Une campagne municipale exceptionnellement violente à Oloron
Sur le papier, l'élection municipale à Oloron promettait de grandes choses et un débat politique animé. D'un côté, Marie-Lyse Bistué, actuelle première adjointe d'Oloron, héritière de l'équipe de Bernard Uthurry, à la tête d'une liste socialiste, communiste et écologiste. De l'autre, Clément Servat, conseiller départemental, héritier de l'équipe de Daniel Lacrampe. Enfin, en troisième position, le jeune Hugo Couchinave, secrétaire départemental du parti Les Républicains, suivi dans bon nombre de ses mouvements par l'ombre de l'ancien maire, Hervé Lucbéreilh.
Le retour symbolique des rivalités historiques
Uthurry, contre Lacrampe, contre Lucbéreilh. Le trio infernal de ces figures politiques s'est symboliquement reformé lors de ces élections, incarné par de nouveaux visages. Mais, peut-être, toujours animé par les mêmes rancœurs et désirs de revanche – pour les deux listes de droite du moins. La tambouille était prête : nous allions déguster une élection à la sauce vintage, « virile mais correcte » comme un bon plaquage à Saint-Pée. Cependant, le plat s'est avéré salé, beaucoup trop salé, avec une escalade inattendue de tensions.
Les premiers incidents de campagne
Tout a commencé du côté de la permanence d'Hugo Couchinave, en novembre, lorsque ce dernier a été sommé par la préfecture de retirer son affiche de campagne sur laquelle il s'affichait en grand, ce qui contrevenait au Code électoral selon l'État. Deux mois plus tard, coup de théâtre : l'affiche retirée est revenue, après que le candidat a noté que le tribunal administratif de Rouen avait donné raison à un candidat ayant connu la même mésaventure. C'est probablement ce micmac qui a valu à Hugo Couchinave de recevoir à nouveau des tags sur sa permanence. Ce dernier a porté plainte, mais les recherches n'ont rien donné, laissant planer un sentiment d'impunité.
L'épisode du « Lou Guit enchaîné »
Début février, nouvelle « boule puante ». Dans la nuit, plusieurs personnes ont distribué, dans une partie des boîtes aux lettres de la ville, un document imitant parfaitement la charte graphique mais aussi le style du « Canard enchaîné », appelé « Lou Guit enchaîné ». À ceci près que la visée première de cette publication sauvage semblait être davantage la diffamation que l'information. Visé par ces textes, Clément Servat a aussi porté plainte. Après un classement sans suite par le parquet, le candidat a fait appel de ce classement.
« Jusqu'à présent, je n'en avais pas parlé, indique-t-il. Mon avocat a fait un recours auprès du tribunal : des personnes ont été auditionnées cette semaine, on a apporté des preuves qui ont permis d'identifier certaines personnes. J'ai aussi porté plainte pour harcèlement sur les réseaux, organisés par de faux comptes. »
Une multiplication des plaintes et des intimidations
Ce n'est pas tout : plusieurs colistiers de Clément Servat auraient aussi reçu « des lettres d'intimidations et de menaces ». Le candidat assure que « tout cela a fait l'objet de plaintes. Ce sont des méthodes de voyous. On doit en être à plus d'une vingtaine déposées ». Et ce n'était que la campagne du premier tour ! La situation est devenue si tendue que Marie-Lyse Bistué a lancé un appel après l'épisode des tags de la permanence d'Hugo Couchinave.
« Nous revendiquons et appelons à une campagne électorale respectueuse et sereine, basée sur le débat de fond et des arguments factuels, non sur des anathèmes, des caricatures, des railleries », avait déclaré la candidate. Un vœu pieux dans un contexte où la violence verbale et les actions clandestines semblent avoir pris le pas sur le débat démocratique, transformant cette élection municipale en un véritable champ de bataille politique.



