Romans-sur-Isère : l'ombre persistante de Crépol sur les élections municipales de 2026
La campagne électorale dans cette ville de 33 000 habitants se déroule dans une atmosphère particulièrement pesante et chargée d'émotions. La maire sortante, Marie-Hélène Thoraval, n'a manifestement pas réussi à apaiser les peurs profondes et les rancœurs tenaces qui se sont installées après le tragique meurtre de l'adolescent Thomas Perotto à Crépol. Cet événement dramatique a été érigé en symptôme d'un prétendu affrontement ethnique, un récit qui a largement infusé sur la scène politique et médiatique nationale, créant un climat de division palpable.
Un village encore en ébullition trois ans après le drame
Trois années complètes se sont écoulées depuis la mort du jeune Thomas Perotto, poignardé lors d'un bal de campagne à Crépol, et pourtant, la peur et la colère semblent s'être calcifiées entre les collines verdoyantes de la Drôme. Au pied de l'église du village, Emilie, une ancienne policière de 40 ans, confie avec franchise qu'elle garde désormais un cran d'arrêt dans son sac à main en permanence. Après cette nuit de cauchemar du 19 novembre 2023, elle allait même travailler en ville accompagnée d'un imposant « staff croisé labrador », un chien de catégorie 1 réputé pour sa puissance.
« Un beau bébé, il ne faut pas s'approcher de moi », déclare-t-elle avec une détermination froide. Et elle précise qu'elle transporte également une hache dans sa voiture, preuve tangible de son sentiment d'insécurité permanent. « Je vote extrême droite depuis dix-huit ans », clame cette mère de famille sans ambages. Son mari, Julien, un grand gaillard qui travaille dans le secteur du bâtiment, va jusqu'à lâcher des paroles extrêmes : « Si ça avait été moi, j'aurais posé une bombe pour tout faire péter là-bas. Tant pis s'il y a 99 % de bons et 1 % de mauvais. »
La fracture symbolique entre deux mondes
Que l'on se rassure cependant, pour rien au monde Julien n'irait personnellement « là-bas ». Là-bas, c'est précisément Romans-sur-Isère, située à seulement 20 kilomètres au sud de Crépol, et plus particulièrement sa cité pauvre de la Monnaie, d'où proviennent certains des jeunes mis en examen dans l'affaire du meurtre de Crépol. Ce lieu est devenu le symbole cruel de deux mondes qui s'opposent radicalement : les enfants de la campagne traditionnelle face aux jeunes des quartiers défavorisés.
« Des mots sont sortis de travers, les rugbymen ont eu peur et c'est parti en couilles », tente d'apaiser un habitant du coin, Christophe, maçon de 43 ans, cherchant à minimiser la portée des événements. Mais malgré ces tentatives de modération, le narratif délétère qui place face à face « les Blancs » et « les Arabes » a profondément infusé, non seulement sur la scène publique nationale, mais aussi dans la politique locale la plus concrète.
L'entrée en scène de la maire sortante
C'est dans ce contexte particulièrement inflammable qu'une femme au carré blanc argenté, qui porte fièrement son ancrage politique à droite, a fait son entrée en scène électorale : il s'agit de la maire de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval, élue pour la première fois en 2014 et aujourd'hui candidate à sa propre réélection. Son mandat a été marqué par cette gestion délicate des conséquences du drame de Crépol, et sa campagne se déroule sous le spectre de cette tragédie qui continue de diviser la population.
L'atmosphère électorale reste donc extrêmement tendue, avec des peurs qui se sont transformées en convictions politiques pour certains habitants, tandis que d'autres tentent de préserver un semblant de normalité. La fracture sociale et géographique entre Crépol et Romans-sur-Isère, amplifiée par le traitement médiatique et politique du drame, constitue désormais l'arrière-plan incontournable de ces élections municipales de 2026.



