Emmanuel Macron, dernier rempart des programmes de défense franco-allemands
Et s'il n'en reste qu'un, ce sera... Emmanuel Macron. Le président de la République apparaît désormais comme le dernier à croire en l'avenir du Scaf, le système de combat aérien du futur, et de son équivalent terrestre, le MGCS, le char du futur. Ces deux programmes phares de coopération franco-allemande sont pourtant au bord du précipice.
Une menace de rétorsion brandie face à Berlin
Dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, le chef de l'État a lancé un avertissement sans équivoque à l'Allemagne. "Non, le Scaf n'est pas mort", a-t-il assuré, ajoutant que "c'est un bon projet. Les choses doivent avancer". Alors que Berlin semble prêt à se retirer du Scaf pour rejoindre un autre programme international, le GCAP, impliquant le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon, Emmanuel Macron a brandi la menace de rétorsion.
"Si d'aventure, le partenaire allemand remettait en cause l'avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun", a-t-il déclaré. Cette mise en garde intervient alors que le MGCS, le Main Ground Combat System, apparaît encore plus moribond que le Scaf lui-même.
Une coopération en défense qui se délite
Des deux côtés du Rhin, industriels, politiques et états-majors comptent désormais les mois qui restent avant qu'Emmanuel Macron ne quitte l'Élysée. Pour beaucoup, cette échéance marquera le permis d'inhumer définitivement la coopération franco-allemande en matière de défense.
Le président de la République s'accroche pourtant à ses espoirs initiaux de 2017. À peine installé à l'Élysée, l'Européen convaincu qu'il est misait sur une alliance renforcée avec l'Allemagne. Un conseil des ministres franco-allemand s'était tenu le 13 juillet 2017 avec Angela Merkel, annonçant de grands programmes de coopération :
- Le Scaf et le MGCS
- Un futur système d'artillerie (CIFS)
- Un avion de patrouille maritime (Maws)
- Une nouvelle version (Mk3) de l'hélicoptère de combat Tigre
Neuf ans plus tard, le bilan est désastreux. Berlin a abandonné le programme Tigre, entraînant la fermeture de l'École franco-allemande d'hélicoptères au Luc dans le Var. Pour l'avion de patrouille maritime, l'Allemagne a choisi l'avion américain Boeing P-8A Poseidon. Quant au futur canon CIFS, il est aux abonnés absents.
Le Scaf en soins palliatifs
Le programme Scaf est aujourd'hui en soins palliatifs. Les deux grands industriels concernés – Dassault pour la France et Airbus pour l'Allemagne et l'Espagne – ne parviennent pas à s'accorder. Emmanuel Macron les accuse de faire de la "dyssynergie" et refuse de les cautionner.
Chez Dassault, qui entend garder le leadership au nom de sa compétence historique en matière d'avions de combat, la collaboration avec l'Allemagne n'a jamais été vue d'un bon œil. L'avionneur français aspire désormais à sortir du Scaf pour se concentrer sur l'augmentation des cadences de production du Rafale et développer sa nouvelle version, le standard F5.
Le MGCS, un programme qui n'intéresse plus Berlin
Quant au char du futur, le MGCS, il ne suscite plus l'intérêt des Allemands. Forte du succès commercial du Leopard 2 – environ 3 600 exemplaires produits pour plus de 20 pays – l'Allemagne n'a plus besoin de la France. Les deux industriels allemands RheinMetall et KNDS Deutschland développent actuellement un Leopard 3, sans les Français pourtant parties prenantes de KNDS via Nexter.
Lorsque la Bundeswehr a besoin d'un blindé médian, elle ne se tourne pas vers la France mais vers le finlandais Patria. Il ne reste donc que peu de choses de la coopération franco-allemande en défense, qui a pourtant connu ses heures de gloire au siècle dernier avec les missiles Hot, Milan, Roland, les avions AlphaJet, Atlantic et Transall ou l'hélicoptère Tigre.
Un bilan désastreux face aux investissements allemands
Aujourd'hui, alors que l'Allemagne injecte des dizaines de milliards d'euros dans sa défense, il ne reste de cette coopération que le drone EuroMale – un échec technique –, quelques vagues perspectives sur un système d'alerte avancée (Jewel) ou de capacités de frappes sol-sol à longue portée. Et un président français qui s'accroche à son ambition initiale, qui ressemble de plus en plus à une peau de chagrin.
La menace de rétorsion brandie par Emmanuel Macron apparaît donc comme un dernier sursaut, alors que la coopération franco-allemande en matière de défense semble avoir atteint un point de non-retour. Les quinze mois qui restent avant la fin du mandat présidentiel seront décisifs pour l'avenir de ces programmes, mais les perspectives restent extrêmement sombres.