Tonneins : Un conseil municipal mouvementé valide la vente d'une friche industrielle controversée
La salle de la Manoque à Tonneins s'est révélée trop exiguë ce lundi 2 mars pour accueillir l'affluence exceptionnelle du public venu assister au conseil municipal extraordinaire. Initialement programmée le mercredi 25 février, cette séance avait dû être annulée en raison d'un défaut de quorum, un point que les opposants au maire n'ont pas manqué de rappeler en préambule de cette soirée pour le moins agitée.
Une séance sous tension et des problèmes techniques récurrents
« Nous n'avons pas besoin de quorum aujourd'hui pour ce conseil extraordinaire, mais on l'a largement dépassé pour ma dernière séance, cela fait plaisir », a lancé d'emblée le maire Dante Rinaudo, provoquant des rires dans l'assemblée. La foule était principalement venue écouter les détails du projet proposé par l'investisseur Jacques Lafont concernant l'ancienne Manufacture des tabacs, avec une promesse de vente établie à 800 000 euros pour une surface bâtie de 25 000 m² incluant un parking couvert.
Dès le début de la soirée, des problèmes techniques ont perturbé les débats : visioconférence défaillante, liaisons interrompues... Pendant plus d'une heure, le maire a régulièrement interrogé son équipe sur le contact avec l'investisseur. Ce n'est qu'après la quasi-totalité de l'ordre du jour que la voix de Jacques Lafont s'est finalement fait entendre.
Un projet sportif ambitieux mais mis en doute
Le directeur général de Pandora Projectes Esportius a détaillé son projet de complexe sportif premium évalué à 8 millions d'euros. « Nous avons lancé une nouvelle marque autour d'un sport tendance, le padel tennis, mais pas que », a insisté l'entrepreneur avant d'énumérer une liste impressionnante d'équipements prévus dans « La partie nouvelle » de la Manufacture :
- 8 terrains de padel
- Un hôtel de 60 chambres
- Un centre de rééducation fonctionnel
- Un département de sports de combat dirigé par la championne Audrey Prieto
- Une salle d'escalade indoor
- Une micro-crèche privée
- Un centre wellness avec équipements Hyrox
- Un restaurant avec un ancien rugbyman devenu chef étoilé au piano
Jacques Lafont a affirmé s'être spécialisé dans la requalification de friches industrielles à Tourcoing, Dunkerque et Épernay, bien que ces réalisations n'aient pu être vérifiées en ligne.
Des interrogations persistantes de l'opposition
Le conseiller d'opposition Jonathan Biteau a exprimé ses doutes : « Je ne trouve pas de comptes et bilans de la société ni de nom de réalisation concrète ». À quoi l'investisseur a répondu : « Tous les fitness Park de France de 2015, c'est nous, un club de la principauté d'Andorre aussi. Nous ne demandons pas d'argent pour venir, nous investissons ».
Le maire a vivement réagi : « Il faut avoir de l'ambition et pas de suspicion Monsieur Biteau, je n'en dirai pas plus ce soir ». Mais Jonathan Biteau a persisté : « Comme beaucoup de personnes dans la salle, au vu de ce qu'on a entendu, je ressens un certain malaise, on n'a pas vu grand-chose, on n'est pas dans le sérieux et la crédibilité d'un tel projet ».
Un vote final malgré l'opposition
L'autre conseiller d'opposition et candidat au siège de maire, Jérémie Bespéa, a interrogé la nécessité de voter ce soir-là plutôt que dans un mois. Jacques Lafont a répondu : « Je n'ai aucune obligation que vous délibériez ce lundi soir. Une partie de la dépollution va nous être facturée et on a besoin d'avoir tout ça en main pour prendre la décision finale ».
Le maire a martelé : « Vous êtes dans une démarche économique Monsieur Lafont, d'autres sont dans une logique politique, nous, on avance avec des conditions pour protéger notre territoire ». Par cohérence, les membres de l'opposition ont choisi de ne pas participer au vote, mais le dossier a tout de même été adopté.
« Tout ça pour ça ! Elle était fermée depuis 26 ans et rien ne s'était passé jusqu'à présent », a conclu Dante Rinaudo. Une promesse de vente pour un montant de 800 000 euros sera signée dans les prochains jours avec la société andorrane, une somme qui tient compte des travaux de désamiantage et de dépollution selon la majorité municipale.



