Avignon : une campagne municipale explosive entre narcotrafic et psychodrame à gauche
Avignon : municipale explosive entre narcotrafic et psychodrame

Avignon : une campagne municipale explosive entre narcotrafic et psychodrame à gauche

Institution nichée au cœur de la cité historique, le marché couvert des Halles d'Avignon prend parfois des airs de théâtre politique. « Mais qu'est-ce qui se passe, il n'y aurait pas une campagne ? », s'écrie malicieusement le serveur du café la Source des Halles, faussement incrédule, en voyant débarquer Olivier Galzi et sa troupe de militants, une cargaison de fougasses aux grattons à la main, spécialité avignonnaise généreusement calorique.

Une succession délicate pour le Parti socialiste

L'ancien journaliste, passé par les plateaux de France TV ou d'iTélé, est l'invité surprise de la course municipale dans la cité des Papes. « Je suis le candidat du renouveau ! » clame Olivier Galzi, chemise blanche et veste bleue, avant de s'enfiler un café au comptoir. À l'instar de Jean-Michel Aulas, à Lyon, ou de Serge Blanco, à Biarritz, le quinqua au physique photogénique espère surfer sur le rejet d'un sérail politique essoufflé.

D'autant que, dans la préfecture du Vaucluse, le jeu s'annonce très ouvert depuis que la maire PS Cécile Helle a annoncé en février 2025 ne pas vouloir rempiler. « J'avais dit, dès 2014, que je ne ferais que deux mandats, j'ai donné le meilleur de moi-même », assure l'édile, installée dans son bureau qui domine la place de l'Horloge, louant volontiers la gratuité des musées ou la baisse du tarif des cantines.

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Une décision prise sans désigner de dauphin, qui a interpellé jusque dans ses rangs. « Elle n'a pas préparé sa succession… » soupire-t-on au PS, où l'on ne voudrait pas perdre cette ville symbolique à l'approche de 2027. Après un long silence et une encombrante avalanche d'ambitions dans sa majorité, l'édile a fini par adouber son adjoint, David Fournier.

David Fournier, l'héritier désigné

Un geek de la politique, lunettes austères et col roulé, engagé au MJS dès ses 14 ans, capable de griffonner un plan de sa ville sur une serviette de table. Le patronyme du socialiste n'est d'ailleurs pas étranger aux Avignonnais : son père fut syndicaliste et sa mère, députée du cru. Une affaire de famille.

Autour d'une table garnie d'attirantes pâtisseries, l'élu revendique auprès d'habitants sa fibre « sociale », dans une commune où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, et promet un « changement dans la continuité ». Une posture délicate, pas si éloignée de celle d'Emmanuel Grégoire à Paris, tant le bilan de la gauche croule sous le feu nourri de ses adversaires.

La sécurité, enjeu brûlant de la campagne

« La ville n'est pas gérée ! » dézingue le candidat sans étiquette Stephan Fiori. Sillonnant la ville dans un camping-car à son effigie, ce commerçant franc-tireur est parti en croisade contre la frêle attractivité économique ou les dodus bouchons, quand la maire assume avoir « pris un peu de place à la voiture pour développer d'autres formes de mobilité ».

Mais une autre thématique brûlante pourrait faire basculer le scrutin : la sécurité. Selon un sondage Ifop, ce sera même l'enjeu le plus déterminant dans le choix des électeurs. Base arrière des réseaux marseillais, la cité aux remparts a rejoint la liste noire des villes moyennes percutées par le narcotrafic.

En 2021, un policier est assassiné en plein jour par un dealeur de 19 ans. Depuis janvier 2025, quinze fusillades ont éclaté dans le Vaucluse, causant huit morts et une vingtaine de blessés. Bien loin du fantasme de douce mélodie des cigales pour Parisiens en manque de soleil…

« J'ai vu s'intensifier la violence associée au narcotrafic », reconnaît la maire, Cécile Helle, revendiquant « 500 caméras de vidéoprotection » et un renforcement de la police municipale, que David Fournier promet de poursuivre.

LFI sur les terres du PS

La gauche en sait quelque chose. Depuis que Raphaël Arnault, figure de la mouvance antifa, a débarqué aux législatives 2024, LFI a déballé l'artillerie lourde pour renverser l'hégémonie socialiste. Posée dans un café bobo au carrefour des charmantes ruelles piétonnes du centre-ville, la tête de liste Mathilde Louvain promet un « projet de rupture » pour Avignon.

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« Bien sûr qu'elle va gagner ! » s'exclame auprès du Point le parlementaire, croisé en pleine réunion militante. Optimisme démesuré ? « Les quartiers vont se réveiller un mois avant l'élection, LFI peut faire 20 % », prévient notre cadre LR. À Avignon, on garde en tête certains scores astronomiques enregistrés par Arnault lors du second tour face au RN, dépassant les 80 % dans plusieurs bureaux de vote.

Le RN en conquête

D'autant plus que le spectre du RN, dans un département grignoté par le bleu marine, pourrait agir en puissant moteur d'union. Aux européennes de 2024, la liste bardelliste a atteint 26,6 % à Avignon. Au second tour des législatives de 2024, quand Raphaël Arnault surperformait dans les quartiers populaires ou le centre-ville, son adversaire RN dépassait les 60 % dans certains espaces semi-ruraux de la commune.

« Cette ville est fracturée entre une extrême droite très haute et un député fiché S », soupire un élu centriste. « Avignon est le laboratoire de la tenaille identitaire », renchérit le patron de théâtre Laurent Rochut, soutien d'Olivier Galzi.

Psychodrame à gauche

À Avignon, la gauche se déchire… avant de s'unir ? Le volcanique avocat Farid Faryssy a quitté avec fracas LFI pour rallier le candidat PS après une brouille avec le médiatique député Raphaël Arnault, figure antifa propulsée dans le Vaucluse.

Le clivant Faryssy, très implanté à Avignon, est visé par une plainte pour chantage. Mais aucune condamnation, contrairement à Raphaël Arnault, reconnu coupable de violences. Une querelle d'ego qui, pour l'heure, pourrait ne pas suffire à empêcher une alliance de second tour.

Ni David Fournier ni Mathilde Louvain n'excluent explicitement un rapprochement au second tour. Une union qui pourrait s'avérer nécessaire face à la montée du RN dans une ville où les fractures politiques reflètent celles de la France entière.