Défaite surprise des écologistes à Strasbourg : Trautmann en tête, Barseghian reléguée
Défaite des écologistes à Strasbourg, Trautmann en tête

Une soirée électorale mouvementée à Strasbourg

Dimanche 15 mars, à 19 heures, l'ambiance était à la fête au restaurant Les Tontons Flambeurs, quartier général des militants écologistes de Strasbourg. Entre musique pop, tartes flambées et pintes de bière, les colistiers de la maire sortante Jeanne Barseghian, pour la plupart trentenaires ou quadragénaires, affichaient une confiance palpable. Clovis Daguerre, 29 ans, militant écologiste et collaborateur parlementaire de la députée Sandra Regol, arborait un large sourire : « On est évidemment toujours un peu fébrile avant l'annonce des résultats, mais on le sent plutôt bien. Ces derniers jours, on a vraiment senti une bonne dynamique. C'est rassurant ! » Pauline Grampp, autre colistière, partageait cet optimisme : « Sur le terrain, il s'est passé quelque chose en fin de campagne. Il y a eu un vrai déclic. »

Le retour de Catherine Trautmann

Ce déclic n'a pourtant jamais atteint les urnes. Après de longues heures d'attente, peu après 21 h 30, le couperet est tombé : Catherine Trautmann, ancienne maire de Strasbourg de 1989 à 1997 puis de 2000 à 2001, ancienne ministre de la Culture de Lionel Jospin et figure historique du PS alsacien, arrivait en tête avec 25,93 % des suffrages. Elle devançait le candidat de la droite Jean-Philippe Vetter (LR) avec 24,23 %, et reléguait l'actuelle maire écologiste Jeanne Barseghian en troisième position avec seulement 19,72 %. Un camouflet pour la majorité sortante. Le candidat de La France insoumise, Florian Kobryn, réalisait quant à lui une percée inattendue avec 12,03 % des voix, quadruplant le score de LFI en 2020. Une quadrangulaire se profile donc pour le second tour, sauf retrait de liste.

La joie des militants socialistes

À moins de dix minutes à pied du QG des écologistes, l'équipe de Catherine Trautmann exultait à l'annonce des premières estimations. « On a gagné ! On a gagné ! On a gagné ! », scandaient en chœur les militants socialistes au Quai de scène. Ibrahim, 36 ans, rayonnait : « Je suis heureux ! On s'y attendait un peu, mais ça fait toujours plaisir. » Anaïs, 28 ans, membre du PS depuis ses 18 ans, confirmait : « Catherine Trautmann a été l'une des seules candidates à se montrer réellement dynamique, à l'écoute et à proximité des habitants. Je m'attendais à ce résultat. » Aurélien, 25 ans, ajoutait : « J'imaginais une avance plus marquée, mais c'est de bon augure. »

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Deux réactions contrastées en direct

À 22 heures, tandis que les militants écologistes accusaient le coup et que les socialistes festoyaient, leurs candidats respectifs se retrouvaient face à face sur le plateau de France 3 Alsace. Jeanne Barseghian paraissait déstabilisée et bottait en touche : « Ce sont des premières estimations, la soirée ne fait que commencer. On va attendre la fin de cette soirée pour avoir des résultats consolidés, que je prendrai le temps d'analyser avec mon équipe. » De son côté, Catherine Trautmann se réjouissait ouvertement : « Les Strasbourgeois ont entendu le message que je porte : un message d'espoir et d'optimisme après six années où la ville a été ressentie comme abîmée par la majorité sortante. » Pendant ce temps, au QG de Catherine Trautmann, les militants applaudissaient chaque prise de parole de leur candidate et huaient Jeanne Barseghian.

Une campagne marathon pour le second tour

Vers 23 heures, Catherine Trautmann faisait son entrée triomphante à son QG, sur « Pocket Piano » du compositeur DJ Mehdi. Droite, la tête haute, visiblement émue face à ses militants scandant son prénom, l'ancienne maire de 75 ans a pris la parole pendant huit minutes. « Nous portons le vote utile pour le second tour », répétait-elle à plusieurs reprises, tout en rappelant que « rien n'est jamais joué par avance ». « Prenez des forces, on va courir, et ce sera un beau marathon », concluait-elle. Une motivation nécessaire car tout reste à faire pour l'ensemble des qualifiés. Arithmétiquement, toutes les combinaisons sont possibles. Pour Catherine Trautmann, qui maintient sa position « ni LFI, ni RN, ni Barseghian », il s'agira notamment de séduire les abstentionnistes.

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Les stratégies des autres qualifiés

Le républicain Jean-Philippe Vetter pourrait, lui, essayer de récupérer une partie de l'électorat du candidat Horizons Pierre Jakubowicz (5,10 %), éliminé au premier tour. Plus dynamique que ne le laissaient présager les sondages, le candidat de droite – déjà en lice sous l'étiquette de LR en 2020 – entend déjouer les pronostics au second tour en portant un projet résolument opposé à ceux de Catherine Trautmann et de Jeanne Barseghian. « Aujourd'hui, il y a une opportunité : avoir de nouveaux visages, une nouvelle méthode et surtout un nouveau maire pour Strasbourg. J'appelle l'ensemble des Strasbourgeois qui souhaitent un vrai changement à se reporter sur notre large rassemblement », a-t-il déclaré à France 3.

Vers une union des écologistes avec LFI ?

Reste enfin à savoir si la liste de l'insoumis Florian Kobryn fusionnera avec celle de Jeanne Barseghian – un scénario de plus en plus probable. « Ce qui m'importe, c'est que la ville reste à gauche », avait soutenu Jeanne Barseghian sur le plateau de France 3, laissant entendre qu'une union demeurait envisageable. À 23 h 30, au QG de la majorité sortante, dont l'effervescence du début de soirée s'était évaporée, les militants appelaient, eux aussi, cette fusion de tous leurs vœux. Clovis Daguerre estimait : « Au regard du programme et des propositions – au-delà de ce qu'on peut reprocher à LFI au niveau national –, c'est la liste avec laquelle nous sommes les plus proches », martelant : « La gauche, c'est nous, pas Catherine Trautmann ! » Pauline Grampp abondait : « Il faut élargir la gauche au maximum. Il faut être le plus nombreux possible, parce qu'en face, il y a Jean-Philippe Vetter et Catherine Trautmann. Arithmétiquement, tout est possible. Sur le programme, nous avons de nombreux points communs avec LFI, donc j'espère que nous nous unirons. » Le député PS Thierry Sother, deuxième sur la liste de Catherine Trautmann, jugeait, lui aussi, le scénario plausible, après les « déclarations d'amour de toute la semaine dernière, c'est peut-être leur destinée ».

À minuit, Jeanne Barseghian était encore en réunion avec son équipe dans son QG. « Ce ne sera pas possible avant un moment pour une déclaration à la presse », prévenait un membre de son équipe. En pleine évaluation stratégique d'une union avec LFI ? L'avenir proche le dira, alors que Strasbourg s'apprête à vivre un second tour particulièrement indécis et stratégique.