Un mandat de maire qui s'apprête à franchir le demi-siècle
Dans la Saintonge viticole, où le temps s'écoule au rythme lent des vieilles eaux-de-vie, un retour sur amortissement politique unique est sur le point d'atteindre les cinquante années. Bernard Goursaud, qui fêtera ses 79 ans en mai prochain, brigue un neuvième mandat à la tête de la mairie de Brie-sous-Matha, un village frontalier de 170 habitants en Charente-Maritime.
Une longévité politique exceptionnelle
« On ne se débarrasse pas d'un matériel qui n'est pas amorti », déclare avec pragmatisme Stéphane Billaud, 57 ans, viticulteur et premier adjoint du maire. L'aventure municipale de Bernard Goursaud a débuté en 1977, lorsqu'à seulement 30 ans, il succéda à son beau-père après avoir fait ses premières armes comme conseiller municipal. Quarante-neuf ans plus tard, avec six années supplémentaires en perspective après les prochaines élections, son engagement demeure intact.
La liste qu'il présente est la seule en lice dans ce petit village. Elle compte trois viticulteurs, une ressortissante belge et une ressortissante roumaine, reflétant la composition de cette communauté rurale. « Tant que j'ai les neurones qui fonctionnent, je veux continuer à servir », affirme ce personnage turbulent, adepte des coups d'éclat et poil à gratter assumé.
Un parcours militant riche et contrasté
Le parcours de Bernard Goursaud est marqué par de multiples engagements :
- Président des Maires ruraux de Charente-Maritime
- Souverainiste, se réclamant de la pensée de Michel Onfray
- Ancien trotskiste ayant milité à la Quatrième Internationale
- Syndicaliste viticole au sein du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux)
- Membre du Grand Orient de France depuis trente-cinq ans
Son syndicalisme des années 1990, durant la grave crise du cognac qui touchait les Charentes, lui valut deux gardes à vue au commissariat et à la gendarmerie de Saintes. « Ça s'est bien passé », se souvient-il avec amusement de son passage devant le juge. Aujourd'hui, il s'est éloigné du Modef, estimant que le mouvement a pris « un tournant beaucoup trop écologiste », et se sent plus proche de la Coordination rurale.
Défenseur acharné de la ruralité
Bernard Goursaud justifie sa candidature par sa volonté de défendre les communes rurales qu'il estime « laissées-pour-compte ». Départs des services publics, complexité administrative croissante, il entend continuer à faire entendre la voix des « petits » par l'intermédiaire de l'association des Maires ruraux de Charente-Maritime qu'il préside.
Il a récemment surmonté un grave problème de santé qui a failli lui être fatal et s'est remis en selle avec détermination. Parmi ses projets : mener à bien un parc photovoltaïque et renforcer le poids de l'association des maires ruraux, dont il a fait de Bruno Drapron, maire Horizons de Saintes, le président d'honneur.
Un personnage politique singulier
Cycliste de niveau régional dans sa jeunesse, Bernard Goursaud a arrêté de pédaler à 26 ans lorsqu'il a repris l'exploitation viticole familiale. Séducteur et crispant, il active son carnet d'adresses quand nécessaire et s'affranchit volontiers des lignes établies, ce qui lui vaut des rappels réguliers à l'ordre de la Cour régionale des comptes et du préfet concernant ses obligations en matière de comptes publics et de contrôle de légalité.
Proche de Nicolas Dupont-Aignan, dont il a accueilli à plusieurs reprises le président de Debout La France dans sa mairie, il précise pourtant : « Je n'ai jamais pris de carte à un parti ». Persuadé qu'il faut tenir à bonne distance l'affichage politique au sein d'un conseil municipal, il annonce toujours la couleur à ceux qui souhaitent travailler avec lui : « Ce qui m'intéresse, c'est le comportement des personnes ».
À 79 ans, après quarante-neuf ans de mandat et avec un neuvième en perspective, Bernard Goursaud assure que « mon engagement est linéaire et cohérent ». Et surtout, pas terminé.



