Le dirigeant nord-coréen pose ses conditions pour un dialogue avec Washington
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a déclaré que Pyongyang pourrait « bien s’entendre » avec les États-Unis, à condition que Washington reconnaisse officiellement son statut de puissance nucléaire. Cette annonce, rapportée jeudi 26 février par l’agence officielle KCNA, intervient au lendemain de la clôture du congrès du Parti des travailleurs, l’événement politique le plus important du régime.
Un changement de ton envers les États-Unis
Lors du précédent congrès en 2021, Kim Jong Un avait désigné les États-Unis comme le « plus grand ennemi » de la Corée du Nord. Cependant, le président américain Donald Trump a récemment multiplié les gestes d’apaisement envers Pyongyang, déclarant même être « ouvert à 100 % » à une rencontre avec Kim Jong Un. Lors d’une tournée en Asie l’année dernière, Trump a concédé que la Corée du Nord était « en quelque sorte une puissance nucléaire », marquant un revirement par rapport à des décennies de politique américaine.
Kim Jong Un a précisé ses conditions : « Si Washington respecte le statut actuel de notre pays tel qu’il est stipulé dans la Constitution et abandonne sa politique hostile, il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas bien nous entendre avec les États-Unis ». Cette déclaration suggère une volonté de dialogue, mais uniquement sur la base d’une reconnaissance explicite du programme nucléaire nord-coréen.
Un rejet catégorique de Séoul
Parallèlement, Kim Jong Un a fermement rejeté les tentatives de dialogue de la Corée du Sud, qu’il a qualifiée d’« ennemi le plus hostile ». Il a annoncé que Pyongyang cesserait « à jamais » de considérer les Sud-Coréens comme des compatriotes, dénonçant les initiatives conciliantes de Séoul comme « trompeuses ». Cette position marque un durcissement significatif, alors que le président sud-coréen Lee Jae Myung œuvre depuis son investiture en juin à la reprise du dialogue bilatéral.
Le dirigeant nord-coréen a ajouté : « Tant que la Corée du Sud ne pourra pas échapper à la situation géopolitique qui la lie à notre pays par une frontière commune, la seule façon pour elle de vivre en sécurité sera de renoncer à tout ce qui nous concerne et de nous laisser tranquilles ». Cette déclaration intervient après l’annonce par Pyongyang, le mois dernier, de l’abattage d’un drone venu du Sud, un incident qui a accru les tensions entre les deux pays.
Renforcement de l’autorité de Kim Jong Un
Le congrès du Parti des travailleurs, qui se tient tous les cinq ans, a démarré le 19 février et s’est achevé mercredi soir par une grande parade militaire. Cet événement a servi à renforcer l’autorité du régime, avec la reconduction à l’unanimité de Kim Jong Un au poste suprême de secrétaire général du Parti. Pyongyang a également modifié sa constitution en 2024 pour définir officiellement la Corée du Sud comme un « État hostile », une première dans l’histoire du pays.
Enjeux nucléaires et sanctions internationales
La Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, est soumise à plusieurs séries de sanctions internationales en raison de ses programmes d’armement. Selon la présidence sud-coréenne, Pyongyang produit suffisamment de matière nucléaire chaque année pour assembler jusqu’à 20 armes atomiques. Cependant, des sources diplomatiques sud-coréennes ont indiqué en janvier que le Comité des sanctions de l’ONU s’apprêtait à accorder une exemption pour des projets d’aide humanitaire, ce qui pourrait faciliter un dialogue futur.
Les spéculations s’intensifient sur une éventuelle rencontre entre Kim Jong Un et Donald Trump, notamment en marge de la visite prévue du président américain en Chine du 31 mars au 2 avril. Lors de son premier mandat, les deux dirigeants s’étaient rencontrés à trois reprises pour tenter de parvenir à un accord de dénucléarisation, sans succès. Les analystes estiment que les dernières déclarations de Pyongyang indiquent une volonté de poursuivre les relations avec les États-Unis de manière indépendante, sans passer par la Corée du Sud, tout en rejetant toute négociation fondée sur la dénucléarisation.



