Beuil : le camping municipal au cœur d'une crise politique après la suspension de sa gestion
Crise à Beuil : suspension de la gestion du camping municipal

L'affaire du camping de Beuil prend une tournure judiciaire décisive

La guerre des clans autour du camping municipal de Beuil vient de connaître un rebondissement majeur avec une décision de justice qui suspend sa gestion à partir du 1er septembre prochain. Le tribunal administratif de Nice a rendu son verdict le 9 mars, désavouant la stratégie de la municipalité dirigée par le maire Nicolas Donadey.

Une décision administrative aux conséquences immédiates

Le juge des référés, saisi par la préfecture des Alpes-Maritimes, a annulé les effets de la délégation de service public signée entre la commune et la SAS « Le Passage », dirigée par Stéphanie Foulon et Jessy Figlia. Cette entreprise avait remporté l'appel d'offres le 18 mars 2025, succédant ainsi à l'ancienne délégataire Julie Orselli qui gérait les lieux depuis douze années complètes.

Dans le même temps, la justice administrative a ordonné le gel immédiat de deux délibérations prises par la majorité municipale : l'exonération des loyers accordée au « Passage » et le projet de rachat du chalet « bien-être » pour 80 000 euros. Ces mesures conservatoires interviennent en attendant que le tribunal examine le fond du dossier dans les prochains mois.

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L'opposition dénonce un scandale électoral

Cécile Setin, conseillère municipale d'opposition et restauratrice dans le village, ne mâche pas ses mots. « Cette condamnation provoque des conséquences en cascade, irrémédiables pour notre village », affirme-t-elle avec véhémence. L'élue regrette particulièrement le manque à gagner estimé à 50 000 euros par an pour les finances communales.

Le calendrier de la décision judiciaire alimente particulièrement la colère de l'opposition. « La décision est tombée à quelques jours du premier tour des élections, mais les élus ont gardé le silence lors des dernières réunions publiques », déplore Cécile Setin qui qualifie cette situation de « scandale électoral ». Selon elle, si les Beuillois avaient été informés à temps, le verdict des urnes aurait été différent. Elle réclame donc la démission immédiate du conseil municipal dans son intégralité.

Un conflit aux racines profondes

À Beuil, commune de 500 habitants voisine de Valberg, le camping municipal représente bien plus qu'une simple infrastructure touristique. Il constitue une véritable plaie ouverte dans le paysage politique local. Le conflit couvait déjà avant la démission brutale de l'ancien maire Roland Giraud, qui avait propulsé son adjoint Nicolas Donadey aux commandes en février 2025.

L'ancienne gestionnaire Julie Orselli, ex-belle-fille de Roland Giraud, apparaît comme une victime collatérale de cette crise politique locale. Après une longue bataille, elle a finalement installé son nouveau camping à Péone, le village voisin, mais reste en contentieux avec la mairie de Beuil. Elle a déposé un recours pour soupçon de favoritisme, recours qui pourrait désormais aboutir selon l'opposition.

« Le recours lancé par les anciens délégataires a désormais des chances évidentes d'aboutir, ce qui pourrait entraîner le versement d'indemnités allant jusqu'à 600 000 euros », conclut Cécile Setin, anticipant des conséquences financières potentiellement lourdes pour la commune.

La défense du maire face aux accusations

Nicolas Donadey, le maire réélu le 15 mars, maintient sa position et explique la complexité du dossier par les « blocages » qu'il impute directement à l'ancienne délégataire. Au cœur du litige se trouve notamment la propriété du chalet bien-être, dont le statut juridique fait débat.

Le maire affirme avoir reçu en 2025 une note de son conseil juridique indiquant que les investissements de l'ancienne délégataire devaient être considérés comme des biens de retour, devenant ainsi propriété de la commune en fin de délégation de service public. « Dans un souci de conciliation, et afin de ne pas pénaliser des personnes privées ayant investi de manière illégale mais de bonne foi, nous avons décidé de classer ces biens en biens propres », justifie-t-il.

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Nicolas Donadey tient également à relativiser la portée de la décision judiciaire : « Le Tribunal Administratif n'indique pas la fermeture du camping, mais la suspension de la DSP au 1er septembre ». Il souligne que le juge, « en accord avec la préfecture, a volontairement laissé cinq mois afin que nous puissions trouver un autre mode de gestion sans compromettre la saison estivale ».

L'édile se montre optimiste quant à l'avenir du dossier : « On nous a proposé un rendez-vous fin avril avec la préfecture pour trouver un autre mode de gestion ». Cette rencontre pourrait donc marquer un tournant dans cette affaire qui divise profondément la petite commune des Alpes-Maritimes.

Une alerte préfectorale restée sans réponse

La préfecture des Alpes-Maritimes avait pourtant alerté la municipalité dès octobre 2025 via un recours gracieux pointant des « irrégularités dans l'appel d'offres ». Ce recours était resté lettre morte, ce qui a finalement conduit la préfecture à saisir le tribunal administratif.

« Le maire avait deux mois pour annuler le contrat et relancer un appel d'offres. Nicolas Donadey a préféré s'obstiner, ce qui a entraîné l'action de la préfecture devant le tribunal », analyse Cécile Setin, pointant du doigt ce qu'elle considère comme une obstination coupable de la part du maire.

Le service de la légalité de la préfecture aurait selon le maire « tiqué sur la nature des biens » en juin dernier, exigeant le retrait d'un protocole d'indemnisation pour des structures qui, légalement, auraient dû revenir gratuitement à la collectivité. Cette divergence d'interprétation juridique se trouve au cœur du différend qui oppose désormais la municipalité aux autorités préfectorales.