Le président américain Donald Trump a quitté la Chine ce vendredi, après une visite d'État de deux jours jugée très positive selon ses déclarations, malgré les tensions persistantes entre les deux nations. Le premier jour de la rencontre a été marqué par les propos de Xi Jinping, qui a notamment utilisé une expression ayant retenu l'attention : celle du « piège de Thucydide ».
Une formule antique au cœur des relations modernes
« La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le piège de Thucydide et instaurer un nouveau paradigme dans les relations entre grandes puissances ? », a lancé le président chinois, rapportent les médias locaux. Cette expression, bien que récente, a déjà été employée à plusieurs reprises. Elle a été formulée en 2010 par le politiste américain Graham Allison, qui l'a principalement appliquée au conflit sino-américain. Depuis, elle est régulièrement reprise dans les débats géopolitiques.
La rivalité entre Sparte et Athènes comme modèle
L'expression s'inspire du célèbre récit de Thucydide, homme politique athénien du Ve siècle avant J.-C., intitulé La guerre du Péloponnèse. Il y décrit le conflit qui opposa Athènes, puissance montante, à Sparte, puissance dominante, entre -431 et -404 avant J.-C. Selon lui, « le véritable motif de la guerre fut le développement de la puissance athénienne. C'est là ce qui, en inspirant des craintes aux Lacédémoniens (Sparte), rendit la guerre inévitable ».
Graham Allison reprend cette hypothèse et la transpose à plusieurs conflits modernes, notamment la rivalité sino-américaine. Avec le « piège de Thucydide », il théorise le fait que lorsqu'une puissance émergente entre en rivalité avec une puissance dominante, le risque de guerre est élevé. Il considère ainsi que la crainte des États-Unis face à la croissance rapide de la Chine alimente la possibilité d'un conflit entre les deux pays.
Des précédents historiques inquiétants
D'après les recherches du politiste, sur 16 cas de rivalité de ce type recensés au cours des 500 dernières années, 12 ont abouti à la guerre, écrit-il dans The Atlantic en 2015. Le Monde Diplomatique cite les conflits entre les rois de France et les Habsbourg pour dominer l'Europe au XVIe siècle, ou encore la Première Guerre mondiale, alimentée par la rivalité britannico-allemande de la fin du XIXe siècle. « La plupart de ces conflits se sont mal terminés, souvent pour les deux nations », rappelle Graham Allison.
Que voulait dire Xi Jinping ?
L'utilisation de cette expression par Xi Jinping a suscité de nombreuses interprétations. Certains observateurs y ont vu une référence subtile au déclin américain face à la croissance de la Chine, ce que Donald Trump n'a pas nié. « Le président Xi a fait très élégamment référence aux États-Unis comme étant peut-être une nation en déclin », a déclaré Trump jeudi. Cependant, selon lui, le dirigeant chinois faisait référence aux États-Unis de son prédécesseur Joe Biden, pas à l'Amérique actuelle. « Il y a deux ans, nous étions effectivement une nation en déclin. Aujourd'hui, les États-Unis sont le pays le plus génial de la planète », a-t-il affirmé.
Cette visite intervient dans un contexte de tensions multiples, notamment sur le dossier taïwanais, que Pékin considère comme une ligne rouge. Les relations sino-américaines restent donc sous haute surveillance, et la référence au piège de Thucydide rappelle les risques d'une escalade entre les deux superpuissances.



