François d'Assise : le rejet absolu de l'argent prêché par le saint et ses disciples
François d'Assise : le rejet absolu de l'argent prêché

Au début du XIIIe siècle, un mouvement radical émerge en Italie, porté par François d'Assise et ses premiers disciples. Leur message est simple et sans compromis : rejeter totalement l'argent, considéré comme un obstacle à la vie évangélique. Ce contre-modèle économique, qui prône la pauvreté absolue, va profondément marquer l'Occident chrétien et susciter des débats théologiques et politiques durables.

Les origines du rejet de l'argent

François d'Assise, né en 1181 ou 1182 à Assise, est issu d'une famille de marchands aisés. Après une jeunesse insouciante, il vit une conversion radicale qui le conduit à tout abandonner. En 1206, il renonce publiquement à son héritage devant l'évêque d'Assise, se dépouillant de ses vêtements pour symboliser son rejet des biens matériels. Ce geste fondateur pose les bases de sa doctrine économique.

Pour François, l'argent est un poison qui corrompt les relations humaines et détourne de Dieu. Il interdit à ses frères de toucher une pièce de monnaie, même pour acheter de la nourriture. Selon le récit de Thomas de Celano, son premier biographe, François considère que l'argent est « plus dangereux que la poussière » et qu'il faut le fuir comme on fuit un serpent.

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La règle franciscaine et la pauvreté absolue

En 1209, François obtient l'approbation orale du pape Innocent III pour sa règle de vie, qui repose sur trois piliers : pauvreté, chasteté et obéissance. La pauvreté est la pierre angulaire de cet ordre mendiant. Les frères ne doivent posséder ni argent, ni terres, ni maisons. Ils vivent de la mendicité et du travail manuel, mais sans jamais accepter d'argent en échange de leur travail.

Cette règle est formalisée par écrit en 1223 et approuvée par le pape Honorius III. Elle stipule que « les frères ne reçoivent aucune monnaie ni argent, ni par eux-mêmes ni par personne interposée ». Cette interdiction absolue distingue les franciscains des autres ordres religieux de l'époque, comme les bénédictins ou les cisterciens, qui possèdent des terres et des revenus.

L'impact économique et social du mouvement

Le rejet de l'argent par François d'Assise a des conséquences économiques et sociales majeures. En prônant la pauvreté volontaire, les franciscains remettent en cause les fondements de l'économie marchande qui se développe en Italie au XIIIe siècle. Ils attirent des foules de fidèles, notamment parmi les pauvres et les exclus, mais aussi parmi les riches marchands en quête de salut.

Selon l'historien Jacques Le Goff, spécialiste du Moyen Âge, le franciscanisme représente « une critique radicale de l'argent et du profit » dans une société où l'économie monétaire progresse rapidement. Les frères mendiants deviennent des prédicateurs itinérants qui dénoncent l'usure, la cupidité des marchands et l'accumulation des richesses.

Le mouvement connaît un succès fulgurant : en 1221, lors du chapitre des nattes, près de 5 000 frères se réunissent à Assise. À la mort de François en 1226, l'ordre compte plusieurs centaines de couvents à travers l'Europe.

Les tensions et les compromis après la mort de François

Après la mort de François d'Assise, l'ordre franciscain est confronté à des tensions internes entre les partisans de la pauvreté absolue et ceux qui estiment nécessaire d'assouplir la règle pour assurer la survie de l'institution. Dès 1230, le pape Grégoire IX autorise les frères à utiliser l'argent par l'intermédiaire de procureurs, ce qui suscite l'opposition des spirituels, les franciscains les plus rigoristes.

Ces débats culminent au XIVe siècle avec la controverse sur la pauvreté du Christ. Le pape Jean XXII condamne en 1323 la thèse selon laquelle le Christ et les apôtres n'avaient aucune propriété, ce qui remet en cause le fondement même de l'idéal franciscain. Cette décision provoque une scission au sein de l'ordre et conduit certains franciscains à être persécutés comme hérétiques.

Malgré ces tensions, l'héritage de François d'Assise perdure. Le rejet absolu de l'argent qu'il a prêché continue d'inspirer des mouvements de pauvreté volontaire et de critique de la société de consommation jusqu'à nos jours. L'ordre franciscain, aujourd'hui fort de près de 15 000 frères dans le monde, reste un témoin vivant de ce contre-modèle économique.

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