Emmanuel Macron dévoile la nouvelle doctrine de « dissuasion avancée » nucléaire française
Depuis la base militaire de l'Île Longue, près de Brest dans le Finistère, le président Emmanuel Macron a prononcé un discours crucial sur la stratégie nucléaire de la France ce lundi 2 mars 2026. Cette allocution très attendue intervient seulement deux jours après le début de l'offensive militaire menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, un contexte international particulièrement tendu.
Une architecture mondiale de sécurité en « champ de ruines »
Le chef de l'État a annoncé que la France entrait de manière « progressive » dans une nouvelle phase de sa dissuasion nucléaire, qu'il a qualifiée de « dissuasion avancée ». « Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen », a déclaré Emmanuel Macron, insistant sur le « plein respect de notre souveraineté ».
Il a fustigé l'état de l'architecture mondiale de maîtrise des armes nucléaires, la comparant à un « champ de ruines », avec plusieurs traités internationaux devenus inopérants ou menacés. Le président a regretté que la dégradation internationale « se prête assez peu à la confiance qu'il faut pour rebâtir les normes de sécurité collective ».
Réponse à la guerre contre l'Iran et augmentation de l'arsenal
Emmanuel Macron a directement évoqué le conflit contre l'Iran, affirmant que cette guerre « porte et portera son lot d'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières ». Il a mentionné les risques liés à « un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruites », promettant de revenir sur ce sujet dans les prochains jours.
La France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires et cessera de communiquer les chiffres précis de son arsenal, « contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé ». Cependant, le président a précisé qu'« il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine ».
Déploiements chez les alliés européens et coopération renforcée
Une des annonces majeures concerne la possibilité pour la France d'effectuer « des déploiements de circonstances » de moyens stratégiques liés à la dissuasion nucléaire chez ses alliés européens. Emmanuel Macron a cité l'Allemagne, le Royaume-Uni, mais aussi les Pays-Bas et la Pologne, jusqu'ici plus réticentes. « La coopération commencera par des exercices communs », a-t-il expliqué.
Huit pays européens ont accepté de participer à cette initiative : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Ces pays pourront accueillir des « forces aériennes stratégiques » de l'armée de l'air française, permettant ainsi de « se disséminer dans la profondeur du continent européen » pour « compliquer le calcul de nos adversaires ».
Une dissuasion complémentaire de l'OTAN et projets communs
Emmanuel Macron a assuré que « la dissuasion avancée que nous proposons est un effort distinct parfaitement complémentaire de celui de l'OTAN, sur le plan stratégique comme sur le plan technique ». Cette nouvelle approche pourra impliquer du signalement (démonstration des capacités nucléaires) « y compris au-delà de nos frontières strictes », ou encore « la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires ».
Le président a toutefois réaffirmé que « la chaîne de commandement est d'une clarté totale et la décision ultime » de déclencher le feu nucléaire « revient au seul président de la République ».
Projet de missiles de très longue portée avec Londres et Berlin
Enfin, Emmanuel Macron a annoncé que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni « vont travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée ». Cette collaboration s'inscrit « dans le cadre de l'initiative dite ELSA » (European Long Range Strike Approach) lancée en 2024 et incluant aussi l'Italie, la Pologne et la Suède. « Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l'escalade », a souligné le président français.
Cette annonce intervient alors que dimanche, Emmanuel Macron avait déjà indiqué que la France allait « rehausser sa posture et son accompagnement défensif » après les frappes iraniennes contre des pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a été touché.



