Gérald Darmanin en Algérie : reprise de la coopération judiciaire et des laissez-passer
Darmanin en Algérie : reprise de la coopération judiciaire

Une visite historique pour rétablir la confiance

Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a été reçu ce lundi 18 mai à Alger par le président Abdelmadjid Tebboune, marquant ainsi la reprise officielle de la coopération judiciaire entre les deux pays après deux années de tensions. Ce déplacement, qui a duré deux heures et demie, a permis d'aborder des sujets sensibles tels que la lutte antiterroriste, le crime organisé et le cas du journaliste français Christophe Gleizes.

Dans une allocution après la rencontre, M. Darmanin a souligné l'importance de "renouer la confiance entre deux pays qui se respectent". Il a remercié le président Tebboune pour ce "très long échange" et a indiqué que plusieurs réunions de travail avec son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, avaient concrétisé "la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle" après une interruption totale de deux ans.

Les dossiers clés abordés

Parmi les sujets discutés, le cas de Christophe Gleizes, journaliste sportif arrêté en Algérie et condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme", a été évoqué. Sa famille a annoncé qu'il avait retiré son pourvoi en cassation en mars, ouvrant la voie à une possible grâce présidentielle. M. Darmanin a également abordé la coopération pénitentiaire, la lutte contre la criminalité organisée, notamment le dossier de la "DZ mafia", un cartel criminel originaire de Marseille, ainsi que l'affaire des biens "mal acquis".

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Les autorités algériennes ont formulé une centaine de demandes pour récupérer des biens acquis illégalement par d'anciens responsables du régime d'Abdelaziz Bouteflika et placés en France. M. Darmanin a invité les responsables judiciaires algériens à Paris début juin pour approfondir ces dossiers de saisie et de confiscation.

Une embellie après deux ans de crise

Les tensions entre la France et l'Algérie avaient culminé à l'été 2024 lorsque Paris a soutenu un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le Sahara occidental, provoquant le rappel de l'ambassadeur algérien. Depuis, plusieurs incidents ont entretenu la crise, notamment la détention de l'écrivain Boualem Sansal et l'incarcération d'un agent consulaire algérien en France.

Cependant, les signes de décrispation se multiplient. Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'est rendu à Alger en février, suivi de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, en mai. Le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, doit se rendre à Paris dans les prochains jours, un signal qualifié de "très positif" par M. Nuñez.

Une reprise importante des laissez-passer consulaires

La priorité de la visite de Gérald Darmanin était de relancer la collaboration judiciaire, qui était "extrêmement ralentie". Cette embellie se traduit déjà par une "reprise importante" des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux vers l'Algérie, passant de zéro à "quelques centaines" ces derniers mois, selon la chancellerie.

Les discussions ont également porté sur la lutte contre les mafias, notamment la "DZ mafia", qui "font venir de la drogue et qui touchent particulièrement notre jeunesse", a déclaré M. Darmanin. "Nous avons échangé de très précieuses informations et demandé un certain nombre d'extraditions, comme l'Algérie a demandé des extraditions à la France", a-t-il ajouté.

Cette visite marque un tournant dans les relations bilatérales, avec l'espoir de rétablir une confiance durable entre les deux pays.

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