Onera : 80 ans d'innovations aérospatiales et défense
Onera : 80 ans d'innovations aérospatiales et défense

L'avion supersonique Concorde, la fusée Ariane, le missile balistique M51, ou encore les avions de chasse Mirage et Rafale : en France, chaque innovation du secteur aéronautique et spatial est passée, à un moment de son développement, par l'Onera (Office national d'études et de recherches aérospatiales). Cette agence, qui fête ses 80 ans en 2026, reste méconnue du grand public.

À travers ses simulateurs, ses méthodes de calcul et ses souffleries géantes réparties sur huit sites en France, l'Onera et ses 2 400 agents peuvent recréer au sol les conditions d'un vol hypersonique, simuler l'amerrissage d'un avion ou calculer avec précision l'angle de largage d'un missile depuis un avion de chasse en vol pour qu'il ne remonte pas vers l'appareil.

Un acteur clé de la défense et de l'aérospatial

« L'Onera, c'est l'office qui est responsable de toute la technologie qui va voler dans les domaines de la défense, du civil et de l'aérospatial », résume son nouveau directeur, Emmanuel Chiva, ex-délégué général à l'armement (DGA), que 20 Minutes a rencontré lors du salon Eurosatory en juin 2025 à Villepinte.

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Créé en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour relancer la recherche aéronautique et accompagner le programme nucléaire français, l'Onera réalise « à la fois de la recherche exploratoire et développe de nouveaux matériels en partenariat avec des industriels », poursuit Emmanuel Chiva.

Le futur missile hypersonique ASN4G

L'office planche depuis plusieurs mois sur le futur missile Air-Sol nucléaire de quatrième génération (ASN4G), qui remplacera d'ici 2035 l'actuel ASMPA-R. Il s'agit d'une rupture technologique pour la France, puisque l'ASN4G vise à être le premier missile à moteur statoréacteur hypersonique. « Cela nécessite notamment des essais de résistance de matériaux à des températures extrêmes, au sein de nos infrastructures », explique Emmanuel Chiva. Si beaucoup de données sont classifiées, plusieurs sources concordent sur une vitesse de croisière comprise entre Mach 6 et Mach 8, et une portée d'environ 1 000 km, soit le double de l'ASMPA-R.

Un radar passif pour détecter les drones

Lors d'Eurosatory, l'Onera a signé un « transfert de technologie » pour son radar passif Tapir au profit de l'entreprise Exens, qui va le commercialiser. Ce radar détecte et suit en temps réel les drones sans émettre de signal. Cette solution furtive permet la détection de mini-drones à une dizaine de kilomètres, en s'appuyant sur des émetteurs « d'opportunité », comme ceux de la TNT, sur lesquels le signal du drone rebondit. Les performances ont été validées par le centre d'expertise aérienne militaire de l'armée de l'Air à Mont-de-Marsan (Landes). « Les Ukrainiens sont notamment très intéressés par ce radar passif, de même que plusieurs sites civils, des industries, des aéroports et des ports », a confié le directeur de programme des systèmes de défense de la troisième dimension à l'Onera.

Le radar transhorizon Nostradamus

L'Onera a aussi conçu le radar transhorizon Nostradamus, installé à Crucey en Eure-et-Loir. Sur un site de 12 hectares, ce radar « utilise les reflets sur la haute atmosphère pour voir très loin, et faire ainsi de l'alerte avancée et détecter à plusieurs milliers de kilomètres le départ d'un raid de missiles hypersoniques, d'avions de combat ou de ballons stratosphériques », développe Emmanuel Chiva. Le ministère des Armées a annoncé en 2025 un nouveau développement pour Nostradamus, afin de l'intégrer dans la stratégie dédiée à la très haute altitude (THA), zone située entre 20 et 100 km d'altitude, et qu'il devienne une composante de la chaîne d'alerte avancée.

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Gravimètre quantique et charge cognitive

Le président de l'Onera souligne la pertinence des travaux exploratoires, comme le gravimètre quantique Girafe. « Il y a vingt ans, personne n'en avait entendu parler, ce capteur permet de se situer n'importe où sur Terre, sans avoir besoin de connexion satellite », explique-t-il. Ce qui représente un atout majeur en cas de brouillage du signal. « L'Onera s'est mise dessus, et aujourd'hui nous avons la première Marine au monde en train d'équiper plusieurs de ses bateaux de cette technologie. C'est la preuve qu'il faut continuer à maintenir cet équilibre, entre des projets de recherche à court et moyen terme, et des sujets très exploratoires dont on ne verra les résultats que dans quinze à vingt ans. La DGA nous finance aussi pour identifier ces ruptures technologiques. »

Effet collatéral de ces avancées : la charge cognitive des opérateurs militaires peut s'alourdir lors de certaines missions, même avec l'intelligence artificielle. L'Onera dispose d'un département ingénierie cognitive et neurosciences appliquées. À Eurosatory, son directeur, Bruno Berberian, a présenté un nouveau programme de recherche. « Nous étudions la charge cognitive d'un opérateur dans le cadre du combat collaboratif avec des drones depuis un avion de combat ou un hélicoptère. Nous cherchons à savoir comment cet opérateur réagit quand on lui donne plusieurs scénarios avec plusieurs capacités, pour ainsi adapter les systèmes et les rendre accessibles aux équipages. » L'objectif est de déterminer le niveau d'autonomie à donner aux drones pour qu'ils effectuent leur mission en perturbant le moins le chef de bord, qui doit gérer sa propre mission. Ce dernier doit toutefois pouvoir reprendre la main à tout moment, notamment lors de l'ouverture du feu.