L'Espagne demande à l'UE de suspendre l'accord d'association avec Israël
Espagne: suspension de l'accord UE-Israël demandée

L'Espagne renforce sa position diplomatique en Europe

L'Espagne affirme de plus en plus son poids sur la scène diplomatique européenne. Après avoir, à l'instar de la France et de l'Italie, fermé son espace aérien aux avions militaires américains, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez s'apprête à présenter une demande significative ce mardi. Il compte demander à l'Union européenne de suspendre son accord d'association avec Israël lors d'un prochain Conseil des affaires étrangères.

Une demande fondée sur des violations du droit international

Cette initiative est motivée par les actions menées par Israël à Gaza et au Liban, que le gouvernement espagnol considère comme des violations du droit international. Comme l'explique Florence Chaltiel-Terral, professeure de droit public interrogée par 20 Minutes, cette démarche n'est pas sans précédent. « Par le passé, l'UE a déjà suspendu partiellement des accords. Ça a été le cas avec la Syrie en 2011, puis avec la Russie en 2022, depuis la guerre en Ukraine », rappelle l'universitaire. Elle précise que ces accords sont normalement conditionnés au respect des droits fondamentaux, étendus ensuite aux droits de l'homme.

La nature stratégique des accords d'association

Les accords d'association représentent la forme la plus avancée d'accord commercial que l'Union européenne peut négocier avec des pays tiers. À ce jour, l'UE dispose d'accords avec 40 pays, de différents niveaux : accords commerciaux, accords de libre-échange et accords d'association qui, selon les experts, « sont des témoins de l'identité et de l'existence internationale de l'UE ».

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Concernant spécifiquement Israël, Florence Chaltiel-Terral souligne que « ces accords favorisent les échanges économiques, culturels, associatifs, le dialogue politique, et les deux parties en profitent. C'est pourquoi il y a tant d'hésitations, de réticence à les limiter ou les suspendre ». Entré en vigueur en 2000, l'accord UE-Israël permet notamment des programmes d'échanges culturels comme Erasmus+ et couvre 42 milliards d'euros d'échanges de marchandises avec des droits de douane avantageux.

Une proposition qui divise les États membres

Ce n'est cependant pas la première fois que la suspension de cet accord d'association est demandée. Déjà en 2024, lors des opérations israéliennes à Gaza, Pedro Sanchez et le Premier ministre irlandais avaient adressé une demande similaire dans une lettre conjointe à la Commission européenne. Selon Florence Chaltiel-Terral, cette nouvelle demande a peu de chances d'aboutir. « La question de la limitation ou de la suspension d'un accord d'association est davantage une question politique que juridique », explique-t-elle. « Il faut pour cela un vote à la majorité des États membres et cela a peu de chance d'aboutir car l'Allemagne, notamment, y est opposée ».

Les réactions immédiates d'Israël

La proposition du Premier ministre espagnol a provoqué une réaction vive d'Israël. Le ministre israélien des Affaires étrangères a dénoncé ce qu'il qualifie d'« hypocrisie », accusant l'Espagne d'« antisémitisme ». Il a argumenté que l'Union européenne entretient des relations similaires avec d'autres régimes qu'il juge problématiques, citant notamment « la Turquie d'Erdogan, le Venezuela de Maduro », qu'il présente comme des régimes totalitaires violant les droits humains.

Cette initiative espagnole s'inscrit dans un contexte diplomatique européen de plus en plus complexe, où les positions nationales divergent sur la manière d'aborder les relations avec Israël. Alors que certains pays comme l'Espagne et l'Irlande adoptent une ligne plus critique, d'autres, notamment l'Allemagne, maintiennent une approche plus prudente, rendant improbable une suspension immédiate de l'accord d'association.

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