Israël exclut catégoriquement la France des pourparlers de paix avec le Liban
La dégradation des relations entre Paris et Tel Aviv a franchi un nouveau seuil ce mercredi 15 avril, alors que des discussions informelles entre Israël et le Liban se sont tenues à Washington sous médiation américaine. L'ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a publiquement affirmé que la France ne devait pas participer aux négociations concernant le Liban.
« Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s’immiscer dans ces négociations », a déclaré Yechiel Leiter devant la presse, à l'issue d'une réunion de plus de deux heures avec son homologue libanaise. « Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu’il s’agit de négociations de paix », a-t-il poursuivi, ajoutant que les Français « ne sont pas nécessaires. Ils n’ont pas d’influence positive, surtout pas au Liban ».
Une exclusion qui marque un tournant historique
Alors que les combats se sont intensifiés ces derniers jours le long de la frontière sud du Liban, causant 350 morts et plus de 1 200 blessés le 8 avril dernier, Beyrouth et Tel Aviv prévoient une nouvelle rencontre pour négocier de manière plus formelle. Selon les déclarations de la diplomatie israélienne, cette rencontre se tiendra sans la France.
Cette évolution constitue un changement significatif par rapport à 2024, et surtout à 2006, lorsque Paris avait collaboré avec Washington pour élaborer la résolution 1701 de l'ONU, qui a mis fin au conflit dévastateur entre Israël et le Liban le 14 août 2006. Cette résolution a ensuite servi de cadre à l'accord de cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, entré en vigueur le 27 novembre 2024.
La France jugée « pas un médiateur équitable »
Un diplomate israélien a récemment affirmé dans le journal Les Échos que « la France ne peut pas être considérée comme un médiateur équitable ». Il a accusé Paris d'avoir « cessé de prendre des initiatives pour limiter la capacité d’Israël à combattre l’Iran » et de faire preuve d'une « absence de volonté pour prendre des mesures concrètes en vue d'aider le gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah ».
Les relations entre Tel Aviv et Paris se sont considérablement détériorées depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron de l'État de Palestine en septembre 2025. La France a régulièrement appelé à inclure le Liban dans le cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis et a vivement condamné les frappes israéliennes sur le Liban début avril, les qualifiant d'« intolérables ».
Des tensions qui s'aggravent avec des mesures concrètes
Ces prises de position ont suscité l'irritation d'Israël, où certains politiques estiment que la France serait « hostile » à l'État hébreu. Cette perception a conduit à des actions concrètes, comme l'annonce, mardi 31 mars, par une porte-parole du directeur général du ministère israélien de la Défense, de la décision d'Israël « de ramener à zéro les achats de défense effectués en France » au profit de « pays alliés ».
Cette mesure est perçue comme une riposte à l'interdiction par Paris faite aux avions israéliens transportant des munitions destinées à la guerre contre l'Iran de transiter par l'espace aérien français. Ces annonces « mettent en lumière la rupture de plus en plus nette avec les alliés européens au sujet de la guerre contre l’Iran », comme l'a écrit le quotidien israélien Haaretz fin mars.
Les temps changent, et la diplomatie aussi, avec une France désormais marginalisée dans les négociations clés au Moyen-Orient, au profit d'une médiation américaine exclusive.



