Alors que les deux pays entretiennent une lourde rivalité autour de l'intelligence artificielle (IA), la Chine souhaite mettre en place une coopération avec les États-Unis afin de promouvoir la gouvernance de ce secteur. La Chine a appelé mardi les États-Unis à travailler avec elle pour promouvoir la gouvernance dans l'intelligence artificielle et a annoncé la création d'un dialogue intergouvernemental consacré à ce domaine, source d'une intense rivalité bilatérale. Les deux puissances sont les leaders mondiaux de l'IA et les champions chinois du secteur rattrapent leur retard sur leurs concurrents américains les plus avancés.
Une visite de Trump en Chine
« La Chine et les États-Unis devraient travailler ensemble pour promouvoir le développement et la gouvernance de l'intelligence artificielle » afin que l'IA « serve au mieux le progrès de la civilisation humaine et le bien-être commun de la communauté internationale », a indiqué Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. « Lors de la visite du président Donald Trump en Chine » la semaine dernière, « les deux chefs d'État ont eu des discussions constructives sur les questions liées à l'intelligence artificielle et ont convenu de lancer un dialogue intergouvernemental » sur le sujet, a-t-il souligné lors d'un point presse régulier.
Donald Trump et le président chinois Xi Jinping partagent les craintes face aux armes autonomes dotées d'IA, aux cyberattaques et à de potentielles armes biologiques conçues par l'intelligence artificielle, selon des analystes. En 2024, Xi Jinping avait convenu avec le prédécesseur de Donald Trump, Joe Biden, que les humains devaient rester maîtres de la décision de déclencher des armes nucléaires. Mais les deux pays ne s'étaient pas engagés dans la voie d'une coopération concrète jusqu'à présent.
Des différends persistants
L'IA donne lieu à de fréquents différends entre les deux puissances. La Maison-Blanche a accusé récemment des entités chinoises de mener des campagnes « à l'échelle industrielle » pour copier clandestinement les modèles d'intelligence artificielle américains, ce que Pékin dément. De leur côté, les autorités chinoises ont bloqué l'offre de 2 milliards de dollars du géant américain Meta pour racheter Manus, un agent d'IA créé par une société fondée en Chine et désormais basée à Singapour. « Nous allons discuter de garde-fous sur l'IA avec les Chinois », avait déclaré la semaine dernière le ministre américain des Finances, Scott Bessent.
« Meilleure ambiance »
De quoi parleront les deux pays dans le cadre d'un dialogue intergouvernemental ? Ils « pourraient échanger leurs bonnes pratiques et leurs expériences sur la manière d'aborder et de gérer » les répercussions de l'IA sur la société, par exemple sur l'emploi des jeunes, déclare Sun Chenghao, chercheur à l'université Tsinghua, à Pékin. « Même si la Chine et les États-Unis sont en concurrence dans le domaine de l'IA, l'impact de ces technologies sur le monde entier - et sur toutes sortes d'acteurs, qu'il s'agisse des États, des sociétés ou des entreprises - est extrêmement important », souligne-t-il. Mettre provisoirement de côté les questions les plus clivantes, comme les exportations vers la Chine de puces américaines capables d'entraîner et d'alimenter les systèmes d'IA « peut contribuer à créer une meilleure ambiance » pour ces discussions bilatérales, note Sun Chenghao.
Pour la chercheuse Mathilde Velliet, de l'Institut français des relations internationales (Ifri), la proposition chinoise n'est pas surprenante. Les développements de l'IA « sont des sujets d'inquiétude pour les deux pays, en particulier l'utilisation de l'IA par des acteurs non étatiques à des fins d'attaque », explique-t-elle. Mais il ne faut, selon elle, « pas s'attendre à des engagements véritablement contraignants de part et d'autre car ils sont en compétition et ne voudront pas se freiner ».



