L'Espagne s'oppose fermement aux opérations militaires américaines contre l'Iran
Dans une décision stratégique majeure, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a pris position contre l'utilisation des bases militaires américaines en Espagne pour les opérations contre l'Iran. Cette orientation politique audacieuse place Madrid en porte-à-faux avec Washington et rompt avec plusieurs partenaires européens, engageant ainsi l'Espagne dans un bras de fer diplomatique aux conséquences potentiellement significatives.
Une interdiction formelle confirmée par les autorités
Le mardi 3 mars, le quotidien El País a révélé que le gouvernement espagnol avait officiellement ordonné de ne pas autoriser l'utilisation des bases américaines de Rota, située dans la province de Cadix, et de Morón, en Andalousie, pour ces opérations militaires. Bien que les États-Unis exploitent traditionnellement ces installations dans le cadre d'un accord d'utilisation conjointe, elles restent sous souveraineté espagnole, donnant à Madrid le dernier mot sur leur emploi.
Dès le lundi 2 mars, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares avait affirmé sur la télévision publique que "les bases espagnoles ne sont pas utilisées pour cette opération militaire". La ministre de la Défense Margarita Robles avait précisé qu'elles "ne fourniront un soutien que si cela était nécessaire d'un point de vue humanitaire", établissant ainsi une ligne rouge claire.
Une position justifiée par des principes fondamentaux
Le gouvernement espagnol considère la guerre lancée par les États-Unis et Israël comme "un non-sens aux conséquences imprévisibles pour la planète", selon les termes rapportés par El País. Madrid estime que cette intervention militaire, menée sans l'aval des Nations unies ni même du Congrès américain, "va contre le droit international" et pourrait avoir des "conséquences désastreuses aussi pour l'Espagne et pour toute l'Europe".
Un membre de l'exécutif cité par le journal a déclaré : "Où est-il écrit que nous devons être avec eux même s'ils se trompent ? Ils se trompent. Beaucoup de gens pensent comme nous dans toute l'Europe, et aussi aux États-Unis. Cette guerre n'a aucun sens et n'est pas pensée pour apporter la démocratie en Iran." Le gouvernement considère que le président américain agit "de manière désespérée" et pourrait "entraîner le monde avec lui".
Sur le réseau social X, Pedro Sánchez a lui-même exprimé son rejet de "l'action militaire unilatérale des États-Unis et d'Israël", qu'il juge contribuer à "un ordre international plus incertain et hostile", tout en condamnant également les actions du régime iranien et de la Garde révolutionnaire.
Une rupture avec les alliés européens et des réactions internationales vives
Cette position espagnole contraste fortement avec celle affichée par le chancelier allemand Friedrich Merz, qui, tout en reconnaissant des "doutes" sur la légalité internationale des frappes, a affirmé partager "beaucoup des objectifs" de l'attaque et estimé que "ce n'est pas le moment de donner des leçons" aux alliés.
Les réactions internationales ont été immédiates et sévères. Le sénateur républicain américain Lindsey Graham a dénoncé sur X un gouvernement espagnol devenu "le modèle d'un leadership européen pathétiquement faible", qui aurait "perdu son cap". De son côté, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a ironisé : "D'abord le Hamas remercie Sanchez. Ensuite les houthis. Maintenant l'Iran. Est-ce cela être du bon côté de l'histoire ?"
Une ligne maintenue malgré les pressions
Malgré ces pressions diplomatiques et politiques considérables, Madrid maintient fermement sa position, assumant le risque d'un isolement temporaire au nom du respect du droit international. Un autre membre du gouvernement a insisté auprès d'El País : "Nous ne soutiendrons pas cette guerre et n'y contribuerons en rien", confirmant ainsi la détermination de l'exécutif espagnol à ne pas participer, même indirectement, à ce conflit.
Cette décision historique de Pedro Sánchez représente donc un tournant significatif dans la politique étrangère espagnole, marquant une distance claire avec les orientations stratégiques de Washington tout en affirmant une vision autonome des relations internationales fondée sur le droit et la souveraineté nationale.



