La CIA lance une offensive de recrutement en mandarin auprès des militaires chinois
Ce jeudi 12 février, la Central Intelligence Agency (CIA) a publié une vidéo de propagande en langue mandarine spécifiquement conçue pour les membres de l'Armée populaire de libération (APL) chinoise. Cette initiative, révélée par The Guardian, constitue une manœuvre audacieuse visant à exploiter les tensions internes au sein de l'institution militaire chinoise pour intensifier la collecte de renseignements humains.
Une narration fictive pour séduire les potentiels informateurs
Intitulée « La raison d'avancer : sauver l'avenir », la production met en scène un officier militaire chinois fictif qui décide de contacter les services américains après une série de désillusions. Le personnage dénonce avec amertume un système où, selon ses dires, « les dirigeants protègent réellement leur propre intérêt » au détriment du peuple. Il évoque également ses craintes pour l'avenir de sa fille, déclarant ne pas pouvoir « laisser leur folie faire partie de son futur ».
Le discours est construit pour résonner avec un sentiment de trahison institutionnelle : « Toute personne dotée de qualités de leadership est inévitablement soumise à la suspicion et éliminée sans pitié. Leur pouvoir repose sur d'innombrables mensonges », affirme l'officier, pointant du doigt ses supérieurs hiérarchiques.
Une campagne de longue haleine face à un réseau d'espionnage affaibli
Cette vidéo marque la cinquième opération du genre lancée par la CIA depuis octobre 2024. Déjà en mai de la même année, l'agence avait diffusé un contenu similaire avec des personnages fictifs du Parti communiste chinois, accompagné d'instructions détaillées en chinois sur la manière de contacter ses services en toute sécurité.
Selon un responsable anonyme de la CIA cité par Reuters, les campagnes précédentes ont touché des millions de personnes et ont effectivement inspiré de nouvelles sources. John Ratcliffe, alors directeur de l'agence, a affirmé que ces vidéos continuaient d'offrir aux fonctionnaires chinois « une opportunité de travailler ensemble vers un avenir meilleur ».
La réponse ferme de Pékin et le contexte des purges militaires
La réaction de la Chine ne s'est pas fait attendre. Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a déclaré que son pays « prendra toutes les mesures nécessaires » pour combattre ce qu'il qualifie d'activités d'infiltration et de sabotage de la part de forces anti-chinoises à l'étranger.
Cette campagne de recrutement américaine semble vouloir tirer parti d'une période de turbulences au sein de l'APL. Le régime chinois mène actuellement une vaste opération de purge pour endiguer la corruption :
- Depuis le 24 janvier, les généraux Zhang Youxia et Liu Zhenli font l'objet d'enquêtes pour manquement à la discipline.
- Plusieurs autres hauts responsables, dont l'ancien ministre de la Défense Li Shangfu, ont été renvoyés pour suspicion de corruption ou de désobéissance.
- En octobre 2025, le numéro trois des armées chinoises a été évincé pour corruption.
« Xi Jinping fait assurément le ménage », a commenté Wen-Ti Sung, expert de l'Atlantic Council, soulignant l'ampleur de ces remaniements.
Une stratégie également déployée contre la Russie
La technique n'est pas nouvelle. Washington a utilisé une approche similaire contre Moscou en 2023 et 2024, en publiant des vidéos en russe ciblant explicitement les officiers militaires, les diplomates, les scientifiques et les personnes disposant d'informations sensibles sur l'économie et les dirigeants russes.
Ces manœuvres s'inscrivent dans un contexte plus large de rivalité stratégique et technologique accrue entre les grandes puissances. De nombreux observateurs y voient les signes d'une nouvelle forme de guerre froide, où les jeux d'espionnage à haut risque deviennent un front essentiel de la compétition géopolitique. Les États-Unis cherchent notamment à reconstruire un réseau d'espionnage en Chine, après que Pékin a paralysé leurs activités entre 2010 et 2012 en neutralisant de nombreuses sources américaines.



