Bordeaux 2026 : quatre candidats aux visions divergentes pour la mairie
La bataille pour la mairie de Bordeaux s'annonce particulièrement animée avec quatre candidats qui incarnent des visions radicalement différentes de la ville. Chacun d'entre eux rêve de ravir le siège du maire sortant Pierre Hurmic, apportant ses forces spécifiques, ses limites identifiables et sa stratégie propre pour exister dans cette compétition municipale.
Nathalie Delattre : la candidate du socle commun
Nathalie Delattre n'avait initialement pas l'intention de se présenter à la mairie de Bordeaux. Le décès de Nicolas Florian en janvier 2025 a cependant poussé la sénatrice à « prendre ses responsabilités ». Présidente du Parti radical et ancienne ministre déléguée au Tourisme, cette élue locale aguerrie a fait ses armes auprès de l'ancien maire Alain Juppé.
Consciente d'un rapport de forces défavorable, celle qui affirme être soutenue par sept partis sait que reprendre la mairie à l'écologiste Pierre Hurmic passe nécessairement par un accord avec le député macroniste Thomas Cazenave. La candidate refuse d'exacerber leurs différences mais met en avant son expérience d'adjointe de quartier et sa pratique de la coconstruction pour mener la bataille.
« Dialoguer avec les habitants, c'est donner une colonne vertébrale à l'action publique », explique-t-elle. « Tout se fait par petites touches, sans cap clair. Nous avons tous intégré l'urgence climatique, mais la ville ne peut pas se construire uniquement à cette aune. » Si Bordeaux basculait, Nathalie Delattre pourrait bien présider Bordeaux Métropole.
Philippe Dessertine : la surprise intellectuelle de la campagne
Philippe Dessertine affiche l'assurance de celui qui pense être « arrivé au bon moment et au bon endroit ». Professeur à la Sorbonne et spécialiste des cycles économiques, il s'est lancé dans la course à la mairie avec une conviction forte : « La ville peut être le laboratoire d'une nouvelle ère. »
Issu de la société civile, il refuse les étiquettes partisanes et jure qu'il ira jusqu'au bout. « Les partis politiques sont à court d'idées et l'État sans stratégie depuis des décennies », affirme-t-il. Pour l'économiste, Bordeaux est victime de l'immobilisme malgré ses atouts de ville-monde.
Son plan n'est pas un contre-projet mais « un programme pour ! » qu'il entend construire avec les habitants, quartier par quartier. « Il n'y a pas un problème d'argent, il y a un problème d'argent public », martèle-t-il, se définissant comme optimiste. Le rôle du maire devient selon lui celui d'un « leveur de ressources au service de l'intérêt général ».
Julie Rechagneux : la nouvelle tête décomplexée du RN
À 29 ans, Julie Rechagneux incarne la nouvelle génération du Rassemblement national. Titulaire d'un master de droit public et militante au FN dès ses 17 ans, elle dirige aujourd'hui la campagne du RN à Bordeaux avec un objectif clair : franchir les 15% au premier tour ou au moins dépasser les 10% pour participer au second tour.
Porte-parole du RN depuis octobre 2024, l'eurodéputée dénonce sans surprise l'insécurité et promet de « remettre Bordeaux en ordre ». Mais elle expérimente également une nouvelle façon de parler à la droite conservatrice, évoquant l'image dégradée de la ville et les polémiques récentes.
« Je veux relancer le contournement est de Bordeaux », explique-t-elle. « Ce n'est pas en piétonnisant des rues ou en surtaxant les SUV qu'on va réduire la pollution : le vrai nœud, c'est la rocade. » Si elle a peu de chances d'être élue maire, elle joue une partie stratégique pour installer un groupe au conseil municipal et polir l'image du RN dans l'Ouest.
Nordine Raymond : le trouble-fête de la gauche insoumise
Nordine Raymond, candidat de La France insoumise, a l'intime conviction qu'il va bousculer le scrutin de mars prochain. Ce Bordelais de 34 ans, cuisinier aux Capucins, se décrit comme « racisé et homosexuel » et ne retient pas ses coups contre le maire sortant.
« Le bilan de Pierre Hurmic n'est pas à la hauteur des engagements pris et de l'espoir soulevé par le basculement de la ville à gauche », affirme-t-il. En discussion avec Philippe Poutou du NPA et le PCF pour constituer sa liste, il propose un programme ambitieux :
- Réquisition des logements vacants
- Désarmement de la police municipale
- Gratuité des transports publics
- Création d'un service municipal de pompes funèbres
Sa candidature pourrait sérieusement menacer la réélection du maire sortant en capitalisant sur les déçus « très nombreux » de Pierre Hurmic et en séduisant des électeurs d'une gauche plus modérée.
Ces quatre candidats représentent ainsi des options politiques distinctes pour les Bordelais, chacun portant une vision spécifique de l'avenir de leur ville dans une compétition qui s'annonce particulièrement disputée.



