Conseil municipal de Draguignan : un affrontement politique autour des orientations budgétaires 2026
La séance du conseil municipal de Draguignan s'est tenue dans un climat particulièrement tendu lors de la présentation du rapport d'orientation budgétaire pour l'année 2026. Ce passage obligé du calendrier municipal s'est transformé en véritable confrontation politique, révélant des divergences profondes entre la majorité et l'opposition.
Une anomalie comptable qui donne le ton
Dès les premières minutes de la séance, l'opposition a pointé une anomalie comptable significative : un écart de plus de 440 000 euros relevé dans une annexe du document budgétaire. Olivier Gorde, adjoint délégué aux finances, a reconnu cette incohérence sans pouvoir l'expliquer immédiatement, promettant d'examiner le problème en détail. Cet incident technique a immédiatement créé une atmosphère de défiance dans la salle du conseil.
« Nous avons un cadre, mais pas de cap »
François Gibaud, ancien adjoint aux finances désormais dans l'opposition « Draguignan autrement », a lancé une attaque frontale contre la majorité. S'il reconnaît un document « classique » et « techniquement solide », il dénonce surtout « un manque criant de vision ».
« Nous avons un cadre, mais pas de cap », a-t-il lancé en direction de la majorité. Selon lui, ce rapport d'orientation budgétaire, présenté en début de mandature, aurait dû poser une trajectoire claire, traduire les engagements électoraux et fixer des priorités politiques.
« Au lieu de cela, je n'y vois qu'un exercice de prudence généralisée, sans véritable ambition politique », a-t-il ajouté. Dans son viseur, il évoque des zones d'ombre sur l'évolution de la masse salariale, une baisse inexpliquée des effectifs des agents municipaux et des ratios financiers jugés incohérents.
Plus grave selon lui, « certains déséquilibres structurels, comme le déficit récurrent du secteur des musées estimé à 1,5 million d'euros par an, sont totalement absents du document ».
La majorité défend sa ligne de prudence
Face à ces critiques acerbes, le maire et son adjoint aux finances ont défendu une ligne claire : celle de la prudence et de l'humilité dans un contexte économique jugé incertain.
« Votre diagnostic n'est pas le nôtre », a rétorqué le maire, dénonçant une « volte-face politique » de son ancien adjoint. Olivier Gorde a quant à lui insisté sur les contraintes extérieures qui pèsent sur les finances municipales, notamment les incertitudes sur les dotations de l'État et l'évolution imprévisible des indicateurs économiques.
« Nos difficultés sont en grande partie exogènes », a-t-il expliqué, assumant pleinement un « budget technique » et une gestion rigoureuse des deniers publics. Il a également rappelé que l'opposition ne s'était pas exprimée lors de la commission des finances en amont de cette séance, soulignant l'importance de la concertation dans le processus budgétaire.
Un débat qui dépasse les questions budgétaires
L'échange a rapidement viré au règlement de comptes personnel entre le maire et son ancien adjoint aux finances, un débat dépassant largement les seules questions techniques du budget municipal.
François Gibaud a revendiqué son droit à la critique, déclarant : « Quand on se démarque, on devient un traître ? Cela n'enrichit pas le débat démocratique. »
Le débat s'est clôturé sans vote, comme le veut la procédure pour les rapports d'orientation budgétaire. Le rendez-vous est désormais fixé au prochain conseil municipal, où le budget devra, cette fois, être tranché définitivement.
Un incident en fin de séance
Alors que la séance était officiellement levée, un incident a encore tendu l'atmosphère. Romain Garcin, dirigeant de la start-up Vertuoso spécialisée dans la conception de systèmes filtrant les déchets, a souhaité s'exprimer en sollicitant le maire.
Une intervention que Richard Strambio a refusée, allant jusqu'à faire appel aux forces de l'ordre pour le faire évacuer de la salle du conseil, illustrant le climat particulièrement tendu de cette séance municipale.
Les grandes lignes du rapport d'orientation 2026
Olivier Gorde a présenté les orientations budgétaires pour 2026 dans un contexte économique jugé « très volatil » et marqué par les contraintes nationales. Le cap affiché est clair : préserver les grands équilibres financiers tout en maintenant le niveau de service public, sans alourdir la fiscalité locale.
Pour 2026, la municipalité table sur :
- Une légère hausse des dépenses de fonctionnement
- Une diminution des charges de personnel malgré la hausse des cotisations employeur à la CNRACL
- Des recettes de fonctionnement stables par rapport à 2025
- Un engagement à ne pas augmenter les taux d'imposition
- Une légère progression des recettes fiscales (+1,3%) grâce à la revalorisation des bases
- Une légère hausse des dotations de l'État
Un programme d'investissement « ambitieux mais maîtrisé »
Côté investissement, Olivier Gorde prévoit un programme qualifié d'« ambitieux mais maîtrisé », avec une enveloppe comprise entre 9 et 10,5 millions d'euros.
Les priorités d'investissement incluent :
- La rénovation thermique des écoles
- La réfection des voiries
- La lutte contre les inondations
- La réalisation d'équipements sportifs et de loisirs
- La poursuite du programme « Action cœur de Ville »
- Des projets liés à la transition écologique
Pour financer ces investissements, la Ville compte sur plusieurs leviers : environ 2,1 millions d'euros issus du FCTVA et de la taxe d'aménagement, près de 2 millions d'euros de subventions attendues, et un recours à l'emprunt d'environ 5 millions d'euros, tout en veillant à contenir son niveau d'endettement.
Cette séance mouvementée du conseil municipal de Draguignan révèle les tensions politiques qui traversent la gestion des finances locales, entre volonté de prudence budgétaire et exigence de vision politique à long terme.



