Inondations en Sud-Gironde : la campagne municipale suspendue entre solidarité et rivalités
Inondations en Sud-Gironde : campagne municipale suspendue

Inondations en Sud-Gironde : la campagne municipale suspendue entre solidarité et rivalités

À Langon, Cadillac ou La Réole, les élus gèrent les impérités tandis que les candidats d’opposition tentent de trouver une place, entre union dans l’urgence et campagne à demi-mot. Noyée, la campagne des élections municipales en Sud-Gironde ? La multiplication des calamités ayant frappé le territoire depuis plus d’une semaine avec un enchaînement méthodique a coupé l’élan d’une bataille qui s’installait à peine.

Une campagne officiellement suspendue

À Langon, le maire et candidat PS Jérôme Guillem a tenu sa première réunion publique de présentation de liste vendredi 13 février, avant de tirer le rideau. « En raison des intempéries, la campagne Guillem 2026 est suspendue jusqu’à nouvel ordre », indiquait-il le lendemain sur sa page Facebook dédiée à la campagne. La veille, François-Xavier Marques, son concurrent d’extrême droite, annonçait déjà interrompre sa campagne : « Ce n’est pas le temps des querelles politiciennes ni des postures, mais celui de la solidarité, de l’entraide et de la prise de conscience », plaidait-il.

Pendant ce temps, Florence Lassarade, troisième concurrente Les Républicains, tenait une réunion publique de présentation de sa liste. Depuis, elle continue de poster sur les réseaux sociaux les portraits de ses colistiers, ainsi qu’une vidéo de soutien aux sinistrés.

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Des stratégies divergentes face à la crise

« Elle affiche ça alors que Guillem et moi mettons notre campagne à l’arrêt, grince le candidat du Rassemblement national. On ne fait pas de boîtage, plus de porte-à-porte. Je ne me vois pas faire ça alors que les gens ont autre chose en tête. » « Est-ce qu’il avait commencé sa campagne ? » rétorque la sénatrice, piquante. « On est dans une drôle de campagne, déroule-t-elle. Je pense d’abord aux gens touchés, mais on ne peut pas complètement s’arrêter, même si on n’est pas dans une campagne active. Tout ne disparaît pas parce qu’il y a une crue. »

À La Réole et à Langon, les têtes de liste Rassemblement national tentent de rester visibles en ne publiant plus que des contenus relatifs aux inondations. Ou presque : François-Xavier Marques, qui reconnaît une « demi-pause », n’a pas manqué de partager le dépôt en sous-préfecture de sa liste ou une publication d’Edwige Diaz, principale figure du parti en Gironde.

Tensions politiques persistantes

Bruno Marty, le maire Place publique de La Réole, a fait le choix de poursuivre la publication quotidienne des posts de présentation de sa nouvelle liste. Pour le reste, « on met la campagne en pause, mais parce qu’on n’a pas le temps », assure-t-il, partageant une certaine frustration de ne pas pouvoir présenter les nouvelles têtes et défendre le programme. Il reconnaît cependant que « pour l’opposition, la situation est compliquée ». « Mais ils auraient pu proposer de l’aide, ce qui n’a pas été fait », tacle-t-il.

À Cadillac, où les débats sont houleux entre la liste menée par la première adjointe, Corinne Laulan, adoubée par le maire sortant, et celle de l’adjoint dissident Pierre Ribeaut, l’intention déclarée d’union sacrée a duré moins longtemps que la crue. « Nous avons mis notre campagne entre parenthèses pour consacrer toute notre énergie, nos bras et nos solutions au service des habitants et des commerçants », indiquait ce dernier sur Facebook vendredi 13 février, avant de pointer du doigt la liste issue de la majorité sortante.

Une crise qui révèle les fractures

« Contrairement à une autre liste qui préfère maintenir des réunions de quartier alors que des personnes demandent assistance et informations. Un grand nombre d’habitants des quais n’ont reçu aucune visite, ni même de solution de stockage de la part de la mairie et de cette fameuse liste. Cela laisse un goût amer. »

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« En période de crise, la responsabilité doit primer », lisait-on le soir même sur la page Facebook de la liste Cadillac naturellement, portée par Corinne Laulan, dans une réponse au vitriol. « Un élu a un devoir de réserve et de solidarité institutionnelle. Utiliser une catastrophe naturelle pour attaquer la mairie dont on est soi-même membre est pour le moins contradictoire. Il est regrettable qu’un adjoint, qui connaît parfaitement les procédures d’urgence de notre ville, choisisse la mise en scène médiatique plutôt que la collaboration avec les services municipaux. »

Une opportunité politique ambivalente

La liste Nouvelle vague, de Pierre Ribeaut, tout comme Cadillac en grand, du troisième candidat Cyril Deyts, s’applique par ailleurs à montrer son implication sur le terrain, proposer son aide, partager des informations pratiques. Une manière d’exister tout en justifiant d’une primauté à la solidarité.

« Les inondations se sont invitées dans la campagne et la campagne s’est invitée dans les inondations », analyse Didier Sendrès, plusieurs fois candidat à Langon pour Les Républicains, qui suit cette élection « depuis les tribunes ». Pour lui, la crise peut être un atout pour les sortants : « C’est une opportunité pour montrer que la mairie fait le taf. » Il note par exemple qu’à Langon, « on voit tous les élus avec un gilet jaune et des bottes ». Un atout à double tranchant, juge-t-il, puisque le ressentiment n’est jamais loin dans les situations de catastrophes.