Crise politique au Royaume-Uni : Starmer refuse de démissionner
Crise politique au Royaume-Uni : Starmer tient bon

Le psychodrame se poursuit à Westminster. Depuis hier soir, les appels à la démission de Keir Starmer se multiplient. Les départs de membres de son gouvernement aussi. Quatre ministres ont d’ores et déjà annoncé quitter leurs fonctions : Zubir Ahmed, ministre de la Santé, Jess Phillips, ministre de la Protection de l’enfance, Miatta Fahnbulleh, ministre de la Décentralisation, des Cultes et des Communautés, et Alex Davies-Jones, chargée des Victimes et de la lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles. Mais le Premier ministre travailliste tient bon, du moins pour l’instant.

Starmer se montre combatif

Lors de la réunion de cabinet la plus périlleuse de son mandat, Keir Starmer a voulu se montrer combatif. Devant les membres de son gouvernement, il a assuré ce matin qu’il « continuera de gouverner » le pays, et a martelé : « J’assume la responsabilité de ces résultats électoraux et j’assume la responsabilité de mettre en œuvre le changement que nous avons promis. Ces dernières 48 heures ont été déstabilisantes pour le gouvernement. » Pour Tim Bale, politologue de l’université Queen Mary de Londres, « si le Labour est assez impopulaire, Keir Starmer l’est encore plus. Cela suggère bien que la crise est bien plus personnelle que structurelle ». L’autorité du Premier ministre s’érode, en effet, d’heure en heure.

Progression des voix contestataires

Ce mardi 12 mai au lever du jour, la situation s’était déjà beaucoup dégradée pour le chef du gouvernement britannique par rapport à la veille au soir. Au petit matin, plusieurs titres de presse outre-Manche ont recensé le nombre de députés travaillistes réclamant sa démission. D’autres ont noté la progression des voix contestataires : venues initialement de l’aile gauche du parti et des proches d’Andy Burnham (pressenti pour remplacer Starmer), celles-ci se sont étendues à des fidèles du gouvernement, dont plusieurs poids lourds de l’exécutif, de Shabana Mahmood (Intérieur) à Yvette Cooper (Affaires étrangères). Tim Bale note cependant : « Si elles démissionnaient réellement, cela pourrait suffire : regardez ce qui est arrivé à Boris Johnson en 2022… Mais de simples plaintes ne changeront pas la situation. »

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Avant même le conseil des ministres de 9 h 30, Darren Jones, le secrétaire principal du Premier ministre, s’est montré plutôt ambigu sur la suite du mandat du Premier ministre, déclarant notamment sur Sky News : « Je ne vais pas anticiper les décisions que le Premier ministre pourrait prendre ou non. De toute évidence, ses collègues demandent au Premier ministre d’envisager d’autres options à l’avenir. Et, comme je l’ai dit, il les écoute à juste titre. Ce serait une erreur de sa part de ne pas les écouter. » Quelques heures plus tôt, Miatta Fahnbulleh, en charge de la Décentralisation, des Affaires religieuses et des Communautés, a été la première ministre à annoncer sa démission.

Remise en ordre de bataille

Ce qui n’a pas empêché le Premier ministre de resserrer les rangs au sein de son gouvernement. Lors du conseil de 9 h 30 au 10, Downing Street, il a assuré son maintien : « Le parti travailliste dispose d’une procédure de contestation de son dirigeant, et celle-ci n’a pas été déclenchée. Le pays attend de nous que nous nous remettions au travail. C’est ce que je fais et ce que nous devons faire en tant que gouvernement. »

Après la réunion, Downing Street a publié un compte rendu ne faisant aucune mention des appels à la démission de Keir Starmer, et mentionnant des discussions autour de « plans d’urgence mis en place pour protéger les citoyens et les entreprises britanniques des conséquences du conflit en cours au Moyen-Orient ».

En sortant de derrière la « black door », plusieurs ministres se sont succédé devant la presse britannique pour affirmer leur soutien à Starmer. Steve Reed, chargé du Logement, a souligné en fin de matinée que « le parti travailliste dispose d’une procédure pour déclencher une élection à sa direction. Cela ne s’est pas produit ». De son côté, le secrétaire d’État au Travail et aux Pensions, Pat McFadden, a assuré que « personne » n’avait contesté la décision du chef du gouvernement de se maintenir.

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Pour Peter Kyle, chargé des Entreprises, « Keir Starmer fait preuve d’un leadership vraiment constant » et, pour Liz Kendall, secrétaire d’État aux Technologies, « ce gouvernement fera ce pour quoi il a été élu : servir le peuple britannique ». Jenny Chapman, chargée du Développement, John Healey, de la Défense et Steve Reed, du Logement, ont également témoigné de leur soutien auprès des journalistes campés devant le 10, Downing Street.

Plusieurs démissions au gouvernement

Dans l’après-midi, 103 députés travaillistes ont co-signé une lettre affirmant que « le moment n’est pas venu d’organiser une élection à la direction du parti ». Le courrier précise : « À ce jour, leur nombre dépasse celui des personnes qui demandent sa démission ; les organisateurs indiquent qu’il est en augmentation. » La lettre ajoute : « La semaine dernière, nous avons essuyé des revers électoraux cuisants. Cela montre que nous avons un travail considérable à accomplir pour regagner la confiance des électeurs. Ce travail doit commencer dès aujourd’hui, et nous devons tous collaborer pour apporter les changements dont le pays a besoin. Nous devons nous concentrer là-dessus. »

En parallèle, une toute autre histoire s’écrit pourtant hors des murs de Downing Street. Alors que Starmer s’accrochait à son pupitre, le très symbolique seuil des 81 députés travaillistes appelant à son départ a été atteint. Selon les règles du Labour, ce nombre est requis pour qu’un candidat puisse officiellement lancer la procédure d’élection. Chez les « Tories », un vote de confiance contraignant envers le chef de parti doit avoir lieu si un nombre suffisant de députés conservateurs exigent ce vote : les Travaillistes ne disposent, eux, d’aucun seuil équivalent.

Dans la presse britannique, plusieurs sources gouvernementales laissent aussi fuiter que le Conseil des ministres ne s’est pas déroulé de manière aussi favorable que l’affirme le discours officiel. Pire : Keir Starmer aurait déclaré qu’il ne discuterait ni des élections ni de son leadership, et qu’il n’en parlerait qu’individuellement avec les ministres.

Au fil de l’après-midi, les démissions au gouvernement se sont accumulées, avec les départs de Zubir Ahmed, ministre de la Santé, de Jess Phillips, ministre de la Protection de l’enfance, d’Alex Davies-Jones, chargée des Victimes et de la lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles… Autant de signes qui jouent en défaveur de Starmer. Pour Tim Bale, le Premier ministre ne passera l’été qu’à une condition : « qu’Andy Burnham ne réintègre pas le Parlement d’ici là ».

Quant au travail de reconquête électorale du Labour, celui-ci ne se fera « que si les Verts perdent de leur influence, et si Reform ne fait pas mieux qu’actuellement au niveau national… Mais pas avec Starmer. Il est toxique. » Ce soir, Keir Starmer dort toujours au 10, Downing Street. Mais à Westminster, personne ne parie sur le nombre de nuits qu’il lui reste.