Deux victoires éclatantes au premier tour des municipales
Les élections municipales du 15 mars dernier ont apporté leur lot de surprises dans le Béarn. À Orthez, Benjamin Moutet a créé l'événement en remportant le scrutin dès le premier tour avec un score impressionnant de 57 % des voix. De l'autre côté, à Mourenx, Lindsey Deary a réalisé une performance encore plus marquée en battant le maire sortant et président de la Communauté de communes de Lacq-Orthez (CCLO), Patrice Laurent, avec 63 % des suffrages exprimés. Ces deux hommes, « très bien élus » selon les observateurs, représentent désormais les deux principales villes du territoire en termes de population : Mourenx compte 5 700 habitants et abrite le siège de la CCLO, tandis qu'Orthez en regroupe 10 800.
Une possible succession à la tête de la CCLO
Historiquement, les maires des deux plus grandes communes de la CCLO sont en position de prétendre à la présidence de cette intercommunalité. Cette perspective soulève immédiatement des questions sur les intentions des nouveaux élus. Interrogé sur ce sujet délicat, Lindsey Deary, qui prépare son conseil municipal d'installation ce vendredi 20 mars, reste prudent mais confiant : « J'adresse ce week-end une lettre aux nouveaux élus – maires et délégués – de la CCLO. Je veux leur réserver la primeur de ma démarche. Car il n'y a rien de plus désagréable que d'apprendre les choses par la presse. » Il ajoute, avec une pointe de satisfaction : « Je suis très largement soutenu ! »
Benjamin Moutet : priorité à Orthez mais ouverture sur la CCLO
De son côté, Benjamin Moutet a annoncé clairement qu'il ne briguera pas le poste de président de la CCLO. « Ce n'était pas un objectif, on n'avait pas fait campagne pour. On imaginait que Patrice Laurent allait être réélu, et qu'on allait prendre sa roue. » Cependant, le score obtenu à Orthez l'a conduit à réviser sa position. « On s'est dit que c'était peut-être le moment de réinterroger les usages, explique-t-il. On a pris contact avec des anciens et organisé des réunions. »
Le nouvel édile orthézien reste néanmoins réaliste : « Mais on n'a pas l'expérience de ce « 2e tour », et je pense que tout est déjà joué : on n'a pas ce niveau de préparation. On ne vient pas pour renverser la table. Nous, ce qu'on doit amener c'est notre exigence citoyenne, ce schéma démocratique qu'on a poussé aux municipales, de la concertation, du dialogue, pour sortir d'un format gagnant-perdant avec l'influence de David Habib. » Il conclut en affirmant : « Ma priorité, c'est Orthez. Mais je sais que la CCLO est un levier important, il faut qu'on soit au bureau. » Il espère notamment pouvoir influer sur les missions liées à la culture, au tourisme et à l'attractivité économique du territoire.
David Habib : une position officiellement neutre
Sur la gouvernance à venir de la CCLO, qu'il a présidée de 1989 à 2014, le député David Habib, dont Lindsey Deary reste l'attaché parlementaire, adopte une posture de retrait. « Je n'ai pas à avoir un candidat pour la gouvernance de la CCLO : je n'ai pas envie d'être mêlé à ça », affirme-t-il. Au lendemain de l'élection de son poulain à Mourenx, il avait commenté : « C'est lui qui a gagné, et lui seul. Je serai à sa disposition s'il le juge nécessaire. »
Le parlementaire se veut donc plus neutre que lors des municipales, à quelques jours du premier conseil communautaire prévu le vendredi 3 avril. Pourtant, son choix de cœur semble transparent lorsqu'il évoque Lindsey Deary : « C'est un homme intelligent, qui a une vision, et qui connaît parfaitement le monde économique, du bassin de Lacq notamment. Il sera mobilisé sur une seule chose : l'intérêt des gens et du territoire. Et je sais qu'il saura résister face au Département, à la Région, etc. » Il promet cependant : « Je ne m'occuperai pas des affaires de la CCLO. »
Un appel au renouvellement générationnel
Yves Salanave-Péhé, redevenu maire de Monein et considéré comme le « dernier père fondateur de la CC Lacq », ancêtre de la CCLO, partage cette vision. « Nous avons la chance d'avoir Lindsey, qui est capable de porter ce projet. Je suis très favorable à cette nouvelle génération : il faut qu'on prenne acte qu'il y a un renouvellement des générations avec lui et Benjamin Moutet, que je ne connais pas personnellement. Mais je travaille pour qu'il y ait une seule gouvernance, qu'on arrête les bagarres de clans et les guerres d'ego. »
La CCLO : une collectivité d'envergure
La Communauté de communes de Lacq-Orthez représente un enjeu territorial majeur. Elle regroupe 60 communes et plus de 55 000 habitants. La collectivité emploie plus de 400 agents territoriaux et son budget avoisine les 75 millions d'euros. Le conseil communautaire compte 96 élus, dont 22 membres du bureau, avec actuellement 15 vice-présidences. L'enveloppe votée pour l'investissement en 2026 s'élève à 7,6 millions d'euros, soulignant l'importance des décisions qui seront prises dans les prochaines semaines.



