Une rencontre fortuite sous le soleil de mars
En ce début mars ensoleillé, une résidente de Neuilly-sur-Seine tire son caddy vers le marché des Sablons lorsqu'elle croise le maire, Jean-Christophe Fromantin, en pleine campagne pour sa réélection. Avec un large sourire, elle lui lance : « Vous allez être réélu haut la main, et j'espère au premier tour ! » L'élu, visiblement touché, répond avec modestie : « On ne sait jamais, il faut faire campagne… » Son interlocutrice cherche alors une critique : « Attendez, je vais vous en trouver un. Ah oui, voilà : les traversées de piétons sur les voies cyclables, c'est infernal ! Mais c'est tout… »
Un modèle de réussite pour les candidats sans étiquette
Jean-Christophe Fromantin incarne une véritable success-story politique pour tous les candidats « sans étiquette » qui se présentent aux élections municipales partout en France. Ulcéré par la mainmise de Nicolas Sarkozy sur sa ville, cet entrepreneur plonge dans l'arène politique en 2008, sans aucune expérience préalable. Le néophyte parvient alors à fédérer des citoyens engagés et à ravir ce fief à celui qui était alors président de la République.
Depuis cette première victoire, ce centriste farouchement indépendant – certains diraient même iconoclaste – a été réélu à chaque scrutin au premier tour, avec des scores impressionnants, atteignant même 62 % des suffrages en 2020. Lors des élections départementales de 2021, il s'est offert le luxe d'être le candidat le mieux élu de la région Île-de-France, et le seul à passer dès le premier tour.
Une campagne axée sur le contact direct
Pour ces municipales de 2026, celui qui a toujours creusé son sillon en marge des partis politiques – une démarche qui a inspiré Emmanuel Macron à ses débuts – bénéficie du soutien de toutes les forces de droite, notamment LR, l'UDI, le mouvement Horizons d'Édouard Philippe et Nouvelle énergie de David Lisnard. Face à lui, seule une liste d'union de la gauche et quelques candidatures dissidentes de droite, dont une liste « Reconquête ! » d'Éric Zemmour, font opposition.
Seul dans sa principauté chic de 60 000 habitants, Fromantin privilégie une campagne de proximité. Il a effectué une trentaine de réunions d'appartements depuis novembre, permettant « d'engager des discussions de fond avec environ un millier de personnes ». L'élu n'a pas ouvert de permanence de campagne, affirmant : « Je n'en ai jamais eu. Avoir des locaux coûte cher, consomme des crédits et enferme l'équipe. Je suis sur le terrain en permanence, et tout le monde sait que si l'on veut voir le maire, il est au café « Le Havane », sur la place du marché le dimanche matin… »
Un projet centré sur la culture, la sécurité et la gestion
Le programme du maire sortant mise sur la culture, avec des aménagements sur « l'axe majeur » entre la porte Maillot et la Grande Arche de la Défense, l'agrandissement de la médiathèque Jean d'Ormesson et l'installation d'un musée dans l'Hôtel particulier Arturo Lopez en partenariat avec le Centre Pompidou.
Mais les deux thèmes principaux de sa campagne restent la sécurité et la gestion. Concernant la sécurité, Fromantin explique que les communes « doivent de plus en plus prendre la compétence de l'État, face à son désengagement progressif ». Neuilly compte 90 agents – dont 55 policiers municipaux – et 530 caméras, « l'un des plus gros dispositifs d'Île-de-France », représentant 100 euros par habitant contre une moyenne nationale de 30 euros. L'édile assure que « Neuilly est la ville française où il y a le moins d'agressions ».
Une orthodoxie budgétaire revendiquée
Sur le plan financier, le maire-candidat affiche une sérénité certaine : « L'orthodoxie budgétaire est centrale. La gestion est sensible ici car nous avons probablement les meilleurs ratios de France. La fiscalité est basse. L'endettement est faible malgré des investissements conséquents. La dynamique de dépenses est inférieure à l'inflation ».
Cependant, ce qui irrite l'édile, ce sont les prélèvements de l'État sur le budget, pouvant atteindre 30 %. « À Neuilly, la taxe foncière représente 13 % quand elle est en moyenne en France de 39 %. L'État peut nous prélever pour aider les villes qui en ont besoin. Certaines communes vertueuses pourraient ainsi être incitées à moins investir. C'est un sujet explosif », dénonce-t-il.
Un plaidoyer pour l'intercommunalité
Pour dénoncer cette situation, Jean-Christophe Fromantin a écrit au nouveau ministre délégué aux comptes publics, David Amiel. Une réponse avant les municipales des 15 et 22 mars prochains semble incertaine. En attendant, cet élu pédagogique, qui milite depuis des années pour simplifier « le millefeuille administratif » et promouvoir une décentralisation efficace, ne cesse d'expliquer que la gestion locale en France passe par l'intercommunalité.
« Les citoyens ne savent pas que l'urbanisme, l'assainissement, les ordures ménagères et le développement économique sont des compétences intercommunales, relève-t-il. Et qu'ici, la chose est rendue plus complexe par le fait qu'il existe deux niveaux d'intercommunalités : le Grand Paris et les Établissements publics territoriaux (EPT). »
À Neuilly-sur-Seine, le scrutin pourrait bien se jouer dès le premier tour, confirmant ainsi la popularité durable de ce maire atypique qui a su imposer son style unique dans le paysage politique français.



