Un pont symbolique devenu pomme de discorde
Conçu pour incarner l'amitié renouvelée entre les États-Unis et le Canada, le pont international Gordie Howe est désormais au cœur d'une controverse inattendue. Dans un message véhément publié sur Truth Social, l'ancien président américain Donald Trump a menacé d'empêcher son ouverture prévue en 2026, exigeant une compensation totale pour les États-Unis.
Des accusations infondées
Donald Trump a vivement critiqué le projet, affirmant que le Canada avait traité les États-Unis "de manière très injuste pendant des décennies" et que le pont avait été construit avec "presque aucune ressource américaine". Il a même suggéré que les États-Unis devraient posséder au moins la moitié de cet ouvrage. Cependant, ces déclarations sont rapidement démenties par les faits.
Le service de vérification de CNN rappelle que Donald Trump lui-même avait soutenu le projet en 2017 dans une déclaration commune avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau, saluant alors le futur pont comme un lien économique vital entre les deux nations. Concernant la propriété, l'ancien gouverneur républicain du Michigan, Rick Snyder, a précisé dans The Detroit News que le Canada a entièrement financé la construction, pour un montant de 6,5 milliards de dollars, et que la propriété est déjà partagée à parts égales entre le Michigan et le Canada.
Les véritables enjeux économiques
Rick Snyder souligne que "le Michigan et les États-Unis ont obtenu leur demi-propriété sans investissement. C'est une bonne affaire". Les coûts seront remboursés via les péages, et les bénéfices futurs seront partagés. Quant à l'acier utilisé, une dérogation au Buy American Act a été accordée en 2012 pour permettre l'utilisation d'acier canadien, puisque le Canada assumait les frais, mais les produits américains ont pu concourir sur un pied d'égalité.
Des pressions derrière la scène
L'opposition soudaine de Donald Trump pourrait s'expliquer par une rencontre révélée par le New York Times. Quelques heures avant son message, le secrétaire américain au commerce Howard Lutnick a rencontré Matthew Moroun, dont la famille exploite depuis des décennies l'Ambassador Bridge, un autre pont entre Détroit et Windsor. La famille Moroun a longtemps œuvré pour freiner le projet du pont Gordie Howe, et cet entretien a abouti à un appel direct avec Trump, bien que le porte-parole du Commerce ait refusé de commenter.
La réponse politique canadienne
Face à cette nouvelle crise, le chef du gouvernement canadien Mark Carney s'est entretenu avec Donald Trump. Il a décrit leur discussion comme "positive" et a réaffirmé que "c'est un excellent exemple de coopération entre nos pays". Carney a minutieusement réfuté les affirmations de Trump, rappelant que le Canada a payé la construction, que la propriété est partagée, et que des travailleurs et de l'acier des deux pays ont été utilisés.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump multiplie les attaques contre le Canada, brandissant régulièrement la menace de hausses tarifaires. Fin janvier, il avait déjà menacé d'augmenter de 50 % les droits de douane sur les avions canadiens après un retard de certification. Cette affaire du pont Gordie Howe illustre une fois de plus les tensions persistantes dans les relations transfrontalières, où les déclarations politiques contrastent avec la réalité des faits et des accords établis.