La stratégie numérique de Sarah Knafo révolutionne la campagne municipale parisienne
Si les élections municipales à Paris se jouaient sur les plateformes numériques, Sarah Knafo serait déjà déclarée grande gagnante. Depuis son entrée en campagne début janvier, la candidate du parti Reconquête déploie une stratégie de communication particulièrement agressive et innovante sur les réseaux sociaux, lui permettant de distancer largement ses concurrents dans l'espace numérique.
Une présence digitale démultipliée
L'eurodéputée multiplie les coups médiatiques sur TikTok et Instagram, où elle cumule plus de 500 000 abonnés, contre seulement 200 000 pour Rachida Dati et 27 000 pour Emmanuel Grégoire. Elle se met régulièrement en scène avec des personnalités comme l'ancienne chanteuse Coxie, investie dans le 14e arrondissement, ou parcourt les rues parisiennes sur la moto de Philippe Monneret, multiple champion de la discipline.
"La plupart des équipes de candidats manquent d'imagination. Nous, on assume d'utiliser l'IA pour des vidéos, on se sert de ce qui est possible techniquement", explique Samuel Lafont, directeur de la communication de Reconquête et tête de liste dans le 15e arrondissement.
Une identité visuelle jaune et des projets futuristes
Sarah Knafo a opté pour une identité visuelle détonante avec un jaune printanier qui s'impose dans tous ses visuels et tenues lors de ses déambulations sur les marchés parisiens. Cette communication s'inspire de celle du candidat démocrate Zohran Mamdani, victorieux à la mairie de New York, bien que politiquement éloigné du parti identitaire d'Éric Zemmour.
La candidate utilise même un alter ego en image de synthèse dans des clips à la manière du film Ratatouille de Pixar, pour mieux vanter son projet ou critiquer ses adversaires. "On a tenté d'avoir une campagne différente, pour attirer l'attention et on voulait que la forme corresponde aussi au fond du projet", ajoute Samuel Lafont.
Des propositions controversées mais viralisées
Parmi ses propositions les plus discutées, Sarah Knafo envisage l'utilisation de l'intelligence artificielle pour détecter les crimes et délits avec les caméras de la ville. Dans un clip anxiogène, elle prévoit des réverbères super-intelligents "entraînés par l'intelligence artificielle" qui pourraient "reconnaître le cri d'une femme ou le bruit du bris sur une voiture".
Qu'importe la crédibilité de ces mesures, étrillées par ses adversaires, la vidéo a déjà été vue 1,7 million de fois sur X. Même succès pour son projet de réouverture de voies sur berge grâce à la construction d'un viaduc pour piétons de 2 km au-dessus des véhicules, dont la vidéo générée par IA a récolté 1,4 million de vues.
Impact sur les sondages et réactions des concurrents
Cette hyper-présence numérique a permis à Sarah Knafo de grappiller des points dans les sondages, où elle est créditée d'environ 12%, semblant en mesure de passer la barre fatidique des 10% pour se qualifier au second tour. "Elle a pris un espace médiatique, et sa campagne résonne malheureusement dans certains quartiers de Paris, tentés par l'extrême droite", analyse Céline Hervieu, députée PS et candidate dans le 6e arrondissement.
Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste, reconnaît que Sarah Knafo pourrait "ringardiser" Rachida Dati dans cette campagne, tout en rappelant : "C'est une candidate d'extrême droite et il ne suffit pas de mettre du jaune et s'appeler 'la ville heureuse' pour faire oublier ses turpitudes."
Une stratégie à un an de la présidentielle
À un an de l'élection présidentielle, la stratégie de Sarah Knafo n'est pas anodine et vise aussi à dédiaboliser le parti Reconquête fondé par Éric Zemmour. Dans l'entourage de Rachida Dati, certains se montrent inquiets : "Notre objectif est de la faire passer sous les 10%, car si Pierre-Yves Bournazel (Renaissance) et Sarah Knafo sont au second tour, ce sera très compliqué pour nous."
David Alphand, élu parisien et soutien de Rachida Dati, minimise cependant l'impact réel de cette campagne : "Knafo, c'est un peu Emily in Paris qui aurait débarqué au milieu des tentes porte de la Chapelle avec sa baguette magique. Mais son discours idyllique et ses propositions démagogiques se heurtent à la réalité parisienne."
Malgré les critiques, Sarah Knafo continue de marteler son message sur les réseaux sociaux : "STOP à la droite la plus bête du monde. Si nous voulons battre la gauche, nous devons nous unir. Je suis la seule à proposer cette union", a-t-elle réagi récemment, toujours vêtue de sa tenue jaune signature, sans intelligence artificielle cette fois, mais avec la même détermination à bouleverser le paysage politique parisien.



