Une relation bilatérale au plus bas depuis la guerre des Six-Jours
Depuis l'établissement de leurs relations diplomatiques en 1948, la France et Israël ont traversé plusieurs périodes de tensions significatives. La rupture la plus marquante survint en 1967, lorsque le général de Gaulle imposa un embargo sur les livraisons d'armes françaises à l'État hébreu, alors son principal fournisseur occidental, suite à la guerre des Six-Jours. Cependant, en ce mois d'avril 2026, alors que le conflit au Moyen-Orient s'enlise durablement, un nouveau nadir semble être atteint dans les relations entre les deux nations.
Des mesures concrètes et des accusations publiques
Israël a pris une série de décisions qui illustrent cette dégradation sans précédent. L'État hébreu a d'abord mis un terme à ses achats d'équipements de défense français, puis a publiquement estimé que Paris n'était plus « un ami d'Israël ». Plus récemment, dans un geste particulièrement symbolique, la France a été exclue des pourparlers directs avec le Liban, les autorités israéliennes justifiant cette exclusion par des positions françaises jugées « déséquilibrées ».
Les déclarations françaises qui ont envenimé le dialogue
Ces mesures israéliennes font suite à des prises de position parisiennes perçues comme hostiles à Tel-Aviv. En octobre 2024, un an après les attaques du 7 octobre perpétrées par le Hamas et la riposte israélienne à Gaza, le président Emmanuel Macron avait déclaré qu'« on ne défend pas la civilisation en semant la barbarie » au Moyen-Orient. L'acte considéré comme le plus grave par Israël fut la reconnaissance de l'État palestinien par la France en septembre 2025, qualifiée de trahison par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.
Une relation qualifiée d'« exécrable » par les experts
« La France paye sa reconnaissance de l'État palestinien », analyse Erminia Chiara Calabrese, chercheuse à l'Institut français du Proche-Orient. Cette observation est partagée par Denis Bauchard, ancien ambassadeur, qui estime dans la revue Esprit que la relation avec Israël est devenue « exécrable, placée sous le signe d'un affrontement brutal ».
Une nuance importante apportée par les historiens
Frédéric Bozo, professeur d'Histoire contemporaine à l'Université Sorbonne Nouvelle, apporte cependant une nuance essentielle. « Il faut distinguer l'écume des choses, la politique et les fondamentaux », précise ce spécialiste des relations internationales. « La France n'a jamais remis en question son soutien fondamental à l'existence d'Israël. Hier comme aujourd'hui, l'appui de Paris à l'État hébreu reste indéfectible. » Le contexte international a néanmoins radicalement changé depuis 2023, avec l'intensification des opérations militaires israéliennes et américaines dans la région.
La stratégie israélienne : une « politique d'intimidation »
Selon l'analyse de Frédéric Bozo, les déclarations acerbes des responsables israéliens constituent « le énième épisode d'une politique d'intimidation de la France de la part du gouvernement israélien », une approche qu'il relie directement à la méthode politique de Benyamin Netanyahou. Le professeur estime que le Premier ministre israélien d'extrême droite, allié à des factions suprémacistes au sein de son gouvernement, a un intérêt politique à maintenir de mauvaises relations diplomatiques.
Les objectifs sous-jacents de cette stratégie
« Dans cette guerre régionale, le gouvernement israélien veut empêcher un pays comme la France d'avoir une position équilibrée », explique Frédéric Bozo. La stratégie suivie consisterait ainsi à multiplier les déclarations acrimonieuses pour déstabiliser Paris et générer des polémiques au sein de la société française. Benyamin Netanyahou « multiplie ce type de déclarations, pour peser, aussi, sur des équilibres politiques intérieurs » en France, ajoute l'expert, soulignant ainsi la dimension calculée de cette crise diplomatique.



