Giorgia Meloni, médiatrice entre Donald Trump et l'Iran : la stratégie italienne dévoilée
Dans le chaos géopolitique actuel où l'Iran bombarde ses voisins, les États-Unis et Israël ripostent, et les Européens cherchent leur place, une figure émerge comme possible médiatrice : Giorgia Meloni. La Première ministre italienne pourrait-elle être celle qui aide Donald Trump à trouver une issue à cette crise ? Le président américain s'est engagé dans une opération aux objectifs flous, sans troupes au sol, rendant difficile le renversement d'une dictature qui, depuis 1979, maintient son peuple sous un joug religieux rigide.
Une prise de distance discrète avec Washington
Ce jeudi, lors d'un entretien à la radio RTL 102.5, Meloni a tracé sa ligne. Elle s'alarme d'une « crise toujours plus évidente du droit international et des organismes multilatéraux », générant « un monde toujours plus gouverné par le chaos ». Elle pointe du doigt « l'anomalie totale d'un membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui envahissait son voisin », visant clairement la Russie.
Rome refuse l'aventurisme militaire tout en alertant sur « le risque d'une escalade aux conséquences totalement imprévisibles ». C'est une prise de distance subtile mais efficace avec Donald Trump, sans confrontation directe. Meloni adopte une position de « ni-ni » : ni belliciste, ni désengagée. L'Italie veut être utile, et elle en a les moyens.
Les liens historiques entre Rome et Téhéran
Cette prudence s'enracine dans l'histoire. Entre 2006 et 2012, l'Italie fut le premier partenaire commercial de l'Iran dans l'Union européenne, avec des échanges dépassant sept milliards d'euros en 2010. En 2015, le président iranien Hassan Rohani reconnaissait que Rome était « le pays le plus important pour la coopération économique » en Europe.
Les sanctions ont réduit les échanges à moins de deux milliards d'euros en 2015, mais n'ont jamais rompu le fil. Le pétrolier ENI, dont l'État italien détient 30%, est au cœur de cette relation, présent en Iran depuis 1957 et maintenant délibérément le contact même sous sanctions. Quand Meloni évoque un « canal diplomatique précieux », ENI en est un vecteur concret.
D'autres grands groupes italiens restent implantés :
- Saipem dans l'énergie
- Fincantieri dans la construction navale
- Danieli dans la sidérurgie
- Enel dans l'électricité
Au premier trimestre 2024, l'Italie demeurait le deuxième partenaire commercial européen de l'Iran. Rome entretient discrètement un canal diplomatique avec des négociations bilatérales régulières.
Une position prudente qui devient un atout
Cette approche explique pourquoi l'Italie a longtemps été réticente à classer les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes de l'UE. Un débat récurrent à Bruxelles, relancé après les attentats soutenus par Téhéran, mais sur lequel Rome a toujours freiné, préférant préserver ses canaux de communication.
Aujourd'hui, cette position souvent critiquée se révèle un avantage stratégique : l'Italie parle encore à Téhéran quand presque plus personne en Occident n'en est capable. Meloni revendique cette singularité sans complexe. Sa priorité est de « comprendre s'il y a des marges pour une reprise des négociations sur le nucléaire iranien », tout en conditionnant cela à l'arrêt des attaques iraniennes contre les pays limitrophes.
Des limites claires face aux États-Unis
Sur l'usage par Washington des bases de l'OTAN en Italie, Meloni brandit les traités bilatéraux de 1954 : ils ne prévoient que de la logistique et des « opérations non cinétiques » – qu'elle traduit sans détour par des « opérations de non-bombardement ». Si les États-Unis voulaient davantage, « ce serait la compétence du gouvernement de décider, avec le Parlement ».
Elle précise : « Aujourd'hui, nous n'avons aucune demande en ce sens. Nous ne sommes pas en guerre et nous ne voulons pas entrer en guerre ». Le message est clair pour Washington comme pour Téhéran : l'Italie protège, elle ne frappe pas.
Meloni confirme l'envoi de systèmes de défense antiaérienne dans le Golfe – pour couvrir les quelque 2 000 militaires italiens déployés (en réalité 2 500 selon le ministre de la Défense) et sécuriser l'approvisionnement énergétique européen. Pas pour ouvrir un nouveau front.
Le pivot stratégique entre Trump et Téhéran
La répartition des forces italiennes :
- Plus de 1 000 soldats au Liban sous le drapeau de l'ONU (Unifil)
- Environ 700 hommes à Erbil, dans le Kurdistan irakien, pour la formation et le contre-terrorisme
- 300 autres sur la base d'Ali Al Salem au Koweït
Comment Donald Trump pourrait-il s'appuyer sur l'Italie ? Rome n'a pas formellement adhéré au « Conseil de la paix » de Trump mais y siège en observateur. Meloni défend cette posture face à une opposition vent debout, affirmant que « ce plan de paix est objectivement le seul outil dont nous disposons pour empêcher la reprise des hostilités à Gaza ».
En maintenant simultanément un pied dans l'initiative américaine et un canal historique avec l'Iran, Meloni occupe une position unique parmi les dirigeants européens. L'Italie, selon elle, « a le privilège d'être respectée par tous les acteurs ».
À un moment donné, Donald Trump aura besoin d'une porte de sortie. L'Iran, asphyxié et isolé, aura besoin d'un interlocuteur. La présidente du Conseil italien s'est positionnée pour être l'un et l'autre. C'est du réalisme d'État exercé avec constance depuis le Palazzo Chigi. À condition que le conflit ne franchisse pas le seuil où l'équilibriste doit enfin choisir son camp.



