer dans les grandes villes avec une nouvelle génération
Le RN tente de percer dans les grandes villes avec une nouvelle génération

La pluie balaie la place de la Comédie, donnant une teinte grise au centre de Bordeaux ce dernier samedi de janvier. Malgré l'averse fraîche, Julie Rechagneux, candidate du Rassemblement national (RN) pour les municipales, arbore un sourire sous son parapluie, un carré de soie noué autour du cou.

Une manifestation sous le signe de la solidarité

La jeune femme profite du succès de la manifestation qui s'ébroue sous ses yeux. À l'appel du syndicat majoritaire Alliance Police nationale, les forces de l'ordre se sont mobilisées partout en France pour dénoncer leurs conditions de travail et le manque de moyens. Spécificité bordelaise, des agriculteurs de la Coordination rurale sont également venus manifester en solidarité ce samedi.

Sous les fumigènes et les coups de sifflet, policiers et agriculteurs s'entremêlent, rivalisant de sourires et d'encouragements pour la jeune prétendante du parti à la flamme, élue eurodéputée en 2024. « Vous êtes de Bordeaux ? Vous avez des amis à Bordeaux ? Il faut qu'ils votent pour moi. Nous nous battons tous les jours pour rétablir la sécurité », lance Julie Rechagneux, aux côtés de la députée RN Edwige Diaz.

Bordeaux, un désert électoral historique pour le RN

La trentenaire, peu coutumière d'auditoires si favorables au cœur de la capitale girondine, évolue dans une ville jusqu'ici imperméable à la dynamique nationale du RN. Bordeaux ne compte aucun représentant du parti au conseil municipal depuis six ans. Cette situation n'est ni singulière ni nouvelle.

Lors des dernières municipales, le RN a échoué à se qualifier au second tour dans neuf communes de plus de 200 000 habitants sur onze. Les grandes villes ont toujours représenté un désert électoral pour le Front devenu Rassemblement national, en raison de l'inadéquation de ses propositions économiques et d'une sociologie archi-défavorable.

Une stratégie renouvelée pour conquérir les métropoles

Conscients que la conquête du pouvoir lors de la prochaine présidentielle ne pourra se faire avec autant de trous béants dans leur raquette, les dirigeants du RN ont décidé d'étrenner une nouvelle stratégie. Julie Rechagneux, native de Clermont-Ferrand et militante RN en Gironde depuis une dizaine d'années, en est la parfaite incarnation.

Le parti a demandé aux anciennes figures locales, lorsqu'elles existaient encore, de laisser la place à une nouvelle génération, celle née dans le sillage de Jordan Bardella. À l'image d'Aleksandar Nikolic à Tours, Julien Leonardelli à Toulouse ou Tiffany Joncourt à Lyon, ces trentenaires fraîchement élus à l'Assemblée nationale ou au Parlement européen sont perçus comme susceptibles de parler au tissu économique, au-delà des seules catégories populaires.

La sécurité, thème central de la campagne

Le Rassemblement national compte sur une « nationalisation » du scrutin municipal, un an pile avant la prochaine présidentielle. « Nos électeurs n'ont pas eu l'opportunité de retourner la table au niveau national. Ils vont mécaniquement avoir envie de le faire au niveau local », parie le député RN Thomas Ménagé.

Pour encourager cette dynamique, les candidats RN dans les métropoles enfourchent la thématique de la sécurité. Julie Rechagneux en a fait son principal slogan : « Remettre Bordeaux en ordre ». Ses propositions phares incluent le passage de 140 policiers municipaux à 250 et le triplement du nombre de caméras de protection.

Un sujet piégeux pour les autres forces politiques

Le sujet de la sécurité s'avère particulièrement piégeux pour l'ensemble des autres forces politiques. Constatant l'envol dans les sondages de la liste RN, le candidat de La France insoumise, Nordine Raymond, pointe la responsabilité du maire écologiste Pierre Hurmic.

Selon lui, le maire serait coupable « d'être allé sur les thèmes du RN en adoptant un discours sécuritaire et en armant sa police municipale ». Un procès presque mot pour mot identique à celui qu'intente ce même maire écologiste à son adversaire Thomas Cazenave : « La macronie a tort de s'aligner sur les thématiques et les solutions du RN. Les électeurs préfèrent l'original à la copie ! »

Interrogé, l'ancien ministre du budget réplique : « Si Pierre Hurmic m'avait écouté, s'il avait agi sur la sécurité et n'avait pas balayé le sujet tout au long de son mandat, on n'en serait pas là ! »

Un objectif au-delà de la victoire municipale

Si l'accession du RN au second tour des municipales à Bordeaux, annoncée par plusieurs sondages, constituerait une révolution, la victoire reste, tant arithmétiquement que sociologiquement, impossible. Une réalité électorale que ne dissimule pas la jeune candidate RN.

Devant un parterre d'une petite centaine de soutiens rassemblés à l'Athénée municipal, Julie Rechagneux insiste sur le réel objectif de son mouvement lors de ce scrutin local : faire un maximum d'élus, au conseil municipal comme pour la première fois à la métropole de Bordeaux.

Le parti est susceptible, dès septembre prochain, de faire élire un sénateur en Gironde puis, quelques mois plus tard, de donner leurs précieux parrainages au candidat RN à la présidentielle. « Ensemble, avec Edwige, avec tous les élus que nous ferons élire, nous changerons enfin la politique », clame l'eurodéputée.

À défaut de victoire immédiate, c'est à sa longue politique de la chaise vide dans les métropoles que le parti à la flamme a décidé de mettre un terme, avec une nouvelle génération de candidats déterminés à imposer leur marque dans le paysage politique urbain.