Bruno Retailleau se lance officiellement dans la course à l'Élysée
Bruno Retailleau, souvent décrit comme « l'enraciné » en raison de ses profondes attaches vendéennes, a officiellement annoncé sa candidature à l'élection présidentielle ce jeudi. L'homme de permanence et de fidélités a choisi avec soin la date du 12 février pour cette déclaration, marquant ainsi l'anniversaire de sa candidature victorieuse à la tête des Républicains l'année précédente, où il avait obtenu un score impressionnant de 74% des voix des militants.
Un lancement en studio fermé pour contrôler le message
L'ancien ministre de l'Intérieur a opté pour un dispositif tentaculaire digne de son passage place Beauvau pour annoncer sa candidature. Depuis un studio spécialement loué, sans présence de journalistes hormis quelques photographes triés sur le volet, Bruno Retailleau a dévoilé ses ambitions présidentielles vers 18 heures, dans une déclaration retransmise en direct par les chaînes volontaires.
Ce choix inhabituel s'explique par la volonté de ne pas courir le risque d'être interrompu en pleine déclaration, ce qui aurait pu briser son élan. Son entourage a explicitement cherché à éviter toute perturbation sonore, s'inspirant en partie de la déclaration de candidature très maîtrisée d'Emmanuel Macron en novembre 2016.
Une stratégie médiatique bien rodée
Immédiatement après sa déclaration en studio, Bruno Retailleau s'est rendu à la tour TF1 à Boulogne-Billancourt pour renouveler sa candidature lors du journal télévisé de 20 heures, inaugurant ainsi un format « spécial présidentielle ». Peu après sera diffusée une émission enregistrée avec le journaliste Darius Rochebin, tournée le matin même depuis la mairie de Saint-Malô-du-Bois dans son canton vendéen, mettant ainsi en avant son « enracinement » territorial.
Initialement, l'ancien cavalier du Puy du Fou – entré en politique dans le sillage de Philippe de Villiers avant de rompre avec lui dans la douleur – souhaitait se déclarer depuis sa chère Vendée, mais ses équipes l'en ont dissuadé, jugeant cette approche « trop terroir, trop classique, pas assez moderne ». Un long entretien au Figaro Magazine devait compléter cette offensive médiatique dans la foulée de sa déclaration.
Un calendrier stratégique face à l'embouteillage des candidatures
Beaucoup dans son entourage avaient conseillé d'attendre que les élections municipales de mars soient passées pour se lancer, afin de pouvoir surfer sur de possibles victoires. Mais Bruno Retailleau a jugé cette approche trop risquée, ne souhaitant pas se retrouver au milieu d'un embouteillage de candidatures à l'Élysée une fois ce scrutin local terminé.
« Chacun sait, dans le sérail politique, que la précampagne présidentielle démarrera sitôt ce scrutin local passé », explique un proche. L'hypothèse de postuler en marge d'un déplacement de soutien à un candidat aux municipales a également été écartée, pour ne pas gêner les élus en campagne. Retailleau voulait surtout un maximum de « bande passante » médiatique pour frapper les esprits dès le départ.
Une image à reconstruire après la sortie du gouvernement
Ces derniers mois, l'ancien ministre s'est malgré lui retrouvé embourbé dans les débats sur le budget, qui ont fracturé sa famille politique sur l'opportunité de censurer ou non le gouvernement Lecornu. Depuis sa sortie du gouvernement, si sa cote de popularité s'est stabilisée, son image reste écornée par cette période difficile.
Un ténor des Républicains qui l'apprécie analyse avec lucidité sa situation : « Il est loin de la ligne d'arrivée, mais il n'est pas aussi abîmé qu'on pourrait l'imaginer. Il garde un socle. Mais pour grimper à 14-15% d'intentions de vote, il faut que sa candidature suscite mécaniquement 1 à 2 points tout de suite ».
Ce même responsable souligne ce qui représente, à ses yeux, la grande force de Bruno Retailleau : « Sa sincérité, son authenticité ». Mais il l'appelle également à renverser la table, mettant en garde contre son profil souvent trop sage et des idées qui manquent parfois de « radicalité ».
Une décision mûrement réfléchie
C'est durant les fêtes de Noël que Bruno Retailleau avait acté, en famille, sa décision de se lancer. Pour cet homme qui n'est pas mû par une ambition dévorante de pouvoir, ce choix n'avait rien d'évident. « C'est un choix qui engage la moindre parcelle de votre être. Il faut y consentir totalement, au sens de la volonté, et intégralement, au sens physique du terme, de toutes vos ressources physiologiques, psychologiques », confiait-il en janvier 2025.
Il avait déjà songé à se présenter avant la présidentielle de 2022, mais les sondages n'étaient pas alors au rendez-vous. Aujourd'hui, avec un matelas de 8 à 13% d'intentions de vote pour le premier tour selon les estimations, il apparaît comme l'un des outsiders de la compétition élyséenne.
Un pilier des Républicains résume ainsi sa situation : « Il y a des raisons d'y croire, mais le chemin sera semé d'embûches ». Bruno Retailleau se lance désormais à pleine vitesse, suivant la devise de l'école de cavalerie de Saumur où il fut élève officier de réserve dans sa jeunesse : « En avant, calme et droit ».