Une lune de miel transformée en pugilat public
Rien ne va plus entre Donald Trump et Giorgia Meloni ! En l'espace de quarante-huit heures, la relation privilégiée que l'Italienne entretenait avec le président américain, avec une certaine rouerie diplomatique, s'est métamorphosée en une confrontation publique retentissante. Le déclencheur ? Une provocation anti-vaticane d'une rare violence de la part du 47e président des États-Unis.
L'escalade trumpienne contre le Saint-Siège
Donald Trump a choisi le dimanche de Pâques orthodoxe pour lancer une offensive verbale contre le chef de l'Église catholique, publier une image de lui-même en Jésus guérisseur, et mettre en péril son alliance la plus solide en Europe. Le Pape Léon XIV – Robert Francis Prevost, premier pontife américain de l'histoire, élu en mai 2025 – avait en effet condamné l'escalade militaire américaine, qualifiant la menace de détruire la civilisation iranienne de « vraiment inacceptable ». Une position qui, depuis le début du conflit, agace profondément l'occupant du Bureau ovale.
Fureur trumpienne
Peu importe la fonction de son interlocuteur, Donald Trump ne modifie pas sa méthode : il réplique à l'admonestation papale sur son réseau Truth Social le dimanche soir. Dans un texte entièrement en majuscules pour marquer son insistance, il assène : « Le pape Léon est NUL face au crime, et catastrophique en politique étrangère. » Il accuse Léon XIV de « caresser la gauche radicale » et lui reproche son silence durant la pandémie de Covid lorsque les églises étaient fermées. Puis il lâche cette phrase révélatrice de sa psychologie : « Il ne serait pas au Vatican si je n'étais pas à la Maison-Blanche. » Un message clair : c'est moi Trump qui l'a fait, je peux te défaire quand je veux.
L'image controversée du Christ sauveur
Sans aucun commentaire écrit, il poste ensuite une image créée avec l'aide de l'intelligence artificielle, qui n'est pourtant pas de sa conception. Cette création de Nick Adams, influenceur d'extrême droite américain, avait été publiée des mois auparavant avec la légende « L'Amérique est malade depuis longtemps. Le président Trump guérit cette nation. » Visiblement, cette iconographie a séduit Donald Trump, qui la republie sans mentionner son auteur, pour enfoncer le clou dans un invraisemblable procès en légitimité qu'il intente au pape.
L'image le représente en homme d'Église, portant une étole rouge, la main posée sur le front d'un mourant, une lumière divine émanant de sa main, en Christ sauveur. Un aigle et un drapeau américain flottent dans le ciel avec des GI qui montent vers l'Eden dans une clarté céleste. La Statue de la Liberté dans un coin rappelle que nous sommes aux États-Unis, patrie d'un peuple élu. Le tout est composé dans le style pictural des icônes de guérison. En somme, Trump s'auto-célèbre en Jésus américain, survolé par un F-16. Un kitsch assumé, peut-être teinté d'une pointe d'autodérision chez cet homme fantasque.
La rupture de Giorgia Meloni
Giorgia Meloni avait toujours fait preuve d'indulgence envers Donald Trump, mais lorsque celui-ci s'en prend aussi violemment au pape, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le bénitier. Sa réaction se déroule en deux temps, révélant une pression intérieure croissante.
Première réaction : l'esquive diplomatique
Le lundi matin, le Palais Chigi publie un premier communiqué souhaitant à Léon XIV un bon voyage pour son périple apostolique en Afrique. Un texte au ton chaleureux, exprimant un soutien au pape, mais où un nom est conspicument absent : celui de Donald Trump. L'opposition italienne s'engouffre immédiatement dans ce silence. Giuseppe Conte, chef de file des 5 Étoiles, lui rappelle son propre slogan – « femme, mère et chrétienne ». Matteo Salvini, son propre vice-président du Conseil, déclare quant à lui qu'attaquer le pape n'est « ni utile ni intelligent. »
Deuxième réaction : la condamnation ferme
Meloni se tortille, mais à 18h03, n'y tenant plus, le Palais Chigi publie un second communiqué. Il s'ouvre sur cette phrase extraordinaire : « Je pensais que le sens de ma déclaration de ce matin était clair, mais je le réitère avec plus de clarté. » Puis vient la condamnation sans ambages : « Je trouve inacceptables les paroles du président Trump envers le Saint-Père. Le Pape est le chef de l'Église catholique, et il est juste et normal qu'il invoque la paix et condamne toute forme de guerre. » Neuf heures de silence, une pression maximale – et une rupture finalement arrachée par les circonstances, pas tout à fait choisie, ce qui change radicalement son interprétation politique.
La contre-attaque de Trump
Donald Trump reçoit le communiqué cinq sur cinq. Interrogé sur le désaveu de Meloni, le président américain se dit « choqué » par la présidente du Conseil. « Elle ne veut pas nous aider dans la guerre. Je n'arrive pas à l'imaginer. Je pensais qu'elle avait du courage. Je m'étais trompé sur elle, » lâche-t-il. Et il va plus loin : « C'est elle qui est inacceptable, parce qu'elle s'en fiche si l'Iran a une arme nucléaire et ferait sauter l'Italie en deux minutes si elle en avait la chance. » Il conclut par un dernier coup de pied : « Elle n'est plus la même personne, et l'Italie ne sera plus le même pays. »
Les tentatives de rattrapage et l'unanimité italienne
Peut-être a-t-il senti qu'il était allé trop loin, car son post avec l'image pieuse disparaît dès le lundi matin. Interrogé par les journalistes, Donald Trump déclare qu'il « pensait que c'était lui en médecin » et que l'image « avait à voir avec la Croix-Rouge. » « C'est censé me montrer comme un docteur qui rend les gens meilleurs. Et je rends les gens meilleurs. Je les rends vraiment beaucoup meilleurs, » insiste-t-il, avec son emphase habituelle. JD Vance, catholique aussi zélé que récemment converti, plaide sur Fox News que « le président faisait une blague » et l'a retirée car « beaucoup de gens ne saisissaient pas son humour. »
Sur les attaques contre Léon XIV, en revanche, Donald Trump persiste et signe : « Il n'y a rien à quoi s'excuser. Il a tort. » Le prêtre jésuite Antonio Spadaro, sous-secrétaire du Dicastère du Vatican pour la Culture, analyse sur X : « Si Léon était sans importance, il ne mériterait aucun commentaire. Or il est invoqué, nommé, combattu – signe que ses paroles comptent. C'est là que la force morale de l'Église émerge. Non comme contre-pouvoir, mais comme espace où le pouvoir est jugé par un étalon qu'il ne contrôle pas. »
L'unanimité transpartisane en Italie
La particularité de cette crise est l'unanimité italienne. De droite à gauche, du gouvernement à l'opposition, tout le monde a défendu le pape. « Cela fait des siècles qu'on n'avait pas vu un acte d'agression aussi flagrant contre le souverain pontife. Les Trumps passent, les papes restent, » s'échauffe Matteo Renzi. En Italie, un proverbe établit solidement une superstition tenace : « Chi mangia papa crepa » – « qui dévore le pape crève ». Cet adage est né de siècles de conflits entre les souverains temporels et la papauté.
Depuis les États-Unis même, la Conférence épiscopale a pris position. L'archevêque d'Oklahoma City, Mgr Paul Coakley, a déclaré être « attristé que le président ait choisi des mots aussi offensants », précisant que « le pape Léon n'est pas son rival : il est le Vicaire du Christ qui parle depuis la vérité de l'Évangile. » Trump a soixante-dix millions de catholiques américains dans son électorat. Son vice-président est un catholique converti. Et il a choisi le dimanche de Pâques orthodoxe pour traiter le pape de faible et se représenter en Jésus. Léon XIV a tranquillement répondu à cette polémique : « Je n'ai aucune peur de l'administration Trump. » Donald Trump passera, l'Église catholique apostolique et romaine en a vu d'autres.



