Dernier conseil municipal de Jean-Paul Fournier à Nîmes : entre hommage unanime et débat houleux sur le stade
Dernier conseil Fournier à Nîmes : hommage et tensions sur le stade

Un adieu émouvant pour le maire de Nîmes après 25 ans de mandat

La salle du conseil municipal de Nîmes était comble ce samedi matin, créant une atmosphère à la fois tendre et rugueuse pour la dernière séance de Jean-Paul Fournier. Le maire, en poste depuis 2001, a ouvert cette ultime réunion avec un discours sobre, évoquant "40 ans de vie politique et 25 ans de mandat de maire de Nîmes". Bien qu'il ait contenu ses larmes, l'émotion était palpable, accentuée par une pluie battante à l'extérieur.

Le vieux grognard, comme il se décrit lui-même, a affirmé que sa flamme politique "ne s'éteindra jamais", déclarant son amour aux Nîmois tout en reconnaissant que "un grognard au contact des réboussiers, ça fait des étincelles". Cet hommage a été largement partagé par l'ensemble des élus, transcendant les clivages politiques habituels.

Les hommages transcendant les divisions

Vincent Bouget, candidat à la succession, a salué "une responsabilité rare et engageante", tandis que Valérie Rouverand a insisté sur la transformation de la ville en un quart de siècle, affirmant que "cette trace que vous avez laissée, elle appartient désormais à la ville". Elle a ajouté, avec philosophie : "Le temps de l'action s'achève, celui de l'Histoire viendra".

Julien Plantier, premier adjoint évincé pour s'être déclaré candidat, a livré un hommage plus chagrin, évoquant une décision qui a "bouleversé notre relation" et critiquant "des collaborateurs uniquement guidés par des stratégies politiciennes". Malgré tout, il a lancé : "Vous avez été un grand maire !". Laurence Gardet du Rassemblement National a préféré vanter un maire rempart aux communistes, offrant même un cadeau à Jean-Paul Fournier sous les rires de l'assistance.

Le débat explosif sur le rachat du stade des Antonins

Le deuxième temps du conseil a été nettement moins consensuel, tournant autour de l'explication de texte concernant Nîmes Olympique et le rachat du stade des Antonins et du centre d'entraînement de la Bastide. Cet ensemble représente un investissement de 9,5 millions d'euros (7,06 millions pour le stade, 2,47 millions pour la Bastide), nécessitant une délibération modificative du budget principal.

François Courdil, adjoint aux affaires sociales, a défendu cette opération en insistant sur le fait que "la clarification patrimoniale était une condition sine qua non" imposée par la DNCG, le gendarme financier du football. Il a affirmé que "6,5 M€ HT pour le stade, c'est pas 1 € de plus ou de moins que le prix du domaine", qualifiant l'opération de "maîtrisée et utile". Il a même ciblé Julien Plantier, déclarant que son équipe était "en cohérence avec ce projet" avant de "soudaines apparitions électorales".

Les interrogations et critiques de l'opposition

Pascal Gourdel, ancien adjoint aux finances démisfonctions en 2025, a exprimé sa surprise face à "une décision modificative seulement deux mois après avoir voté le budget", s'interrogeant sur "la sincérité du budget" et notant que l'endettement devrait "passer au minimum à 185 M€". Il a soulevé plusieurs points épineux :

  • Le loyer à réclamer à la société occupant le stade
  • La question de savoir qui paie le loyer à la SAS Nemau
  • La possible distribution gratuite de places achetées avec des subventions publiques
  • La redevance pour la buvette en plein air

Vincent Bouget a quant à lui démonté l'idée que cette décision serait un "choix stratégique", questionnant : "Que rachetons-nous exactement ? Un stade conçu comme provisoire, sans parkings, difficile d'accès, au confort limité, et dont la durée d'exploitation reste incertaine après 2032".

Julien Plantier, connaissant bien le dossier en tant qu'ancien adjoint à l'urbanisme, a averti : "Il s'agit d'un stade provisoire, lié à un permis provisoire sur un terrain mis à disposition par la ville. Rien ne permet d'affirmer que ce stade des Antonins pourra rester implanté là". Il a conclu sévèrement : "Cette délibération est une facture trop salée pour rémunérer celui qui méprise Nîmes Olympique et la ville de Nîmes !"

Votes tendus et réconciliation finale

La modification budgétaire a finalement été approuvée par la majorité plus le Rassemblement National, le reste de l'opposition s'abstenant. Les débats se sont ensuite envenimés sur la décision concernant l'acquisition elle-même, avec des échanges vifs entre élus. Thierry Procida, adjoint aux sports, a même exhumé des déclarations d'un ancien élu socialiste, provoquant des grondements dans les rangs de l'opposition.

Franck Proust a défendu l'opération en affirmant qu'elle permettrait de "se débarrasser de Rani Assaf" et de "sauver Nîmes Olympique", tout en offrant un stade utilisable par d'autres clubs. Dans le public, le candidat Jean-Marc Philibert a brandi un carton rouge, symbolisant son désaccord.

Après le vote, où la gauche n'a pas pris part et les élus du centre se sont abstenus, Jean-Paul Fournier a sifflé la mi-temps métaphorique. La quarantaine de délibérations restantes n'a ensuite connu que quelques remarques diffuses de l'opposition.

Les adieux sous les applaudissements

Pour clore cette dernière séance sur une note positive, Franck Proust, premier adjoint et dauphin désigné pour la succession, a prononcé l'ultime hommage au maire : "Vous aimez cette ville comme le sang qui coule dans vos veines". Jean-Paul Fournier a alors quitté la salle sous des applaudissements nourris, y compris de la part de l'opposition, marquant la fin d'une ère politique à Nîmes après 25 ans de mandat.

Ce conseil municipal aura ainsi parfaitement illustré le mélange de tendresse et de rugosité qui caractérise souvent la vie politique locale, entre hommages unanimes à un maire qui s'en va et débats passionnés sur l'avenir de la ville et de son club de football.