L'avion de transport tactique A400M Atlas va connaître une seconde vie. La Direction générale de l'armement (DGA) et Airbus Defence and Space ont annoncé conjointement un contrat de développement d'une nouvelle capacité multi-missions, baptisée « Parallel mission system » (PMS). Ce système permettra à l'appareil de servir de centre de commandement en vol, de maison-mère pour des drones, voire de bombardier.
Un rôle clé dans le combat collaboratif du futur
La DGA a notifié à Airbus un contrat visant à doter les A400M de l'armée de l'Air et de l'Espace d'un système leur permettant de jouer un rôle clé dans le combat collaboratif du futur. Selon Paul Villemin, conseiller militaire d'Airbus Defence and Space, face au développement de la conflictualité dans le monde, notamment en Europe, il existe un besoin réel d'ajouter de nouvelles missions à l'A400M. Une première brique technologique supplémentaire prendra la forme d'un kit de consoles installé dans la soute de l'appareil, sur lequel pourront être branchés des équipements.
Contrôle des avions de chasse, hélicoptères ou drones
Parmi ces équipements, on trouvera des systèmes de communication étendus, comme des communications satellites à gros débit, qui permettront de contrôler les appareils autour de l'A400M, notamment des avions de chasse et des hélicoptères. Cette console deviendra ainsi le centre de commandement de l'ensemble de la manœuvre militaire.
Missions de renseignement, surveillance et reconnaissance
Une boule optronique amovible, équipée de puissantes caméras, pourra être connectée à l'appareil et prendre place dans la nacelle du train d'atterrissage. Cela permettra à l'A400M de réaliser des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Des systèmes de brouillage, ainsi que des drones disposés dans des racks à l'arrière de la soute, pourront également être embarqués. Il pourra s'agir de plusieurs dizaines de petits drones, type munitions téléopérées, ou d'un seul gros drone de plusieurs tonnes. Ces engins seront largués depuis l'avion en vol, puis pilotés à distance.
Emport d'armement
L'A400M pourra également emporter de l'armement, comme des bombes ou des missiles. Six kits de consoles devraient voir le jour d'ici à fin 2028, tandis qu'une vingtaine d'avions sur la flotte de 25 A400M dont dispose la France seront pré-équipés pour les accueillir. Les appareils pourront ainsi basculer d'une mission à l'autre au gré des besoins : transport tactique ou centre de commandement en branchant le kit.
Une renaissance technique
L'avion militaire connaît une véritable renaissance, après avoir été souvent critiqué pour ses difficultés techniques et le surcoût de son programme lancé au début des années 2000 par sept pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, Espagne, Turquie, Belgique et Luxembourg). Selon Paul Villemin, les avions utilisés avant l'A400M pour les missions de transport tactique avaient été conçus dans les années 1960. Il a donc fallu totalement réapprendre à concevoir ce type d'avions, et Airbus a développé des solutions techniques inédites. Aujourd'hui, l'appareil est largement à la hauteur des attentes : acheminer du matériel, larguer des parachutistes et du fret, se poser sur terrains sommaires, ou encore ravitailler en vol, le tout dans un environnement potentiellement contesté.
Performances remarquables
Les performances de l'A400M restent tout à fait remarquables. Initialement capable d'emporter 37 tonnes de chargement, sa capacité sera bientôt portée à 40 tonnes. Il peut réaliser des missions allant jusqu'à 10 heures, voire au-delà grâce au ravitaillement en vol. Ses hélices, qui ne tournent pas dans le même sens, lui permettent d'atteindre la vitesse de Mach 0,72 (environ 880 km/h), comparable à certains avions à réaction, tout en pouvant voler très bas et très lentement pour ravitailler des hélicoptères ou larguer des parachutistes dans les vallées proches des zones d'affrontement.
Un posé sur la banquise en mars dernier
L'A400M connaît aussi des évolutions dans son emploi tactique. En mars dernier, l'armée de l'Air a annoncé que des pilotes avaient posé l'appareil pour la première fois sur la banquise arctique, au nord du Groenland. Cette manœuvre a été effectuée par une température de -25°C, sur une piste non aménagée de moins de 1 400 mètres de long, à 150 mètres du rivage. Selon Paul Villemin, cela signifie que cet avion peut se poser quasiment n'importe où en zone froide, de façon imprévisible, ce qui permet de développer l'effet de surprise, que ce soit pour poser ou récupérer des gens, ou acheminer du matériel.
Jean-Brice Dumont, vice-président d'Airbus responsable des programmes militaires et de drones, assure dans un communiqué que l'A400M est un véritable couteau suisse pour les armées qui l'emploient, et qu'il a les capacités et le potentiel pour continuer d'élargir le spectre de ses missions.



