Bruxelles délivre des visas aux talibans pour des discussions migratoires
Bruxelles délivre des visas aux talibans pour discussions

La Belgique a délivré cinq visas à des représentants talibans pour une réunion avec la Commission européenne, a annoncé lundi 22 juin Audrey Jacquiez, porte-parole du ministre belge des Affaires étrangères. Ces visas, valables uniquement en Belgique et pour une seule journée, ne permettent pas de circuler dans l'espace Schengen. La rencontre, dont la date précise n'a pas été divulguée pour des raisons de sécurité, se déroulera ce mardi après-midi selon des sources de l'AFP. Il s'agit de la première visite de talibans à Bruxelles depuis leur retour au pouvoir en 2021.

Des discussions techniques, pas une reconnaissance

La Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, a précisé que cette réunion ne signifie pas une reconnaissance formelle du régime taliban. L'objectif est de traiter des questions migratoires "techniques", notamment le renvoi d'Afghans présents dans l'UE pour des raisons de sécurité. Markus Lammert, porte-parole de la Commission, a déclaré ce lundi : "Les membres des États cherchent des moyens de renvoyer les personnes ayant commis des crimes graves et qui pourraient constituer une menace pour la sécurité. C'est donc l'initiative que la Commission développe maintenant." Selon une lettre citée par Reuters, la réunion portera sur "le retour et la réadmission des ressortissants afghans sans droit de séjour dans l'Union européenne".

Une stratégie vivement critiquée

Cette décision suscite de vives réactions. Des ONG, des eurodéputés et des experts y voient une normalisation progressive du régime taliban. Shagofah Ghafori, chercheuse au Centre d'études sur la politique européenne (CEPS), interrogée par The Guardian, estime que "la normalisation ne nécessite pas de traité signé. Cela se fait de manière progressive, par l'octroi de visas, de salles de réunion et le remplacement discret du principe par la transaction". Le député européen socialiste Juan Fernando López Aguilar, cité par The Guardian, affirme que la volonté de coopérer avec les talibans contraste avec les résolutions du Parlement européen condamnant le régime : "C'est tout simplement scandaleux et cela entraîne une perte totale de confiance et de crédibilité de la part de l'Union européenne, qui fait preuve d'un tel deux poids deux mesures."

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Les talibans accusés de violations des droits humains

Depuis leur prise de pouvoir en 2021, les talibans sont accusés d'instaurer un régime ultra-répressif, notamment en privant les femmes de droits fondamentaux comme l'accès à l'éducation et au travail. L'ONU dénonce des arrestations arbitraires, des actes de torture et des violences sexuelles. Le 23 janvier 2025, la Cour pénale internationale a émis deux mandats d'arrêt contre le chef suprême des talibans et le président de la Cour suprême pour crimes contre l'humanité liés à la persécution des femmes et des filles. La militante Malala Yousafzai a appelé l'UE à ne pas légitimer le régime sur Instagram.

Un durcissement des politiques migratoires européennes

En octobre 2025, 20 pays européens ont demandé à Bruxelles d'ouvrir des négociations avec Kaboul pour faciliter les renvois. En août 2024, l'Allemagne est devenue le premier pays à expulser des Afghans, avec 121 rapatriés. Cependant, une enquête de ZDF relayée par RFI indique que les autorités allemandes ciblent aussi des hommes sans antécédents criminels. Selon l'agence de statistiques de l'UE, près d'un million de demandes d'asile afghanes ont été déposées entre 2013 et 2024, dont la moitié a abouti à une décision positive. En 2025, les Afghans constituent la première nationalité parmi les demandeurs d'asile dans l'UE.

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Des risques pour les personnes renvoyées

Les organisations internationales s'inquiètent des risques encourus par les Afghans renvoyés. Le principe de non-refoulement interdit à l'UE de renvoyer une personne vers un pays où elle risque des persécutions. RFI cite le cas d'un Afghan que la Suède souhaitait expulser en mars 2026, mais la CEDH a suspendu son départ en raison d'un risque de mauvais traitement dû à son "occidentalisation". Par ailleurs, selon le Programme alimentaire mondial, plus de 17 millions d'Afghans (près d'un tiers de la population) sont en insécurité alimentaire. Fereshta Abbasi, chercheuse afghane chez Human Rights Watch, déclare : "Tout engagement avec les talibans doit privilégier la protection des droits humains et la responsabilité - et non l'expulsion de personnes en danger là-bas."