Jeudi 9 juillet, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé que les États-Unis avaient approuvé la vente de missiles de croisière Tomahawk à Berlin, en marge du sommet de l'Otan à Ankara. Cette décision vise à combler une lacune stratégique importante dans la défense allemande, selon Merz, qui n'a pas divulgué le nombre de missiles, de lanceurs ni le calendrier de livraison, ces informations restant classifiées.
Une lacune stratégique face à la Russie
L'Allemagne ne dispose actuellement d'aucune capacité terrestre de frappe longue portée comparable au Tomahawk. Son missile Taurus atteint environ 500 kilomètres, tandis que le Tomahawk peut frapper jusqu'à 2 500 kilomètres, selon les versions. Avant 2022, cet écart était secondaire, mais depuis l'invasion de l'Ukraine, il est devenu crucial, surtout après que la Russie a déployé des missiles Iskander dans l'enclave de Kaliningrad, menaçant plusieurs capitales européennes.
Un missile ancien mais éprouvé
Le Tomahawk, en service depuis les années 1980, mesure environ six mètres de long et pèse une tonne et demie. Coûtant plus d'un million d'euros l'unité, parfois près du double, il offre l'avantage d'exister et d'être éprouvé. Pour l'Allemagne, l'objectif est d'obtenir une capacité militaire disponible pour modifier le calcul stratégique de Moscou.
Un parcours diplomatique sinueux
Sous Joe Biden, les États-Unis avaient annoncé en 2024 le déploiement ponctuel de missiles SM-6 et Tomahawk en Allemagne à partir de 2026, comme capacité intérimaire. Mais Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, a annulé cette promesse. En mai, Washington a annoncé le retrait d'environ 5 000 militaires américains stationnés en Allemagne et remis en cause le déploiement du bataillon équipé de missiles longue portée. Ce revirement est survenu après que Merz a critiqué la guerre menée par Trump en Iran.
Un accord pour un achat souverain
Deux mois plus tard, le dossier a été relancé. Berlin ne se contente plus d'accueillir des missiles américains : il veut acheter ses propres Tomahawk avec des lanceurs terrestres Typhon. Une lettre d'intention signée mardi 7 juillet prévoit une approbation formelle en août. Pour Trump, cette vente correspond à sa doctrine : les alliés européens doivent payer davantage pour leur sécurité en achetant américain. Pour Merz, elle transforme l'annulation en achat souverain.
Des livraisons non immédiates
Les États-Unis ne disposent pas de stocks excédentaires de Tomahawk. Depuis le début de la guerre en Iran, Washington a tiré plus de 1 000 missiles, soit une part importante de son stock. Merz avait lui-même reconnu que les Américains n'en avaient pas assez. Berlin obtient donc un feu vert, mais pas une livraison immédiate.
Le précédent japonais
Tokyo a signé en janvier 2024 un accord pour acheter jusqu'à 400 missiles Tomahawk, mais les besoins américains en Iran ont déjà bousculé le calendrier. Selon le Financial Times, les livraisons au Japon pourraient subir jusqu'à deux ans de retard. L'Allemagne comble donc une lacune, mais pas immédiatement.
Vers une autonomie européenne
Merz a promis que son gouvernement travaillerait en parallèle au développement de systèmes européens. Berlin, Paris et Londres ont lancé l'initiative ELSA pour produire, dans la prochaine décennie, des missiles de croisière furtifs et des armes hypersoniques de plus de 2 000 kilomètres de portée. En attendant, cette capacité ne sera pas disponible rapidement.



