Le pragmatique iranien se transforme en farouche opposant face à Washington
Longtemps considéré comme l'homme pragmatique du régime des mollahs, ouvert au dialogue et aux discussions, Ali Larijani a radicalement changé de ton lundi. Dans une série de publications sur X, il s'est violemment opposé aux États-Unis de Donald Trump, fermant définitivement la porte à toute négociation entre les deux nations.
Une déclaration de guerre verbale sans précédent
"L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Ali Larijani dans un message qui a immédiatement fait le tour des chancelleries internationales. Il accuse directement Donald Trump d'avoir "plongé la région dans le chaos" et de faire "une fois de plus payer le prix de son culte de la personnalité aux soldats et à leurs familles américaines".
Dans un autre tweet particulièrement virulent, Larijani a ajouté : "Les pensées illusoires de Trump ont entraîné toute la région dans une guerre inutile et maintenant il s'inquiète à juste titre de nouvelles pertes américaines. Il est vraiment très triste qu'il sacrifie le trésor et le sang américains pour faire avancer les ambitions expansionnistes illégitimes de Netanyahou."
L'ascension d'un successeur désigné
Après l'assassinat d'Ali Khamenei et de plusieurs dizaines de dignitaires iraniens dans un bombardement américain, Ali Larijani est devenu la nouvelle figure centrale du régime des mollahs. Cette position n'est pas le fruit du hasard : fidèle proche de l'ayatollah défunt, il avait été personnellement choisi par le chef de l'État pour prendre sa succession en cas de décès.
Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale jusqu'à présent, il était chargé de la protection de la République islamique face aux attaques militaires. À 67 ans, cet homme expérimenté pourrait devenir le principal interlocuteur de Donald Trump pour préparer l'avenir du régime iranien, malgré ses déclarations actuelles hostiles.
Un parcours marqué par les paradoxes
Né dans l'une des plus grandes familles cléricales d'Iran à Amol, dans la province de Mazandaran, Ali Larijani a suivi un parcours intellectuel remarquable. Après des études de mathématiques et de philosophie continentale, il a été diplômé du séminaire de Qom, tout comme Khamenei avant lui.
Sa carrière politique est impressionnante :
- Ancien président du Parlement iranien entre 2008 et 2020
- Ancien directeur de la radio et de la télévision d'État (1994-2004)
- Commandant au sein des Gardiens de la révolution
- Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale à deux reprises
Pourtant, cette carrière exemplaire n'a pas été sans obstacles. Sa position politique a été fragilisée ces dernières années par le Conseil des gardiens, qui a disqualifié sa candidature à la présidentielle en 2021 et 2024. Plusieurs hypothèses expliquent cette mise à l'écart :
- La présence de sa fille aux États-Unis
- Sa proximité avec l'ancien président modéré Hassan Rouhani
- Son soutien à l'accord sur le nucléaire de 2015
Le pragmatisme face aux défis internationaux
Alors que les futurs dirigeants potentiels pour l'Iran se font rares, le profil d'Ali Larijani ressort particulièrement. Chargé de superviser les négociations nucléaires avec les États-Unis - interrompues par le bombardement américain de samedi - il incarne à la fois la fidélité au régime des mollahs et une certaine ouverture pragmatique.
Conservateur dans ses positions fondamentales et attaché aux valeurs idéologiques de la révolution de 1979, il a pourtant cultivé l'image d'un homme politique pragmatique. Il n'hésite pas à adopter des positions plus modérées pour faire avancer certaines négociations, comme il l'a démontré le mois dernier en déclarant à la télévision d'État d'Oman que la question des négociations sur le nucléaire était "résolue".
"Si la préoccupation des Américains est que l'Iran ne devrait pas s'orienter vers l'acquisition d'une arme nucléaire, cela peut être abordé", avait-il alors affirmé, laissant entrevoir une possible voie de dialogue.
Les défis internes d'un successeur contesté
La plus grande opposition qu'Ali Larijani pourrait rencontrer ne vient pas nécessairement de l'extérieur, mais bien de l'intérieur même du pays. Ne pouvant prétendre à la succession d'Ali Khamenei au poste de Guide suprême - faute des références de clerc supérieur requises - il pourrait se heurter à plusieurs forces internes :
Les Gardiens de la révolution, véritable État dans l'État, l'ont longtemps considéré comme un adversaire politique. Le triumvirat intérimaire qui a pris la suite de Khamenei - composé du président Massoud Pezeshkian, de l'ayatollah Ali Reza Arafi et du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï - est dominé par des clercs adeptes de la ligne dure. Aux yeux de ces derniers, Ali Larijani pourrait apparaître comme un modéré dangereux.
Malgré ces défis internes et son refus catégorique actuel de négocier avec les États-Unis, son positionnement pragmatique pourrait paradoxalement faire de lui un acteur clé dans la résolution des crises régionales. Visé par des sanctions américaines pour son rôle dans la répression des manifestations de janvier dernier, il incarne désormais la complexité des relations irano-américaines : à la fois porte-parole de la fermeté et potentiel artisan du dialogue.



