Bordeaux : le troisième homme Dessertine maintient sa candidature, les alliances en suspens
Sacré troisième homme avec un score de 20,16%, l'économiste Philippe Dessertine a officiellement annoncé son maintien au second tour des élections municipales de Bordeaux, se positionnant face au maire écologiste sortant Pierre Hurmic (27,67%) et au candidat du centre-droit Thomas Cazenave (25,68%). Les prochains jours seront décisifs, avec des négociations d'alliances qui s'annoncent intenses entre les différentes formations politiques.
Une ambiance victorieuse dans le camp Dessertine
Ce dimanche soir, dans sa permanence de campagne, Philippe Dessertine a été accueilli comme un vainqueur par ses partisans. Des applaudissements nourris ont salué son arrivée par une centaine de personnes, dans une salle devenue trop exiguë pour contenir l'enthousiasme. Certains ont dû patienter sur le trottoir tandis que d'autres échafaudaient déjà des stratégies politiques pour la semaine à venir.
« Les citoyens n'en peuvent plus de ces logiques partisanes, et c'est exactement ce qui désenchante la politique. Nous, nous allons la réenchanter », a déclaré l'économiste de 62 ans, visiblement satisfait d'avoir gagné près de trois points par rapport aux derniers sondages. L'ambiance était bon enfant et souriante, avec des soutiens qui préféraient garder le silence face aux questions des journalistes, tout en soulignant le parcours remarquable de leur candidat : « Il est parti de zéro, et il est arrivé tout seul à faire 20% ».
Les réactions contrastées des autres candidats
À l'hôtel de ville, l'ambiance était nettement plus froide dans le camp de Pierre Hurmic. Le maire écologiste sortant, bien qu'en tête, n'a pu cacher son visage fermé devant les micros et caméras. Soutenu par une partie de ses colistiers, il a délivré un message court et direct, reconnaissant avoir « entendu le message » des électeurs tout en dénonçant « le dégagisme et l'écolo bashing ».
Hurmic a appelé à un « grand rassemblement de la gauche », bénéficiant potentiellement de l'échec de Nordine Raymond (LFI, 9,36%) qui s'est pour sa part déclaré prêt à tendre « de nouveau la main à Pierre Hurmic et Philippe Poutou pour créer un front antifasciste ».
Quelques centaines de mètres plus loin, au QG de campagne de Thomas Cazenave cours Clémenceau, l'atmosphère était plus réchauffée. Le candidat du centre et de la droite, arrivé deuxième à seulement deux points de Hurmic, a immédiatement lancé un « appel solennel » à Philippe Dessertine pour un « rassemblement ».
« Cette élection est un vrai désaveu pour Pierre Hurmic », a affirmé l'ancien ministre des comptes publics. « Nous partageons le même regard et le même diagnostic sur Bordeaux. Nous pensons l'un et l'autre qu'elle a reculé dans des domaines comme la sécurité ou l'entretien. »
Les enjeux stratégiques des prochains jours
Philippe Dessertine, quant à lui, se présente comme le seul candidat à avoir progressé dans les intentions de vote, répétant avec gourmandise : « Je suis le seul à gagner des points. » Il ironise sur les appels à l'union de ses adversaires : « Chaque candidat trouve que notre programme est proche du sien : Cazenave, Rechagneux… »
Sur la question délicate des alliances, l'économiste plastronne : « Il n'y a pas de danger à faire le jeu de la démocratie », tout en présentant son maintien comme un message « pour les jeunes » qui « ne croient plus en la politique à cause des logiques d'appareil ».
Thomas Cazenave, convaincu que « l'alternance est possible », met en garde contre un maintien qui irait à l'encontre de « l'intérêt des Bordelais », se présentant comme « le mieux placé pour l'emporter le 22 mars ». Son appel dépasse d'ailleurs le seul cadre de Dessertine : « Il s'adresse à tous ceux qui veulent l'alternance. »
Dans tous les camps, les téléphones devraient chauffer dans les prochaines heures, avec des négociations qui s'annoncent cruciales pour le second tour. Philippe Dessertine, citant Mark Twain devant ses partisans enthousiastes, a assuré : « Notre liste va passer dimanche prochain », avant de rappeler cette phrase de l'écrivain américain : « Ils l'ont fait car ils ne savaient pas que c'était impossible. »



