Le sociologue et politologue grec Konstantinos Tsoukalas, l'une des figures intellectuelles les plus marquantes de la Grèce contemporaine, est décédé à l'âge de 85 ans. Sa disparition a été annoncée par sa famille, qui a précisé qu'il s'est éteint paisiblement chez lui à Athènes, entouré des siens. Il laisse une œuvre abondante, centrée sur l'analyse de la société grecque, de l'État et de la démocratie, et reste connu pour sa pensée du « nous tous », une invitation à dépasser les clivages pour construire un avenir commun.
Une vie consacrée à la pensée critique et à l'engagement
Né en 1937 à Athènes, Konstantinos Tsoukalas a étudié le droit et les sciences politiques à Athènes avant de poursuivre ses études à Paris, où il a été l'élève de Raymond Aron et de Cornelius Castoriadis. Il a enseigné la sociologie à l'Université d'Athènes et à l'Université Panteion, où il a formé des générations de chercheurs et de citoyens engagés. Son parcours intellectuel est marqué par un double héritage : la tradition de la pensée critique européenne et l'expérience politique grecque, de la dictature des colonels (1967-1974) à la crise de la dette.
Son œuvre majeure, « La Grèce face à l'Europe : dépendance et sous-développement », publiée en 1975, a été un véritable choc intellectuel dans le pays. Selon l'éditeur grec de ses œuvres, ce livre a « redéfini les termes du débat sur la modernisation et l'identité grecque ». Il y analysait les mécanismes de dépendance de la Grèce vis-à-vis des grandes puissances, tout en appelant à une émancipation politique et culturelle.
Le penseur du « nous tous » et de la démocratie radicale
Konstantinos Tsoukalas est surtout connu pour son concept de « nous tous », qu'il a développé dans ses derniers essais. Il s'agit d'une invitation à repenser la démocratie au-delà des partis et des institutions, en partant de la base, des citoyens ordinaires. « Le 'nous tous' n'est pas une simple formule, c'est une exigence éthique et politique », écrivait-il dans son dernier livre, « Pour une démocratie radicale », publié en 2024. Il ajoutait : « La démocratie ne peut être que le pouvoir de tous, sans exclusive, sans hiérarchie préétablie. »
Sa pensée a eu une influence considérable sur les mouvements sociaux grecs, notamment le mouvement des Indignés (2011) et les collectifs citoyens qui ont émergé pendant la crise. Selon le journal grec Kathimerini, « Tsoukalas a été le penseur qui a donné une voix à ceux qui se sentaient exclus du système politique ». Il a également été un critique acerbe de la technocratie européenne et des politiques d'austérité imposées à la Grèce, qu'il qualifiait de « coup d'État permanent contre la démocratie ».
Un héritage intellectuel et politique
Au-delà de ses livres, Konstantinos Tsoukalas a laissé une marque indélébile sur la vie intellectuelle grecque. Il a été membre fondateur de la revue « Les Temps Modernes » en Grèce et a participé activement à des débats publics sur l'éducation, la culture et la politique étrangère. Il a également été un défenseur infatigable de la liberté d'expression et des droits de l'homme, prenant position contre la censure et les discriminations.
Sa mort a suscité une vague d'hommages en Grèce et à l'étranger. Le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a salué « un intellectuel d'une rare envergure, dont la pensée a marqué des générations de Grecs ». De son côté, le parti de gauche Syriza a rendu hommage à « un compagnon de route, un penseur libre et un citoyen engagé ». Les universités d'Athènes et de Thessalonique ont annoncé l'organisation de colloques pour célébrer son œuvre.
Konstantinos Tsoukalas laisse derrière lui une œuvre composée de plus de 20 livres et de centaines d'articles, traduits dans plusieurs langues. Sa pensée, centrée sur le « nous tous », continue d'inspirer des chercheurs, des militants et des citoyens en quête d'une démocratie plus authentique. Comme il l'écrivait dans son dernier essai : « L'avenir n'est pas écrit, mais il dépend de notre capacité à agir ensemble, en tant que 'nous tous'. »



