Île d'Aix : la nouvelle maire abandonne le recours contre la Saia
Île d'Aix : la nouvelle maire abandonne le recours

Retour à l'ancien régime à l'île d'Aix

Sitôt la nouvelle municipalité élue à l'île d'Aix, l'ancien régime a repris le dessus. Si le maire sortant, Patrick Denaud, a eu le temps de mettre un coup de pied dans la fourmilière pendant son seul mandat de six ans, la nouvelle maire, Marie Botella, s'est dépêchée de faire machine arrière sur certaines décisions. À commencer par l'abandon du recours devant le tribunal administratif pour casser la vente des terrains de l'État – dont les places publiques – à la Société des amis de l'île d'Aix (Saia) en 1949.

Tandis que, juste avant les municipales, l'ancien édile, soutenu par plusieurs parlementaires, prétendait clarifier une situation enchevêtrée au point d'évoquer une « insécurité juridique » exposant les élus, sa successeur, qui fut élue dans l'équipe d'Alain Burnet de 2014 à 2020, veut que « ça reste comme c'était ».

Sitôt élu, sitôt fait

L'affaire n'a pas traîné. Alors que le conseil municipal d'installation se tient le 20 mars, la mairie demande par mail aux avocats choisis par Patrick Denaud, Mes Giard et Ledeux, de lui transmettre « le dossier de la Saia ». Dans cette affaire sur la gestion des places publiques dont la commune n'est pas propriétaire, elle veut connaître la faille de la vente. À la suite de l'explication des avocats, la réponse est claire : la mairie met immédiatement un terme au recours qui demandait à l'État de récupérer ses biens (remparts, douves, poudrière, casemates, places, esplanade de la plage de l'Anse de la Croix et parc de la plage aux coquillages), considérant que la vente de 1949 n'avait pas été réalisée en bonne et due forme et que la Saia, acquéreuse, n'avait pas respecté ses obligations.

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Même si, selon le vote du conseil municipal du 3 avril, la maire a délégation pour décider du désistement d'une action en justice, Marie Botella fait voter la décision lors du troisième conseil municipal de sa mandature, le 28 avril : huit votes pour, deux contre (opposition) tandis que la maire ne prend pas part au vote. La raison : son époux, Lionel Largeault, est l'un des 12 administrateurs de la Saia.

Dans le bourg de l'île d'Aix, la Société des amis de l'île d'Aix est plus puissante que la commune. Cette association de droit privé est le plus gros propriétaire de l'île. Dans le compte rendu de la séance du 28 avril, on lit : « Cette procédure contentieuse, bien que légitime, pourrait être avantageusement remplacée par des démarches amiables, telles que des négociations en vue d'une cession ou d'une donation, permettant un retour des propriétés concernées dans le domaine public ». Il y est aussi question « d'engager ces discussions dans un cadre plus constructif ».

Cela signifierait-il que la commune veut s'y prendre moins frontalement pour récupérer au moins les places publiques ? Nenni. « On veut que ça reste comme avant, on a toujours fonctionné comme ça en travaillant ensemble avec la Saia. On n'a jamais compris toutes ces bisbilles reprochées à la Saia alors que cette association veut faire quelque chose de bien, c'est suivi, c'est sérieux. » De toute façon, la Saia n'a jamais envisagé de céder ses propriétés et se serait défendue bec et ongles devant le tribunal.

Et le rempart qui s'effondre ?

En écho à l'association, Marie Botella répond du tac au tac : « Ce n'est pas un problème d'entretien, il y a eu des fissures à cause des événements climatiques de cet hiver, on n'avait jamais eu autant de pluie. Les travaux sont engagés. Pour ce chantier, la Saia, qui fait son travail, a plus d'argent que la mairie qui obtiendrait aussi moins de subventions. » Et la poudrière, autre propriété de l'association, qui est recouverte d'une bâche depuis des années ? « Il faut faire avec les lenteurs administratives car les travaux doivent être discutés avec la Dreal et l'architecte des Bâtiments de France et puis, il y a un bail à rompre, mais ça viendra », poursuit l'élue optimiste.

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La Saia reprend le pouvoir ?

Pourtant, Patrick Denaud avait plutôt l'impression que la Saia jouait la montre. Car, outre le rempart, dont les faiblesses se sont montrées criantes cet hiver, il juge que « c'est tout le patrimoine fortifié de l'île qui se casse la gueule. Et son propriétaire, la Saia, n'a pas les moyens de l'entretenir. » C'est justement pour protéger ces bâtiments qu'il avait fait ce recours. « Spontanément, l'État ne veut pas récupérer tout ça, c'est trop coûteux. Seule une donation par voie de justice pouvait le forcer à reprendre au moins les remparts et les douves et ainsi l'obliger à les entretenir. Notre démarche était dans l'intérêt général », explique-t-il dépité en lâchant : « La Saia a repris le pouvoir. »

Ce qui a le don d'irriter Marie Botella. « Si quelqu'un tire les ficelles, c'est la mairie. La Saia est tout simplement contente de travailler à nouveau avec nous. Et puis, il ne faudrait pas avoir la mémoire courte, certains devraient dire merci à la Saia. L'association ne demande rien à la commune et loue, à petits prix, les maisons qu'elle possède ainsi que l'hôtel Napoléon entre autres. » En effet, Emmanuel Gauthier, administrateur de la Saia en charge de la communication, retrouve le sourire. « On est ravi. Le climat qui régnait avant devenait impossible. Nous avons toujours souhaité l'apaisement depuis le début, nous retrouvons enfin le dialogue sans dicter quoi que ce soit à la mairie. Marie est bien trop indépendante pour se laisser influencer. »

Malgré ce rétropédalage, Marie Botella veut avancer. « Avec ses 180 habitants, l'île d'Aix, c'est tout petit, mais il y a toujours eu des clans. Moi, je veux apaiser l'île, arrêter ces guéguerres. Chaque municipalité fait comme elle l'entend et nous allons faire ce que nous pouvons avec le cœur à commencer par la restauration de la salle des fêtes et l'aménagement du centre Armand-Fallières. » Elle aussi met en avant l'intérêt général dont la définition n'est visiblement pas la même qu'avant.

(1) Seule ville de France à ne posséder aucun terrain dans son bourg. (2) La Saia a un budget de 150 000 euros, la commune de 3 millions d'euros. (3) Soutenue par le Département, la Saia est aidée par l'État à 40 % et va solliciter aussi l'Europe.