Un bond en avant pour la défense européenne face aux menaces hypersoniques
Dans un contexte géopolitique tendu où l'Europe cherche activement à renforcer son autonomie stratégique et militaire, une avancée technologique majeure vient d'être enregistrée. Le fabricant de défense anglo-allemand Hypersonica a annoncé cette semaine avoir réalisé avec succès un premier test de lancement d'un missile hypersonique en Norvège, précisément le 3 février dernier.
Un missile à très grande vitesse et manœuvrable
L'objectif ambitieux de cette start-up fondée en 2023 est clair : doter les forces européennes d'un missile hypersonique opérationnel dès l'année 2029. L'engin testé a atteint des performances remarquables avec une vitesse de 7 400 kilomètres par heure, ce qui correspond précisément à Mach 6, soit six fois la vitesse du son dans l'atmosphère.
Mais la véritable innovation réside dans la manœuvrabilité de l'arme. Contrairement aux missiles balistiques traditionnels suivant des trajectoires prévisibles, ce prototype a démontré une capacité de contrôle en vol à des vitesses hypersoniques, le rendant considérablement plus difficile à intercepter par les systèmes de défense antimissile actuels.
Des données précieuses recueillies lors du vol d'essai
Les fondateurs de la société, le Dr Philipp Kerth et le Dr Marc Ewenz, ont publié un communiqué détaillant les résultats : "Le prototype de missile d'Hypersonica a atteint des vitesses supérieures à Mach 6, avec une portée de plus de 300 kilomètres. Durant l'ascension et la descente atmosphérique, tous les systèmes ont fonctionné normalement. Les performances du système ont été validées avec succès jusqu'au niveau de chaque sous-composant à des vitesses hypersoniques."
Les dirigeants ont également souligné que ce vol expérimental a permis de recueillir des données précieuses qui amélioreront leur capacité d'analyse des profils d'armement adverses, un avantage stratégique non négligeable dans le paysage des menaces contemporaines.
Un calendrier accéléré grâce à l'agilité d'une start-up
Hypersonica, qui se présente comme une entreprise financée par des capitaux privés, affiche des ambitions industrielles audacieuses. La société prévoit une série de vols d'essai successifs d'ici 2029 avec trois étapes clés : réaliser le vol hypersonique, démontrer un contrôle de vol avancé à ces vitesses extrêmes, puis atteindre une manœuvrabilité complexe.
L'avantage compétitif principal de cette approche réside dans l'agilité organisationnelle. L'entreprise assure pouvoir concevoir ces missiles en seulement neuf mois une fois la technologie maîtrisée, grâce à des cycles de développement en moyenne 80 % plus économiques et plus rapides que ceux des géants traditionnels du secteur de la défense.
Une réponse européenne aux missiles hypersoniques russes
Le développement de ce missile hypersonique européen s'inscrit dans un contexte de compétition stratégique accrue, notamment face aux capacités russes. Le modèle développé par Hypersonica vise explicitement à concurrencer l'Orechnik russe, un missile hypersonique d'une portée impressionnante de 5 500 kilomètres que Moscou a déployé à plusieurs reprises dans le conflit ukrainien.
La première utilisation opérationnelle remonte à novembre 2024 sur Dnipro, suivie d'une frappe plus récente sur Lviv en janvier 2026. La rapidité extrême de ces engins les rend particulièrement difficiles à intercepter avec les systèmes de défense antimissile actuels, expliquant l'urgence pour les puissances occidentales de développer des capacités similaires.
Vers une réduction de la dépendance militaire européenne
Cette annonce intervient à un moment crucial où l'Union européenne cherche à réduire sa dépendance envers l'industrie militaire américaine. Les chiffres sont éloquents : entre 2020 et 2024, les pays européens membres de l'OTAN ont doublé leurs importations d'armements par rapport à la période 2015-2019, avec deux tiers de ces acquisitions provenant directement des États-Unis.
Le développement de capacités hypersoniques autonomes représente donc un enjeu de souveraineté stratégique majeur pour le Vieux Continent, lui permettant de s'affranchir progressivement de cette dépendance tout en renforçant sa posture dissuasive face aux menaces émergentes.
La France également sur les starting-blocks hypersoniques
L'Hexagone n'est pas en reste dans cette course technologique. La France maîtrise déjà la très haute vitesse avec ses missiles balistiques M51, et le président Emmanuel Macron a confirmé en mars 2025 que le pays serait équipé d'ici 2035 d'un missile hypersonique ASN4G.
Selon les spécialistes, cette arme dépassera probablement Mach 5 et pourrait même atteindre Mach 6 ou 7 (entre 7 400 et 8 600 km/h), tout en étant dotée d'une grande manœuvrabilité. La France développe parallèlement le programme V-Max porté par ArianeGroup, qui vise à acquérir l'expertise nécessaire pour manœuvrer ces engins à très grande vitesse.
Enfin, sur le plan défensif, le projet Odin's Eye mené en partenariat avec l'Allemagne a pour objectif de détecter les tirs hypersoniques ennemis, complétant ainsi l'arsenal européen face à cette nouvelle génération de menaces.