Corse : comment RN et LFI ont changé leur position sur l'autonomie
Corse : RN et LFI changent de position sur l'autonomie

Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ont opéré un virage significatif sur la question corse, passant d'un jacobinisme affirmé à un soutien à l'autonomie de l'île. C'est ce que révèle une étude publiée par le think tank « Terra Nova », qui analyse les positions des partis politiques français sur la Corse entre 2015 et 2022.

Un revirement politique majeur

Selon cette étude, le RN a abandonné son discours centralisateur pour adopter une position favorable à une « autonomie dans la République ». Marine Le Pen, lors de son déplacement en Corse en avril 2022, a déclaré : « Nous ne sommes plus très jacobins. Il faut reconnaître les spécificités corses. » De son côté, LFI, historiquement attachée à l'unité républicaine, a également évolué. Jean-Luc Mélenchon a affirmé en mars 2022 : « La Corse a besoin d'un statut d'autonomie qui respecte son identité. »

Les raisons de ce changement

Ce revirement s'explique par plusieurs facteurs. D'une part, la montée en puissance du nationalisme corse, avec l'élection de Gilles Simeoni à la tête de l'exécutif local en 2015, a contraint les partis nationaux à s'adapter. D'autre part, la volonté de capter l'électorat corse, qui représente environ 300 000 inscrits sur les listes électorales, a joué un rôle clé. Selon l'étude, 62% des Corses se déclarent favorables à une autonomie élargie, un chiffre en hausse constante depuis 2015.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les positions contrastées des autres partis

L'étude souligne que ce changement n'est pas uniforme. La majorité présidentielle (Renaissance) reste prudente, avec Emmanuel Macron évoquant une « évolution institutionnelle » sans préciser le terme d'autonomie. Les Républicains (LR) maintiennent une ligne jacobine, tandis que le Parti socialiste (PS) a adopté une position intermédiaire, soutenant une « collectivité à statut particulier ». Le Parti communiste (PCF) s'est également rapproché des positions autonomistes, notamment sous l'influence de ses élus corses.

L'impact sur le débat national

Cette évolution reflète une tendance plus large de décentralisation en France. Selon un sondage Ifop réalisé en janvier 2023, 54% des Français se disent favorables à une plus grande autonomie des régions. En Corse, les discussions sur un nouveau statut ont été relancées après les violences de 2022, avec la création d'un groupe de travail transpartisan à l'Assemblée nationale. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a indiqué en septembre 2022 que « le gouvernement est ouvert à des discussions sur l'autonomie, dans le cadre de la Constitution ».

Les limites du consensus

Malgré ce rapprochement, des divergences persistent. Le RN conditionne son soutien à une autonomie au maintien de la Corse dans la République française et à la lutte contre l'immigration clandestine. LFI insiste sur la nécessité d'une reconnaissance de la langue corse et d'un statut fiscal dérogatoire. Les nationalistes corses, emmenés par Gilles Simeoni, réclament quant à eux un véritable pouvoir législatif et fiscal, comparable à celui de la Nouvelle-Calédonie.

L'étude de Terra Nova conclut que ce retournement de veste sur la Corse illustre une « déjacobinisation » progressive du paysage politique français, mais que les modalités concrètes de l'autonomie restent à définir. Le débat devrait s'intensifier à l'approche des élections territoriales de 2024 en Corse.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale