Tonneins : le dernier conseil municipal annulé faute de quorum après un boycott de l'opposition
Conseil municipal annulé à Tonneins après boycott de l'opposition

Tonneins : un dernier conseil municipal avorté dans la polémique

Le dernier conseil municipal de la mandature de Dante Rinaudo n'a finalement pas pu se tenir ce mercredi 25 février à Tonneins, victime d'un boycott organisé par les conseillers municipaux d'opposition. La séance prévue à 19h10 dans la salle de la Manoque s'est transformée en une brève mais houleuse passe d'armes entre l'édile sortant et ses adversaires politiques.

Un quorum impossible à atteindre

Jonathan Biteau et Jérémie Bespéa, conseillers municipaux d'opposition et candidats dans des listes adverses pour les prochaines élections municipales, ont décidé conjointement de boycotter cette ultime séance avant les scrutins des 15 et 22 mars. Malgré les appels à la mobilisation lancés dans les rangs de la majorité municipale, celle-ci, affaiblie par des démissions successives, n'a pas réussi à rassembler les quinze élus nécessaires pour atteindre le quorum réglementaire.

Dante Rinaudo, entouré de ses huit adjoints, a attendu en vain l'arrivée de trois conseillers supplémentaires qui auraient permis l'ouverture de la séance. « L'opposition nous donne un esprit antidémocratique en refusant le débat, cette image restera », a déclaré le maire sortant, visiblement frustré par cette situation inédite.

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La Manufacture des tabacs au cœur du conflit

Le motif principal de ce boycott réside dans le devenir de la friche emblématique de la Manufacture des tabacs, surnommée « la Manu ». L'ordre du jour prévoyait en effet un vote sur la cession de la moitié du bâtiment (25 000 m²) à un investisseur andorran, Jacques Lafont, pour un montant de 800 000 euros.

Dans un communiqué de presse commun, Jérémie Bespéa et Jonathan Biteau ont expliqué leur position : « Or, nous n'avons jamais pu rencontrer ce porteur de projet. Nous n'avons jamais eu aucune étude de marché concernant cette proposition et nous n'avons été invités à aucune réunion technique sur ce dossier ». Présenté en réunion publique le 3 décembre dernier, ce projet manquerait selon eux de transparence, avec des clauses suspensives non communiquées.

« Engager la commune de Tonneins sur un projet pour les décennies à venir à deux semaines des élections municipales est tout simplement un déni de démocratie et un passage en force inacceptable », ont-ils jugé, dénonçant une décision précipitée.

Une séance transformée en confrontation

En l'absence de quorum, la séance n'a pu être officiellement ouverte, mais cela n'a pas empêché les échanges tendus. « C'est moi qui dirige, vous parlerez si je vous donne la parole », a interrompu Dante Rinaudo lorsque Jonathan Biteau a tenté de s'exprimer.

L'ancien directeur de cabinet du maire lui a rétorqué : « Vous n'avez pas le quorum, vous êtes hors-la-loi, faites-moi quitter la salle, appelez la gendarmerie », avant de quitter la salle avec Jérémie Bespéa, sous les applaudissements d'une partie du public et les huées d'une autre.

Le sénateur Jean-Pierre Moga était présent parmi les spectateurs de cette scène pour le moins inhabituelle. Dante Rinaudo a lancé à son adversaire : « tu voulais être calife à la place du calife avant l'heure », tandis que Dany Titonel, adjointe et dauphine du maire, échangeait des saluts ironiques avec les membres de l'opposition.

La suite sur les réseaux sociaux et perspectives

Le conflit s'est poursuivi sur Facebook où le maire a publié une vidéo sur la page de la Ville, immédiatement critiquée par ses opposants qui dénoncent un mélange des genres. Jonathan Biteau et Jérémie Bespéa, bien que concurrents aux prochaines élections, affichent leur unité sur ce dossier et demandent d'une même voix au maire de « laisser l'équipe sortie des urnes en mars prochain décider démocratiquement de l'avenir du bâtiment le plus emblématique de Tonneins ».

Ils ajoutent : « Un lieu en friche depuis 25 ans peut supporter deux semaines », faisant référence au court délai avant les élections municipales.

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Dante Rinaudo a quant à lui annoncé son intention de tenir un conseil municipal extraordinaire dès le lundi 2 mars, bien que les délais légaux imposent un minimum de cinq jours francs entre la convocation et la tenue de la séance, ce qui reporterait cette dernière au mardi 3 mars au plus tôt. « Je laisserai à la prochaine équipe un dossier Manu bien ficelé, quels qu'ils soient », a promis le maire déterminé, assurant que l'investisseur Jacques Lafont serait présent pour détailler son projet de complexe sportif premium évalué à 8 millions d'euros.

La question reste maintenant de savoir si les opposants participeront à cette nouvelle séance qui, cette fois, pourra délibérer sans condition de quorum. Ce mercredi soir, ils devaient encore finaliser leur position commune face à cette nouvelle initiative du maire sortant.