Eric Ciotti à Nice : le discours de victoire entre grotesque et vide politique
Ciotti à Nice : victoire et discours entre grotesque et vide

Eric Ciotti célèbre sa victoire à Nice : un discours entre grotesque et vide politique

Après avoir remporté la mairie de Nice, le candidat UDR est monté sur scène pour célébrer sa victoire, comme le veut la tradition politique. Puis il a pris la parole, déclenchant une réflexion sur les mécanismes du pouvoir et du ridicule en politique.

Le pouvoir du grotesque selon Foucault

À la fin du discours prononcé par Eric Ciotti pour annoncer sa victoire à la mairie de Nice, les théories développées par Michel Foucault sur le pouvoir du grotesque en politique revenaient en tête. Imposer son ridicule, explique en substance l’auteur de Histoire de la folie à l’âge classique, est un signe de souveraineté. Il faut être puissant pour que le ridicule qu’on dégage ne fasse plus rire, voire participe à emporter l’adhésion des foules.

Bien sûr, cette théorie s’applique parfaitement à des figures historiques comme Hitler, Trump ou Mussolini – un peu moins à Eric Ciotti –, mais on ne pouvait s’empêcher de se demander en le voyant à la tribune si le nouveau maire de Nice n’avait pas compris intuitivement cela depuis longtemps. Après tout, l’épisode rocambolesque de son auto-enfermement au siège des Républicains, qu’il voulait entraîner contre leur gré vers une alliance avec le RN, manifestait déjà une grande maîtrise de la farce. Or, force est de constater que, loin de lui nuire, cette maîtrise lui a profité.

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Une mise en scène télévisuelle défavorable

Sur France Télévisions dimanche soir, le dispositif n’était guère favorable au nouveau maire de Nice venu annoncer sa victoire sur son ancien mentor devenu rival, Christian Estrosi. Entouré de personnes beaucoup plus grandes que lui, il a été obligé de pousser gentiment quelques soutiens pour enfin émerger de la masse. À chaque morceau de déclaration, ponctué par des acclamations de la foule, surgissait un panneau « Ciotti pour Nice » qui le masquait totalement, dans un alignement tellement parfait qu’on ne serait pas étonné que tout cela soit une mise en scène de ces dangereux gauchistes du service public.

Le discours : entre attendu et métaphores maladroites

Puis, il y eut le discours lui-même. Rien que de l’attendu – « cette victoire est belle, elle donne du bonheur » –, jusqu’à une formule merveilleuse : « cela paraissant relever de l’ascension de l’Himalaya par la face nord ». Bon, que cette campagne ait été difficile pour les troupes d’Eric Ciotti, sans doute, mais comparable à « l’ascension de l’Himalaya par la face nord », ce n’est pas certain.

L’Himalaya n’est pas une montagne, mais une chaîne de montagnes. Gravir l’Himalaya, c’est comme gravir les Alpes, c’est au-delà du défi. Par ailleurs, ce n’est pas toujours la face nord des sommets qui est la plus difficile – par exemple, pour l’Annapurna et le Nanga Parbat, c’est la face sud ; et la face sud-ouest pour le Makalu. Mais peut-être Eric Ciotti voulait-il parler de l’Everest, dont il est vrai que la face nord est réputée la plus technique… Dans la chaleur du moment, il s’est égaré, sans doute.

Le vide politique et les comparaisons

Mais, direz-vous, on s’en fout. C’est vrai, comme on se fout de la dernière phrase de Gabriel Attal à la fin du même exercice – sauf que lui ne célébrait pas sa victoire, mais celle de Renaissance en général. Il avait un message pour les « électrices et électeurs de la gauche républicaine » qui ne veulent pas de LFI, ainsi qu’aux « électrices et électeurs de la droite républicaine », qui ne veulent pas du RN : « Ils trouveront toujours chez Renaissance une maison qui les accueille et qui construira avec eux un chemin pour l’avenir de la France. »

On croirait entendre le maire de Champignac, le personnage de la série Spirou et Fantasio : « Tout ça, c’est du vent, mais qui apporte de l’eau à mon moulin. » Le plus pathétique dans ces discours, ce ne sont sans doute pas les tropes usés dont ils regorgent jusqu’à l’absurde, mais le fait qu’ils soient tellement vides sur le fond qu’on en rit. Avant de se rappeler la théorie de Foucault…

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