Débat municipal à Périgueux : cinq candidats confrontent leurs visions politiques et environnementales
Les cinq candidats à l'élection municipale de Périgueux ont participé au débat organisé conjointement par le journal Sud Ouest Dordogne et la chaîne TV7. Cette rencontre, filmée mardi 3 mars sur le plateau de TV7 à Bordeaux, a permis aux prétendants à la mairie de confronter leurs visions sur des sujets cruciaux comme les équilibres politiques, le cadre de vie et la gestion des déchets. Les échanges, d'une durée d'une heure et demie, sont restés courtois tout en révélant des divergences significatives.
Le contexte politique et les alliances
À gauche, on retrouvait le maire sortant Émeric Lavitola (PS), Vincent Belloteau (La France Insoumise) et Jonathan Almosnino (Lutte Ouvrière). À droite, se présentaient Michel Cadet (Horizons) et Antoine Audi (Divers droite). L'absence notable du Rassemblement National a profondément influencé les dynamiques du débat.
Michel Cadet, candidat de droite, a immédiatement abordé le thème de la sécurité : « Vous pensez que parler de sécurité, c'est parler d'extrême droite ? Nous avons rencontré les Périgourdines et Périgourdins. C'était leur première préoccupation. » Face à une droite renforcée, Émeric Lavitola s'est réjoui de l'absence du RN tout en marquant clairement ses distances avec LFI : « Ma liste a vocation à être la même entre le premier et le second tour », expliquant cette position par « une forme de brutalisation de la vie politique » qu'il attribue à La France Insoumise.
Vincent Belloteau a répliqué avec ironie : « Le LFI bashing, ça marche. Désormais, les antifascistes sont les fascistes. Qui a sauvé M. Macron ? C'est le PS. Dont acte. » Antoine Audi, quant à lui, a préféré éviter les comparaisons avec son ancien colistier Michel Cadet et a choisi d'oublier le RN, « non représenté » sur le plateau. Il a lancé : « Périgueux est une ville qui a toujours tourné le dos aux extrêmes, sauf en 2020, quand LFI et le PS étaient alliés… Et on a vu la catastrophe industrielle que cela a engendrée. » Jonathan Almosnino, pour sa part, a exprimé son indifférence face aux clivages traditionnels : « La société n'est pas divisée en gauche-droite mais en classes sociales. »
La gestion controversée des déchets
Bien que la gestion des déchets relève du Syndicat Mixte Départemental des Déchets de la Dordogne (SMD3) et non de la municipalité, tous les candidats ont intégré ce sujet dans leurs programmes respectifs, témoignant de son importance pour les électeurs.
Le maire sortant Émeric Lavitola souhaite mettre fin à la limitation du nombre d'ouvertures pour les poubelles noires, dénonçant un dispositif « mis en place dans la précipitation ». Il déplore également la compensation obligatoire par les agents municipaux et annonce une ambition plus large : « Nous, on est prêts à diriger le SMD3. »
Michel Cadet a répondu que « jeter l'anathème sur le SMD3 alors que les élus ont voté pour » était trop facile. Émeric Lavitola a rectifié : les élus de Périgueux et Bergerac ont effectivement voté contre. Le candidat Horizons craint qu'un accès libre aux bornes à Périgueux n'incite les habitants des communes voisines à venir déposer leurs ordures dans la capitale du Périgord. Il demande donc un accès libre étendu à toute la Dordogne.
Antoine Audi a rappelé l'objectif vertueux du SMD3, avec une redevance incitative qui a finalement réduit le volume de déchets par foyer. Cependant, il critique sévèrement son application : « une application catastrophique ». Plutôt que l'accès libre, il préconise l'augmentation du nombre d'ouvertures autorisées.
Jonathan Almosnino a exprimé son indignation face à ce système, affirmant : « C'est aux industriels qui produisent nos futurs déchets d'en payer la collecte. » Vincent Belloteau a cité les 71% d'habitants mécontents selon une consultation de Sud Ouest, rendant hommage aux associations qui ont fait condamner le SMD3 pour sa politique tarifaire initiale. Il propose une refonte complète : « Il faut repartir d'une feuille blanche. »
Le cadre de vie et l'attractivité de Périgueux
Émeric Lavitola a mis en avant plusieurs réalisations de son mandat : « Trois heures de stationnement gratuit, c'est unique en France ». Il souligne également « un taux de vacance commerciale qui a baissé depuis le début du mandat » et les bénéfices de la piétonisation de la rue Taillefer. Ses projets incluent le lancement de petites navettes électriques gratuites et la création d'un office du commerce pour animer la ville toute l'année.
Michel Cadet accorde également une importance cruciale à l'animation urbaine. Il propose de travailler quartier par quartier, de fleurir les rues, de ne pas se limiter aux événements estivaux, de fluidifier la circulation et de mieux coordonner les différentes mobilités.
Vincent Belloteau va plus loin en proposant des transports entièrement gratuits et le développement de voies cyclables pour revitaliser un centre-ville dont les commerces sont, selon lui, « en grande difficulté ». Il attribue cette situation à l'expansion continue des centres commerciaux de périphérie, favorisée selon lui par les élus en place.
Pour Antoine Audi, « il est grand temps de rallumer les étoiles » de Périgueux. Cela passe par « la sécurité, une ville propre, une ville animée ». L'ancien maire a annoncé son intention de relancer la foire agricole Péri'Meuh. Il critique vivement « un plan de circulation confiscatoire » et a même déclaré : « Le 23 mars, j'irai démonter moi-même le sens interdit devant Monoprix. »
Jonathan Almosnino replace le débat sur le terrain économique : « Le marketing municipal ne suffira pas ». Pour lui, sans augmentation des salaires, pas de consommation possible. Il affirme donc qu'il faut « s'en prendre aux capitalistes » pour véritablement améliorer le cadre de vie des Périgourdins.
Ce débat a ainsi offert aux électeurs un panorama complet des positions et des styles des cinq candidats, mettant en lumière des approches parfois radicalement différentes pour l'avenir de Périgueux, tout en maintenant un dialogue respectueux malgré les divergences politiques profondes.



