Algérie : une diplomatie prudente face à l'escalade militaire au Moyen-Orient
Diplomatie algérienne prudente face à l'escalade au Moyen-Orient

Une réponse officielle mesurée face à l'escalade militaire

Dans le contexte des frappes américano-israéliennes débutées le 28 février, le ministère des Affaires étrangères algérien a rapidement mis en place une cellule de crise. Son objectif est de suivre la situation des citoyens algériens présents dans la région, alors que les tensions militaires s'intensifient dangereusement au Moyen-Orient. Les autorités ont exhorté leurs concitoyens à la plus grande vigilance et à maintenir un contact permanent avec les représentations diplomatiques et consulaires.

Des communiqués successifs appelant à la retenue

Le soir même du 28 février, un second communiqué a été publié. Alger y exprime sa profonde préoccupation et lance un appel pressant à la retenue et au sens des responsabilités. Le but est d'épargner à l'ensemble de la région du Golfe un surcroît d'insécurité et d'instabilité. Le texte qualifie l'escalade militaire de « profondément regrettable », soulignant que l'échec des négociations, menées sous médiation omanaise, a conduit à cette situation aux conséquences imprévisibles.

Cette position rappelle celle adoptée en juin 2025 lors de la guerre des 12 jours, où l'Algérie avait fermement condamné les bombardements, les qualifiant de violation des lois internationales et des principes de la Charte des Nations unies.

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Solidarité affichée avec les pays arabes touchés

Le 1er mars, face aux développements graves et accélérés dans la région du Golfe arabique, le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, a reçu les ambassadeurs des pays arabes ayant subi des attaques militaires. Lors de cette rencontre, le ministre a exprimé la pleine solidarité de l'Algérie avec ces nations frères. Il a réaffirmé le rejet catégorique de toute atteinte à leur souveraineté nationale, à leur intégrité territoriale et à la sécurité de leurs peuples.

Une stratégie diplomatique d'équidistance

Les jours suivants, les médias officiels ont annoncé que le président Abdelmadjid Tebboune avait contacté plusieurs chefs d'État de la région pour s'enquérir de la situation. Parmi eux figurent le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le roi de Jordanie Abdallah II, l'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al-Thani, le sultan d'Oman Haitham ben Tarek et l'émir du Koweït, cheikh Mechaal al-Ahmad al-Jaber Al-Sabah.

Il est à noter que le président algérien n'a pas eu de discussions similaires avec Mohammed ben Zayed Al-Nahyane (MBZ), président des Émirats arabes unis, un pays cible des ripostes iraniennes. Les relations entre Alger et Abou Dhabi sont tendues, comme en témoignent les récentes déclarations du président Tebboune qualifiant les Émirats de « mini-État qui gesticule » et dénonçant des tentatives d'ingérence dans les élections algériennes. Début février, l'Algérie a également dénoncé l'accord aérien avec les Émirats, ce qui entraînera l'annulation des liaisons aériennes.

Une approche pragmatique et calculée

Cette réaction officielle, qualifiée par certains observateurs de « diplomatie de l'esquive », contraste avec les positions plus tranchées de certains partis politiques algériens. Par exemple, le Parti des travailleurs (PT, trotskiste) a dénoncé dès les premières heures « la guerre impérialo-sioniste contre l’Iran ». Des condamnations similaires ont été émises par le Mouvement pour la société de la paix (MSP) et le parti Talaie El Houriat, qui réaffirment leur solidarité avec le peuple iranien.

« L'idée que l'Algérie aurait abandonné l'Iran mérite un examen plus objectif », estime le journaliste et analyste Lachemot Amar. Il explique que les relations internationales se fondent sur un calcul d'intérêts et de réalités politiques plutôt que sur des alignements idéologiques. Les échanges commerciaux avec l'Iran restent limités, tandis que les investissements en provenance du Golfe, notamment saoudiens, qataris et omanais, connaissent une croissance soutenue en Algérie.

Cette approche pragmatique permet à l'Algérie de maintenir un équilibre entre ses intérêts économiques et ses positions diplomatiques, évitant de froisser ses partenaires régionaux tout en préservant une certaine crédibilité normative à long terme.

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